Bastille

Fidélité

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Mlle de Launay, la spirituelle demoiselle de compagnie de la duchesse du Maine, fut arrêtée en même temps que cette dernière, lors de l’échec de la conspiration ourdie, en 1718, par l’ambassadeur d’Espagne Cellamare, pour renverser le Régent Philippe d’Orléans.

Elle soutint avec un grand courage les interrogatoires pénibles et réitérés auxquels on la soumit. Menaces ou prières, rien ne la fit manquer à la fidélité qu’elle voulait garder à sa maîtresse, ni trahir la confiance de ceux qui lui avaient révélé leurs secrets. Un des magistrats chargés de l’interroger lui dit un jour d’un ton irrité : 

 Vous savez toute l’affaire. vous.parlerez, ou vous resterez toute votre vie enfermée  à la Bastille.
Eh bien, Monsieur, répondit-elle avec calme, pour une fille sans fortune et sans famille, telle que je suis, c’est un avenir assuré !

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La soupe à la jambe de bois

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Il nous faut remonter à une centaine d’années pour trouver l’inventeur de cette soupe fameuse.

Il s’appelait Grimod de La Reynière, était grand gastronome et plus encore un excentrique frisant parfois la folie. Il devint à Paris un sujet de scandale, aussi sa famille s’en débarrassa-t-elle en le faisant mettre à la Bastille.

Cependant la littérature gastronomique fut enrichie par lui de l’Almanach des gourmands et du Manuel des Amphitryons.

Bien des recettes de cuisine conseillées par Grimod de la Reynière sont encore en honneur, et parmi elles la fameuse « soupe à la jambe de bois », comme il l’avait baptisée. En somme c’est tout simplement le pot-au-feu servi avec un os à moelle !

« Jeunesse : organe de la Section de la jeunesse de la Croix-rouge française. » Paris, 1940.
Peinture : Albin Elger-Lienz.

Manifestations

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Pendant que le Tout-Paris villégiature, ce qui reste manifeste. C’est chose peu banale, en effet, que de voir de courageuses femmes du monde réclamer publiquement dans la rue la liberté d’enseignement.

En cent ans, la situation de notre pays a vraiment peu changé. Les descendants de ceux qui eurent le plus à souffrir de la Révolution se réclament à leur tour de ses principes — dits immortels — pour défendre leurs libertés menacées. Ce rapprochement est vraiment bien curieux et bien humain. Seulement il n’est plus de Bastille à prendre, et cela serait moins facile que jadis. M. Lépine veille et bien.

Il serait question de former une ligue pour le refus de l’impôt. Nul doute qu’elle ne trouve de nombreux adhérents dans toutes les classes de la société, ne fût-ce que pour le plaisir extrême d’économiser sur le dos de l’Etat. C’est un moyen tout trouve de rétablir quelque peu ses revenus sans cesse diminuant. Voilà une idée qui ferait fortune dans les campagnes, ou le paysan attend la dernière extrémité pour payer ses contributions, et avec quel chagrin ! car elles lui arrachent les quelques sous que la terre appauvrie lui permet de mettre de côté.

« La Revue mondaine : hebdomadaire, littéraire et artistique. »  Paris, 1902.
Illustration : F. Brard.

L’homme qui savait tout

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bastille

II faut rendre hommage à la mémoire de ce grand méconnu : Nicolas Fréret, qui naissait à Paris le 15 février 1688, et qui tombé dans un injuste oubli, n’en fut pas moins le savant le plus universel, l’érudit le plus fécond et le plus prodigieux qu’ait jamais possédé le monde intellectuel.

Fréret avait tout appris, tout retenu, tout assimilé, l’histoire, la philosophie, la géographie, l’archéologie, les littératures, les langues et les religions anciennes et modernes, la philologie, la grammaire, l’ethnographie, etc., emmagasinait dans son puissant cerveau, grâce à une mémoire positivement miraculeuse, le total des connaissances humaines. C’était une encyclopédie vivante, un phénomène sans pareil.

Nicolas Fréret vécut toujours en véritable anachorète, seul avec ses bouquins et les 1357 cartes géographiques qu’il avait dessinées lui-même, entre son chat, compagnon silencieux, et les familles de rats qui venaient grignoter ses souliers pendant qu’il travaillait. Son existence de bénédictin paraissait devoir être absolument dénuée d’aventures; mais il lui en arriva pourtant une fameuse.

