bataillon

Chat de tranchées 

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tranchees-ecpadUn  hôte illustre vient d’arriver au refuge de chats, de Colombes, un dédaigneux angora dont l’Histoire eût mérité d’être illustrée par Caran d’AcheCe chat, ramené à Paris par un soldat, compte deux années de front. 

Un bataillon l’avait découvert dans les ruines d’un village, et adopté. Notre matou apprit à manger du « singe », mais préféra toujours le rat. Il passait sa journée tapi dans la tranchée. Il se garait avec beaucoup de prudence des projectiles. Par exemple, quand les ombres du soir tombaient, plus moyen de le retenir ! Fanfan, le chat du régiment, parfait en  maraude ! 

Et là-bas, dans la tranchée en face, les Allemands le guettaient et rêvaient de civet
délicat ! Comment faire pour préserver Fanfan de la dent des ennemis ? 

Nos soldats eurent une idée. Ils entourèrent le cou-de Fanfan… d’un collier de cigarettes. Désormais, Fanfan devint tabou. Il allait et venait des tranchées françaises aux tranchées allemandes, comme s’il eût été muni d’un passeport pour Stockholm. 

Seulement, à son retour parmi les nôtres, Fanfan n’avait plus de collier. Une ficelle  entourait son cou, et un- papier, fixé à cette ficelle, implorait : 

— Chat rapporter cigarettes ?

« Excelsior. » Paris, 1917.
Photo d’illustration :  ECPAD

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Un vœu

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prince-de-galles

Le prince de Galles, ce jour-là, passait en revue un bataillon de sa Garde, qui devait s’embarquer pour lui servir d’escorte au cours d’un voyage au Canada. Tous, superbes garçons de six pieds six pouces, raides au port d’armer, et magnifiquement équipés. Un bataillon de réellement grande allure.

Avec son affabilité habituelle, le prince, allant d’un homme à l’autre, demandait quels désirs les grenadiers avaient à exprimer avant leur départ.

Devant un vieux soldat, sept fois chevronné, la poitrine couverte de médailles, le prince de Galles posa pour la énième fois sa question.

Je souhaite que Votre Altesse Royale ne se marie pas, fit l’homme.

Le jeune prince eut un petit sursaut de surprise :

Et pourquoi donc ?

Parce que, expliqua le vieux Guard, j’ai servi sous votre grand-père, j’ai servi sous votre père, je servirai sous Votre Altesse, mais je souhaiterais pouvoir prendre, un jour, un peu de repos.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. » Paris, 1933.
Illustration :Voyage du prince de Galles au Canada, à Vancouver le prince passe une revue des Canadian Scottish.Agence Rol. 1919.