baryton

Le voyageur ne se détaille pas 

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C’est une vieille histoire. Elle date de l’époque heureuse où l’on ne se déplaçait qu’en diligence. 

Un grand baryton de l’Opéra, le nommé  Luigi Lablache, allait fort souvent donner des représentations en province. Comme il possédait un ventre énorme et une assiette imposante, il prenait toujours deux places pour lui seul. Un jour, il prit une nouvelle bonne à son service, une petite paysanne d’une naïveté désespérante si elle était pleine  de bonnes intentions. 

Un matin, il la dépêcha, pour aller lui retenir les deux places habituelles dans la diligence se dirigeant sur Lyon. A l’heure du départ, Lablache s’installe, mais voici qu’un autre gros homme vient s’asseoir à côté de lui. 

Oh ! pardon, monsieur, fait le baryton, cette autre place m’appartient. 

Contestation, dispute. Enfin, le postillon de la diligence approche et examine le plan de sa voiture. 

Monsieur Lablache, dit-il, vous êtes dans l’erreur. Votre domestique a en effet retenu deux places pour vous, mais si l’une est dans le coupé, l’autre se trouve dans la rotonde ! 

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La bouillabaisse de Tino

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Inutile de le présenter, n’est-ce pas ? II n’existe, en effet, pas de coin de France, où le disque et la radio n’aient transmis sa voix incomparable d’harmonie et de douceur. Tino Rossi n’a pas seulement des admiratrices ferventes, il a aussi d’enthousiastes admirateurs dont les manifestations ne sont pas sans danger, comme le prouve l’aventure qu’il nous a contée.

« Je me trouvais de passage, à Toulon avec mon ami et compatriote le célèbre baryton de l’Opéra-Comique, César Vezzani. Depuis longtemps je me proposais lorsque je serais en cette ville de déguster une excellente bouillabaisse dans un petit restaurant situé près du port, et réputé pour cette spécialité.

« Mon ami et moi nous nous y rendîmes et nous étions attablés depuis déjà un moment à la terrasse, lorsque plusieurs passants me reconnurent, et, comme c’est l’usage dans le Midi, m’interpellèrent familièrement. Désirant déjeuner en paix, je fis signe qu’ils se trompaient et que je n’étais pas Tino Rossi. Mais, ils arrêtèrent d’autres passants, les prirent à témoin et bientôt ce fut une véritable foule qui bruyamment clamait son admiration.

« Sur ces entrefaites l’on apporta ma bouillabaisse, alors ce fut le signal d’un assaut en règle vers ma place. Le plus sage étant de prendre la fuite, je me réfugiai à l’intérieur de l’établissement, poursuivi par mes bouillants admirateurs.  Je réussis cependant à me cacher, mais dans la bousculade les glaces furent assez endommagées, et, comme je ne me décidais pas à me montrer mes assiégeants se vengèrent en mangeant à ma place mon excellente bouillabaisse, ce qui était bien en effet la meilleure façon de me punir !… »

« Midinette. Hebdomadaire. »   Paris, 1937.