Bonaparte

Le père la violette

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bonaparteVoici quelques particularités peut-être encore inconnues de la plupart  sur les causes qui firent de la violette un signe de ralliement au parti bonapartiste.

On a forgé, sur le nom de cette fleur, une conspiration dont tous les éléments sont faux, écrivait là-dessus en août dix-huit cent quinze les Annales lyonnaises : Le hasard seul fit de la violette un signe de reconnaissance : voici le fait tel qu’il s’est passé, nous le tenons des intéressés directs.

Trois jours avant son départ pour l’île d’Elbe, Buonaparte, accompagné du duc de Bassano et du général Bertrand, se promenait dans le jardin de Fontainebleau : le prince était encore incertain s’il devait paisiblement se rendre dans son exil. Le duc de Bassano lui prouvait qu’il n’était plus temps de reculer. Vivement affecté des objections de son secrétaire, Napoléon marchait toujours, et ne sonnait mot. Il n’avait rien à répondre. Il cherchait au contraire quelque distraction à l’embarras qu’il éprouvait.

Il avait à côté de lui un joli enfant de trois à quatre ans qui cueillait des violettes dont il avait déjà fait un bouquet.

Mon ami, lui dit le prince, veux-tu me donner ton bouquet ?
Sire, je veux bien, répondit le jeune garçon, en le lui présentant avec une grâce infinie.

Buonaparte reçut le bouquet, embrassa l’enfant qu’il reconnut pour être celui d’un des employés du château et continua sa promenade. Après quelques minutes de silence : 

Eh bien ! messieurs, dit-il à ses courtisans, que pensez-vous de cet enfant ? Le hasard de cette rencontre est selon moi un avis secret d’imiter cette fleur de modeste apparence. Oui, messieurs, désormais des violettes seront l’emblème de mes désirs.
Sire, lui répondit Bertrand, j’aime à croire pour la gloire de Votre Majesté que ce sentiment ne durera pas plus que la fleur qui l’a fait naître.

Le prince n’ajouta rien et rentra chez lui. Le lendemain on le vit se promener dans le jardin avec un petit bouquet de violettes à la bouche, quelquefois à la main. Arrivé près d’une plate-bande, il se mit à cueillir de ces fleurs. elles étaient assez rares en cet endroit. Le nommé Choudieu, grenadier de sa garde, alors en sentinelle, lui dit :

Sire, dans un an vous en cueillerez plus à votre aise, elles seront plus touffues.

Buonaparte, extrêmement étonné, le regarde :

Tu crois donc que dans un an je serai ici ?
Peut-être plus tôt. Au moins nous l’espérons.
Soldat, tu ne sais donc pas que je pars après-demain pour l’ile d’Elbe ?
Votre Majesté va laisser passer l’orage.
Tes camarades pensent-ils comme toi ?
Presque tous !
Qu’ils le pensent et ne le disent pas. Après ta faction, va trouver Bertrand, il te remettra vingt napoléons, mais garde le secret.

Choudieu, rentré au corps de garde, fit observer à ses camarades que depuis deux jours l’empereur se promenait avec un bouquet de violettes à la main :

Eh bien ! maintenant, il faudra le nommer entre nous « le père la violette ».

En effet, depuis ce jour, toutes les troupes, dans l’intimité des chambrées, ne désignèrent plus Napoléon que sous le nom du père la violette. Ce secret perça insensiblement dans le public et, dans la saison des violettes, les partisans de l’ex-monarque portèrent tous cette fleur qui à la boutonnière, qui à la bouche. Ce fut à cette marque qu’ils se reconnurent.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923. 
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Bonaparte et tonton Louis

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On a beaucoup plaisanté le père Loriquet pour une phrase qu’il n’a vraisemblablement pas écrite, celle dans laquelle il aurait déclaré que Napoléon 1er avait été le lieutenant général de Louis XVIII. La plaisanterie était un peu forte, grossière même, et elle a persisté jusqu’à ces derniers temps.

Mais on aurait pu rire à plus juste raison d’un mot étrange de Napoléon 1er, mot vraiment extraordinaire. Quelque temps après son second mariage Napoléon Ier se promenait avec son beau-père l’empereur d’Autriche. Ils causaient de la Révolution Française.

Elle arrivait de bien loin, dit Napoléon 1er, toutefois il eût été facile d’en prévenir les grandes catastrophes, si la faiblesse n’avait pas été le fond du caractère de mon oncle.

L’empereur d’Autriche chercha un moment pour essayer de comprendre de qui Napoléon 1er voulait parler : c’était de Louis XVI, mari de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise. C’est l’empereur d’Autriche lui-même qui répéta ce mot au marquis de Castellentini qu’il avait invité à dîner.

Je fus tout étourdi, ajouta l’empereur François, et bien autrement interdit, lorsqu’après un moment de réflexion, je vis qu’il entendait parler de Louis XVI..

