Barbizon

Les nudités

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millet-nuJean-François Millet a raconté comment il renonça à la production facile, à ces publications mythologiques que les marchands achetaient de préférence aux œuvres sévères où l’artiste chantait le poème mystérieux des semailles, le temps joyeux de la moisson, la douceur vague et les tristesses de l’automne, la désolation de l’hiver. Voici   l’anecdote  empruntée à l’étude sur Millet que Ch. Yriarte a publiée dans la collection des Artistes français éditée chez M. Rouam.

Un jour, Millet, à la vitrine d’un marchand de tableaux, regardait une de ses Baigneuses, en même temps que deux messieurs qu’avait attirés le brillant des tons, l’éclat vitrifié des chairs. Et l’un, après un coup d’œil jeté sur la toile, dit à l’autre, avec un accent d’indifférence et de dédain qui mit des larmes dans les yeux du grand artiste anxieux :

« C’est de Millet, celui qui fait toujours des nudités« .

Millet ne peignit plus jamais de nudités; et pourtant, la gêne, la misère même s’assirent bien souvent à son pauvre foyer rustique, dans cette maisonnette de Barbizon, située à la
lisière dé la forêt, où il vécut et où il mourut, quand la mort l’appela à la fin du jour, comme elle fait signe au laboureur en cheveux blancs dans la danse macabre :

A la sueur de ton visage
Tu gagneras ta pauvre vie.
Après maint travail et usage,
Voici la mort qui te convie !

Source : « Le XIXe siècle. » 1887.
A lire : http://peccadille.net/2017/11/24/jean-francois-millet-peintre-paysans/

A bas les artistes

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Old Lyme est un petit pays charmant, un Barbizon du Connecticut, un fameux rendez-vous d’artistes américains. Les beaux motifs y abondent.

Mais on n’y peindra plus, hélas ! car les paysans ne veulent plus voir de peintres dans la région. Ils ont dressé des poteaux à la corne de toutes les prairies, et sur la pancarte on peut lire « Défense aux artistes de passer ! » Les fermiers déclarent que ce genre de touristes à chevalets et à pinceaux est une véritable plaie.

Les peintres n’ont aucun respect pour les cultures. Ils piétinent tout dès qu’ils ont trouvé le sujet d’un tableau. Les céréales foulées représentent déjà un déplorable préjudice, mais que dire des bestiaux empoisonnés ! A la fin de la séance, la palette est frottée sur l’herbe. Elle y laisse une tartine de couleurs que des vaches innocentes et sans discernement absorbent en passant. Elles en sont malades souvent, et parfois elles en meurent Une mesure radicale s’imposait : proscrire les artistes. C’est fait.

Pour obtenir maintenant le droit de séjourner à Old Lyme, il faut ouvrir ses bagages et prouver qu’il ne s’y cache ni brosses d’antilope ni blanc d’argent.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, 1921.
Peinture de Frederick Childe Hassam.