bâtonnier

Le bâtonnier

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Henri-Robert

Sur le bâtonnier Henri-Robert les anecdotes sont innombrables. Il y en a de peu connues.

Sait-on par exemple que cet illustre avocat, dont une des qualités essentielles est la parfaite maîtrise de soi, débuta aux assises ayant appris sa plaidoirie par cœur, tel Gambetta plaidant pour Buet ? Le président n’avait pas plutôt fini l’interrogatoire des témoins, que le jeune débutant se levait et, sans perdre haleine, commençait sa plaidoirie. Le président l’arrête :

Maître, lui dit-il sans bienveillance, quand vous aurez l’habitude des assises, vous saurez peut-être qu’avant la plaidoirie il y a le réquisitoire… 

Me Henri-Robert, qui conte lui-même l’anecdote, ajoute en riant :

Ce qui m’embêtait le plus c’est que ma phrase de début était très bien et naturellement je n’ai pas pu la replacer.

Depuis, M. le bâtonnier Henri-Robert a acquis quelque « habitude des assises »et c’est lui qui malmène parfois les magistrats. Un jour il faillit tuer un avocat général. C’était dans une affaire d’assassinat par coups de marteau. Le jeune avocat s’était approché du banc des jurés et, tout à son affaire, voulait démontrer que le coup avait été porté de telle et telle façon. Mais le geste fut si vif que le manche lui resta dans la main et que la masse métallique partit derrière lui, frôlant à un millimètre près la placide figure du brave  avocat général. 

Au cours de sa carrière. Me Henri-Robert a quelquefois occis des avocats-généraux, mais il a simplifié sa méthode : un simple mot lui suffit. Dans une affaire passionnelle qu’il plaidait en 1890, il termina sa plaidoirie par cette phrase éloquente :  

Mon client adorait sa maîtresse, Messieurs, et il n’a qu’un regret : c’est de lui avoir survécu. Il voulait se tuer d’abord et la tuer ensuite.

Cela fit un effet énorme et l’accusé fut acquitté. Mais en sortant, son ami Willard, le  distingué avoué à la Cour, le « général Willard » comme l’appellent ses intimes, lui fit remarquer ce que sa péroraison avait de hardi.

 — Bah ! lui répondit le maître, déjà partisan d’une méthode qui lui a si bien réussi, aux assises le tout est d’être acquitté.

« Le Cri de Paris. »Paris, 1919.

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Un comble

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justice-avocats

Grande réception chez Me Campinchi. Au fumoir, repris par la déformation professionnelle, nos bons Maîtres parlent Palais. Les anecdotes succèdent aux anecdotes, émouvantes, égrillardes, bouffonnes.

Le regretté bâtonnier Chenu conte qu’il lui arriva, en sa jeunesse, de plaider, dans la même semaine, deux procès contradictoires intentés contre un peintre qui devait, depuis, faire une brillante carrière.

Un de ces procès demandait l’annulation du mariage contracté par l’artiste trois ans plus tôt. Motif allégué : impuissance physique du mari à donner des enfants à sa femme. L’autre procès était, au contraire, un procès en reconnaissance de paternité intentée par une servante du jeune peintre.

Lequel avez-vous gagné ? questionna Me Campinchi.

Le bâtonnier Chenu eut un petit rire :  

Je les ai gagnés tous les deux.

« Marianne : grand hebdomadaire littéraire. »  Paris, 1933. 

Bâtonnier

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On sait que l’on appelle barreau l’ensemble des avocats inscrits au tableau d’un tribunal. Chaque barreau choisit son bâtonnier, chargé de le représenter dans toutes les circonstances où l’intervention d’un seul avocat, parlant au nom de ses confrères, est jugée nécessaire.

C’est toujours un honneur que d’être élu bâtonnier puisque c’est une preuve de la sympathie et de l’estime que l’on a su inspirer. Voici l’origine de ce titre.

En 1341, les avocats avaient formé une confrérie sous l’invocation de Saint-Nicolas, et le doyen qui était chargé de porter la hampe (barreau) de la bannière prit ainsi le surnom de bâtonnier. Maintenant, ce n’est plus l’âge mais l’élection qui donne droit à ce titre justement honorable et honoré.

« Journal des écoliers et des écolières. » Paris, 1903.