Berlioz

Paladilhe

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emile-paladilheLe musicien Emile Paladilhe fut précoce comme Mozart. A douze ans, lui aussi, il eut l’honneur de voir imprimer ses sonates.

Quand il concourut pour le Prix de Rome, il avait encore son visage et sa taille d’enfant.
Pendant que le jury délibérait, il attendait dans la cour du Conservatoire avec  ses
camarades. Voyant sortir Berlioz, il courut à lui. 

 Monsieur, qui a le prix ?
— Qu’est-ce que cela te fait, gamin ?
— Monsieur, je voudrais le savoir.
— Mais qu’est-ce que cela te fait ? Ce n’est pas toi, n’est-ce pas ?
— Enfin, Monsieur, je voudrais…
— Eh bien ! C’est Paladilhe.
— Merci, Monsieur. C’est moi ! 

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Rebuffade

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berlioz-norman-kyr

Combien avons-nous perdu d’oeuvres charmantes ou admirables parce que les rebuffades du début ont lassé des artistes trop nerveux ! 

Berlioz, un jour, recevait la visite d’un musicien inconnu qui lui apportait une partition. La chose lui ayant paru déplorable, il congédia le visiteur.  Puis, tout à coup, comme celui-ci descendait l’escalier, pris d’un remords soudain, il s’élance sur le carré et, se penchant sur la rampe :

Monsieur !… monsieur !…

L’autre s’arrête dans la descente et lève le nez en l’air.

Monsieur… vous savez… c’est peut-être moi qui suis dans mon tort. D’autres ont été assez bêtes pour ne pas me comprendre. Je suis peut-être aussi bête qu’eux en ne vous comprenant pas.

Et il referma sa porte avec la satisfaction de l’homme qui vient de soulager sa conscience d’un grand poids.

« Courrier de l’art. » Paris, 1884.
Illustration : détail d’une photo de Norman Kyr

Comme chien et chat

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Berlioz est candidat à l’Académie, un de ses amis, M. Alexandre, le facteur d’orgues, le soutient chaudement.

On veut conquérir la voix d’Adolphe Adam : conquête malaisée, car les deux artistes semblent placés aux antipodes de la musique. M. Alexandre commence par sermonner Berlioz, qui ne voulait faire aucune démarche.

Voyons, voyons, réconciliez-vous avec Adam. Que diable ! c’est un musicien, vous ne pouvez nier cela ?…
— Aussi je ne le nie point, dit Berlioz, mais pourquoi Adam, qui est un grand musicien, s’obstine-t-il à s’
encanailler dans le genre de l’opéra-comique ? S’il voulait, parbleu ! il ferait de la musique comme j’en fais !

Fort de ce premier acquiescement, M. Alexandre va trouver Adam.

Mon cher ami, vous donnerez votre voix à Berlioz, n’est-ce pas ? Vous avez beau ne pas vous entendre avec lui, vous ne reconnaissez pas moins en lui un musicien.
— Un grand musicien, certes, répond Adam en rajustant ses lunettes sur son nez, un très grand, très grand. Seulement il fait de la musique ennuyeuse; s’il voulait, il en ferait d’autre, il en ferait aussi bien que moi.

Ah ! oui, cette scène-là aurait un fier succès au théâtre !

Le Voleur illustré. »Paris, 1892.

Aux concerts populaires

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berlioz

Jules Pasdeloup faisait exécuter les oeuvres de Berlioz avec un soin tout particulier, et ces compositions, accueillies froidement ailleurs, étaient là l’objet d’ovations enthousiastes.

Pendant quelques mois, une contrefaçon des Concerts populaires s’était établie dans le théâtre du Prince-Impérial. On y jouait aussi quelques pages de Berlioz, mais sans trop de succès.

Hector Berlioz revenait tristement, un dimanche, de l’un de ces concerts. Sur le boulevard, il rencontre un ami :

Eh bien, lui dit celui-ci, vous venez du concert de là-bas ?…
Oui, de là-bas, du côté de la Roquette…
Et comment avez-vous été exécuté ?
Comme un criminel ! répond Berlioz.

« Dictionnaire encyclopédique. » Victor Fournel. Paris, 1872.

La Marche indienne… de Berlioz

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 maison-berlioz

Dernièrement, un régiment faisait étape à la Côte-Saint-André. Apprenant qu’il est dans la patrie de Berlioz, le colonel fait venir son chef de musique et lui intime l’ordre de donner un concert en l’honneur du compositeur, devant sa maison natale.

« Vous jouerez quelque chose du maître, ordonne le colonel, et vous ferez afficher le programme sur la maison. »

Le chef de musique s’incline, et, quelques instants après, les habitants de la Côte-Saint-André étaient conviés à entendre la marche de la Damnation de Faust devant la maison où est né Berlioz. Or, le chef de musique n’avait pas dans ses cartons la susdite marche : il joua à la place la Marche indienne de Sellenick, qui fut acclamée avec transport et redemandée trois fois par les compatriotes enthousiasmés de Berlioz.

« Quel génie ! ce Berlioz », disait le colonel d’un air connaisseur. Après cet hommage rendu à la mémoire du grand maître français, le colonel félicita chaudement son chef de musique, ne se doutant pas de la mystification dont il avait été victime.

L’aventure s’est passée tout dernièrement, et nous en garantissons l’absolue authenticité.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1890.
Illustration : Côte-Saint-André (Isère), maison natale de Berlioz.