Napoléon Ier se réclamant, comme neveu, de Louis XVI, c’est absolument original.

« Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

La cape et l’épée

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Un jour Mme de Beauharnais fait appeler son notaire, M. de la F…

Devinez un peu le motif qui m’a fait vous prier de venir , s’écria-t-elle en l’apercevant.

Après l’avoir quelque temps observée en silence, avoir quelque temps cherché à lire dans ses yeux :

— Mme la marquise penserait-elle à se remarier ?
Précisément… Mais avec qui ? voyez…., cherchez… 
— J’avoue qu’il m’est impossible de pénétrer votre secret. 
— Eh bien ! pour vous tirer de peine, mon cher M. de la F…, apprenez que j’épouse Bonaparte. 
— Impossible. 
— Très possible, je vous jure. 
— Vous vous moquez, madame, il n’a que la cape et l’épée. Oh ! je vous en supplie, croyez-moi, réfléchissez, ne faites pas une semblable folie. 
— Très bien, M. de la F…, très bien, j’aime que l’on prenne les intérêts de ses clients , dit le général Bonaparte, soulevant le rideau derrière lequel il s’était caché à l’arrivée du notaire. Aussi, à partir de ce jour, je vous donne ma clientèle; elle est mince encore, je n’ai que la cape et l’épée, d’accord, mais j’ai la confiance que tôt ou tard elle en vaudra bien une autre.

Le général a tenu parole; sa cape est devenue le manteau semé d’abeilles d’or; son épée a dominé le monde, et la clientèle du notaire s’est nécessairement ressentie de cette grande et inconcevable métamorphose.

« Le Spectateur : revue des moeurs, des arts et de la littérature. »  Poitiers, 1840.

La Carmagnole n’est pas une danse

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A l’origine, la Carmagnole n’est pas une danse, c’est un vêtement porté par les habitants du village italien de Carmagnolia, dans le piémont.

Veste courte, son sommet est découpé en angle aigu, rabattu sur la poitrine avec plusieurs rangées de boutons en métal, des revers courts et des poches. Elle gagne le sud de la France et, par l’intermédiaire des fédérés marseillais, arrive à Paris pendant la Révolution française.

Les sans-culottes l’adoptent tout de suite et en font un de leurs symboles avant de donner son nom au célèbre et anonyme Chant. Celui-ci a été vraisemblablement composé en 1792 après la prise des Tuileries lors de la journée du 10août.

La Carmagnole devient très populaire au moment de la chute de la royauté, après l’arrestation du roi et son enfermement à la prison du temple. Son texte évoque l’atmosphère de ces journées d’insurrection s’en prenant à Monsieur et Madame Veto (surnoms donnés à Louis XVI et Marie-Antoinette) ainsi qu’aux gardes suisses qui furent massacrés après la prise du château.

Ce n’est que plus tard que la chanson est accompagnée d’une danse en ronde qui commence lentement pendant le couplet, en tapant du pied, puis s’accélère de plus en plus au refrain. Symbole révolutionnaire et populaire, cette chanson reflète les joies, les attentes, les tendances ou les rancoeurs de la population, qui la modifie constamment en y ajoutant un couplet au gré des événements. Elle scande ainsi les épisodes de la Révolution, chantée et dansée au moment des fêtes, lors des grands rassemblements populaires, au départ des troupes ainsi qu’aux exécutions, notamment lorsque Robespierre monte à l’échafaud.

Vêtement avant d’être une chanson, c’est également un genre littéraire dans lequel s’est illustré Bertrand Barère. Cet avocat, qui a présidé le procès de Louis XVI, est membre du Comité de salut public. Instigateur de la Terreur et partisan de la guerre à outrance, l’homme s’est surtout fait connaître par ses discours surnommés « carmagnoles ». Epiques, ils transforment un épisode militaire en mythe républicain; lyriques, ils appellent à l’extermination des ennemis de la Révolution en soutenant les colonnes infernales en Vendée ou en réclamant la destruction de villes qui se sont soulevées comme Lyon ou Marseille. Mais c’est le chant populaire qui restera dans les mémoires.

Alors qu’il est premier consul, Bonaparte interdit de chanter et de danser la Carmagnole. Elle fait toutefois sa réapparition à l’entrée des alliés dans Paris en mars 1814 et rythmera les autres épisodes révolutionnaires tout au long du XIXème siècle. Une nouvelle strophe est chaque fois composée, que ce soit en 1848 à la chute de Louis-Philippe, pendant la Commune de Paris en 1871 ou lors de la Révolution russe de 1917 où, à défaut d’endosser la veste, les Soviétiques entonnèrent le célèbre chant français: « Dansons la carmagnole … »

Olivier Tosseri.  « Historia. »