Il avait soumis à son académie le manuscrit d’un traité sur L’Origine des Français et de leur établissement dans les Gaules, qui fut dénoncé comme subversif par un de ses collègues, l’abbé Vertot. Un beau matin, une escouade de police cerna la maison de Fréret, l’arrêta au nom du roi et le mena en prison : ce dangereux « criminel » était accusé d’avoir irrespectueusement falsifié la vérité historique en formulant des hypothèses neuves qui bousculaient les vieilles routines. Enfermé à la Bastille, il prit la chose très philosophiquement. D’un ton presque joyeux, il dit à son guichetier :

Savez-vous ce que je vais faire ? Non ?… Je vais faire une grammaire chinoise.
— Hein ?.. une grammaire ?…
— Chinoise, oui !… Je vais profiter de la tranquillité qui m’est offerte ici pour composer cet ouvrage dont j’ai depuis longtemps l’idée. Cela tombe à merveille.

Et lorsqu’il sortit de la Bastille, quelques mois après, sa grammaire terminée fut envoyée à Pékin… pour apprendre aux Chinois à parler correctement !

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Clermont-Ferrand/Paris, 1938.

Latude l’embastillé

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-La_Bastille

Bien des gens ont lu des romans ou vu représenter des drames ayant pour héros Latude, le célèbre prisonnier de la Bastille; ils ont pu se demander quelle part doit être faite à l’histoire et à la légende dans ce qu’on rapporte sur la vie de ce personnage.

Il est évident qu’on a beaucoup brodé sur la donnée première de cette singulière existence, et qu’on a largement poétisé le caractère de ce malheureux, expiant pendant une longue suite d’années une folle idée de jeunesse, qui de nos jours sans doute paraîtrait innocente, mais qui fut alors considérée comme essentiellement criminelle et traitée en conséquence.

latudeSans fortune, sans état, sans ressources, le jeune Izard Danry (car tel était son nom véritable, celui de Latude étant celui d’un seigneur dont il se disait le fils) conçut l’étrange projet d’intéresser à son sort Madame de Pompadour, en feignant d’avoir découvert le secret d’un attentat qui devait être dirigé contre elle. Il enferma donc deux ou trois petites fioles pleines d’une substance quelconque dans une boîte de carton, qu’il acheva de remplir avec de la poudre d’alun et d’amidon, mit comme adresse: A Madame la marquise de Pompadour en cour, puis écrivit: Je vous prie, Madame, d’ouvrir le paquet en particulier, et la boîte fut par lui confiée à la poste. Il écrivit d’autre part à la marquise pour avoir une audience, où il devait lui faire savoir que, se promenant aux Tuileries, il avait entendu deux Individus comploter l’envoi de cette espèce de machine infernale; démarche qui allait forcément, pensait-il, lui valoir la reconnaissance et, partant, la protection de la puissante dame.

c3a9vasion-de-latude-de-la-bastilleMais on remarqua, tout naturellement, que la suscription de la boîte et celle de la lettre étaient de la même main. On chercha, on arrêta l’auteur, dont la terrible police du temps fit un personnage dangereux. Et pour lui commença cette longue captivité que plusieurs évasions divisent en périodes plus romanesques les unes que les autres. Emprisonné la première fois en 1749, il ne fut définitivement laissé libre qu’en 1784.

Quoi qu’il en soit, un dossier très complet de l’arrestation et du séjour de Danry-Latude à la Bastille subsiste encore aujourd’hui dans le fonds des archives de la vieille prison d’État, conservées à la Bibliothèque de l’Arsenal. On y trouve comme pièces particulièrement intéressantes la fameuse boite, portant encore ses diverses suscriptions, le procès-verbal d’arrestation, les interrogatoires, plusieurs lettres écrites par Latude de sa prison, dont une longue tracée avec son sang sur un fragment de chemise, etc.

Nous donnons le fac-similé photographique du couvercle, ou se voient, outre la recommandation adressée à la destinataire, la signature de Danry et celle du lieutenant de police Berryer, qui a reçu les déclarations de l’inculpé.

