beauté

Cas d’espèce

Publié le

rappoport-valentino

Un de nos confrères ayant posé cette question d’enquête : « Que préférez-vous chez l’homme: l’intelligence ou la beauté ? » la majorité des lectrices a répondu  « l’intelligence ». A ce propos, M. Léon Bancal écrit dans le Petit Marseillais :

Si, au lieu de mettre ses lectrices en face de deux abstractions, le même journal leur donnait à choisir entre deux hommes : tenez, entre Rudolph Valentino et Charles Rappoport, par exemple, pensez-vous que le résultat demeurerait le même ? Pourtant, la question n’aurait pas changé. M. Rudolph Valentino, à en juger par l’avidité avec laquelle tant de femmes, jeunes et moins jeunes, contemplent ses traits sur les écrans ou dans les gazettes cinématographiques, peut être considéré comme le type du « bel homme ». Quant à M. Rappoport, nul n’ignore quelle vaste intelligence et quel esprit aiguisé se cachent dans sa barbe socratique et derrière sa face de Kalmouk à lunettes.

J’ai pris ces deux hommes pour montrer combien cette enquête était vaine, car il se peut fort bien que M. Valentino ne soit pas dépourvu d’intelligence et que M. Rappoport ne manque pas d’une certaine beauté. Tout est relatif, c’est une vérité que M. Tout-le-Monde découvrait bien avant M. Einstein.

Les hommes, qu’ils soient beaux, bêtes, intelligents ou hideux, peuvent dormir tranquilles. Rien n’est changé dans le cœur des femmes.

« L’Homme libre. » Paris, 1924.

Les artifices de la beauté

Publié le

couple

Il n’y a que l’oncle Sam pour avoir de ces idées. Les législateurs de l’Etat américain de Géorgie, Etat prohibitionniste s’il en fut, viennent, sur la proposition d’un membre du Sénat, de discuter et voter un bill tendant à réprimer les supercheries de la femme :

Le divorce sera accordé de plein droit au mari qui pourra prouver que sa moitié lui a dissimulé ses faux cheveux, ses fausses dents et les artifices de sa toilette.

Inutile de dire que les femmes de Géorgie sont furieuses, et mettent  en oeuvre toute leur influence pour faire abolir une loi si draconienne. Mais l’oncle Sam est tenace et les législateurs de Géorgie font valoir un précédent. Une loi semblable existait jadis en Angleterre.

Il est douteux qu’elle soit jamais adoptée en France. Les députés qui la voteraient se feraient certainement arracher les yeux par leur légitime !

« Touche à tout : magazine des magazines. »  Paris, 1909.
Illustration : Charles Dana Gibson.

La beauté de Marie

Publié le

devot.

Du livre intitulé Miraculis Mariae, soixante-dix-huitième exemple :

Un clerc très dévot à la Sainte Vierge sollicita ardemment la grâce de voir un moment sa beauté. Un ange, envoyé par la Vierge, vint lui annoncer que la maîtresse des anges et des hommes est prête à exaucer ses souhaits.

« Mais, sache, ajoute-t-il, que tu ne verras plus rien après l’avoir contemplée, tu seras aveugle. »

Après avoir entendu l’ange, le clerc inquiet se dit :

« Que feras-tu après avoir perdu tes yeux ? Tu ne pourras plus gagner ton pain en écrivant, et tu seras réduit à la misère, a la mendicité ! »

Puis, ayant réfléchi un moment, il reprit :

« Quand la bienheureuse Vierge viendra, j’ouvrirai un seul oeil pour la voir, et je fermerai l’autre, afin de n’en perdre qu’un, car un seul me suffira. »

Le rusé clerc fit comme il l’avait résolu. Il tint fortement sa main sur l’oeil qu’il voulait garder ; mais il trouva la Vierge si belle, qu’il regretta amèrement plus tard de ne pas l’avoir regardée de ses deux yeux. 

Si le coeur vous en dit, mes chers frères, vous pouvez en risquer un aussi ; pour moi, je préfère me rincer l’oeil d’une autre façon !…

« Almanach de La Calotte. »  Paris, 1912.