Latude

« Curiosités historiques et littéraires. »  Eugène Muller, Delagrave, Paris, 1897.

Le 14 juillet ne célèbre pas la prise de la Bastille

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Fichier: Fête de la panorama.jpg de la fédération

À l’imitation des fédérations régionales de gardes nationales qui avaient commencé dans le Midi dès août 1789 et s’étaient étendues à toute la France, La Fayette, commandant de la Garde nationale de Paris, fait organiser à Paris pour l’anniversaire de la prise de la Bastille une fête nationale de la Fédération.

Le 14 juillet commémore, en fait, la fête de la Fédération qui a eu lieu le 14 juillet 1790. Depuis l’été 1789, devant l’affaiblissement du pouvoir central et pour faire face aux troubles, se sont constituées dans les provinces françaises des fédérations de gardes nationaux. Ces milices de citoyens sont formées sur le modèle de la garde nationale de Paris que commande le marquis de La Fayette. Ce dernier décide de créer une grande fédération nationale réunissant les représentants des fédérations locales. S’inspirant des fêtes civiques spontanées qui ont lieu un peu partout dans les départements, il organise le 14 juillet 1790 à Paris sur le Champ-de-Mars une grande fête de la Fédération qui, tout en commémorant la prise de la Bastille, marquera la réconciliation et l’unité du peuple français.

La fête de la Fédération, tableau de Charles Thévenin, musée Carnavalet
La fête de la Fédération, tableau de Charles Thévenin, musée Carnavalet

Dès le 1er juillet 1790 les travaux commencent pour transformer le Champ-de-Mars en un vaste cirque qui doit pouvoir accueillir 100 000 personnes et au centre duquel s’élève l’autel de la Patrie. Les travaux d’aménagement pour lesquels on fait appel à la bonne volonté des Parisiens se déroulent dans un climat de fraternité et d’enthousiasme. Les ouvriers du faubourg Saint-Antoine côtoient les bourgeois sur le chantier. On y voit même Louis XVI donnant un coup de pioche ou La Fayette en bras de chemise.

100 000 Parisiens au Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération
100 000 Parisiens au Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération

Le jour dit quelque 100 000 soldats fédérés arrivés de tous les départements entrent dans Paris et défilent de la Bastille au Champ-de-Mars. Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin prennent place dans le pavillon dressé en face de l’école Militaire; côté opposé, un arc de triomphe a été élevé. Sur les tribunes se massent 260 000 Parisiens. Une messe est célébrée par Talleyrand. Puis vient le point d’orgue de la cérémonie. La Fayette prête serment de fidélité à la Nation, au Roi et à la Loi, serment que répète la foule. Louis XVI jure fidélité aux lois nouvelles et accepte la Constitution. Un Te Deum conclut cette journée qui se termine sous les vivats et au milieu des embrassades. La monarchie n’est pas contestée, la Révolution est entérinée, et l’union nationale célébrée. Cette unité sera de courte durée. Moins de trois ans plus tard la République est proclamée et Louis XVI exécuté

Fête nationale du 14 juillet 1880, haut-relief en bronze de Léopold Morice, Monument à la République, place de la République, Paris, 1883 / Roi Boshi
Fête nationale du 14 juillet 1880, haut-relief en bronze de Léopold Morice, Monument à la République, place de la République, Paris, 1883 / Roi Boshi

Pendant un siècle la commémoration du 14 juillet est abandonnée. La IIIe République cherche à consolider le nouveau régime et souhaite un imaginaire national qui lui soit propre. En 1880 la Marseillaise est adoptée comme hymne et Benjamin Raspail, le député de la Seine, propose de retenir le jour de la prise de la Bastille pour date de la fête nationale. Mais certains députés arguent des violences qui ont marqué cette journée. C’est donc finalement la fête de la Fédération, plus consensuelle, qui est retenue comme événement à célébrer. Le défilé militaire instauré dès cette époque s’inspire en outre du défilé des fédérés.

Si la fête nationale commémore officiellement la fête de la Fédération, le 14 juillet reste dans la mémoire collective la date de la prise de la Bastille.

Olivier Tosseri

« 150 idées reçues sur l’histoire » & « Wikipédia »