Bordeaux

Dégustation

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baraque_vilgrainOn se plaint de la mauvaise qualité du vin mis en vente dans les baraques Vilgrain. Pour en juger, des dégustateurs seront nommés sans doute. A ce sujet, voici une histoire. Elle n’est ni inventée ni arrangée (foi de Gavroche !).

C’était en 1880. Un dégustateur des plus renommés de Bordeaux, en tournée dans le Médoc, fut victime d’un accident de voiture. Très grièvement blessé à la tête, on le transporte dans une maison isolée et on s’efforce de lui prodiguer quelques soins en attendant l’arrivée du médecin.

Que faire ? les remèdes manquent. Quelqu’un conseille de laver la blessure avec du
vin vieux. On suit ce conseil.

Le dégustateur est toujours sans connaissance. Mais voilà qu’un filet de vin glisse de son front ensanglanté, suit la courbe de sa joue pâlie et atteint le bord de ses lèvres. Alors le moribond ouvre les yeux, murmure : « Château-Laffitte 1849 » et meurt.

Photo : Baraque Vilgrain, épicerie à prix contenus. Agence Rol, Paris, 1919.

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Pascal et les omnibus

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omnibusMonsieur Adolphe Hatzfeld, l’éminent professeur de rhétorique à Université de Paris, avait écrit dans les Annales, un article sur « Blaise Pascal, inventeur des omnibus ». Il en est détaché l’extrait suivant :

Chacun sait la place qu’occupe Pascal parmi les savants illustres, soit qu’il compose, à seize ans, un traité des sections coniques, soit qu’il donne la théorie de la cycloïde, soit qu’il complète les expériences de Torricelli sur la pesanteur de l’air. Ce qui est moins connu, peut-être, c’est que ce génie extraordinaire ne fut pas moins original dans la pratique que dans la théorie, dans les applications de la science que dans la science elle-même. En 1642, à l’âge de dix-neuf ans, afin de faciliter les calculs dans lesquels il aidait son père, intendant pour les tailles, en Normandie, il invente la machine à calculer. On lui doit l’idée de la presse hydraulique. Il invente la brouette, le haquet.

Enfin, en 1661, l’année qui précéda sa mort, il conçoit l’idée de voitures publiques à cinq sols, circulant dans Paris dans diverses Directions, suivant un itinéraire déterminé. Il s’associe quelques amis,  parmi lesquels le duc de Roanne, et obtint du roi, au mois de janvier 1662, des lettres patentes (en faveur du duc de Roanne, du marquis de Sourches, grand-prévôt, et du marquis de Crenan, grand-échanson de France) qui lui permettent de mettre son entreprise à exécution.

« Ces voiture sont établies, disent les lettres patentes, pour la commodité d’un grand nombre de personnes, peu accommodées, comme plaideurs, gens infirmes et autres, n’ayant pas le moyen d’aller en chaise ou en carrosse, à cause qu’il en coûte une pistole ou deux par jour.« 

Mais le Parlement stipula que « les soldats, pages, laquais et autres gens de livrée, même les manœuvres et gens de bras ne pourraient entrer dans lesdits carrosses ».

Pascal prit grand intérêt à l’entreprise des carrosses et il y attribua par legs une certaine somme quand il mourut, le 19 août 1662, à l’âge de trente-neuf ans.

Après Pascal, l’entreprise, pour des raisons diverses, périclita et elle prit fin vers 1678. Une tentative analogue eut aussi lieu à Bordeaux, beaucoup plus tard, en 1817; à Nantes en 1826, et enfin à Paris, en 1827. Et cette fois, les carrosses furent ouverts définitivement à tous, d’où le nom d’omnibus.

« Le Soleil du dimanche. » Paris, 1900.

Vin hospitalier

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ivresseIl est curieux de connaître la consommation de vin et de spiritueux que font les hôpitaux de Paris. Le mardi 11 septembre, on a procédé à l’adjudication de 1 245 000 litres de vin pour le service de la cave centrale des hôpitaux pendant six mois à partir du 1er octobre 1883.

Les vins à fournir sont de plusieurs sortes : il y a 110 000 litres de vin de Roussillon, 110 000 de vin de Lapalme, 110 000 de vin de Lot-et-Garonne, 220 000 de vin du Gers, 220 000 de vin de l’Hérault, 110 000 de vin de Mirepeisset,110 000 de vin du Minervois, 60 000 de vin de Bordeaux de 1881, 70 000 de vin de Bagnols, 10 000 de vin de Bordeaux blanc de 1879, 2 500 litres de vin d’Espagne blanc, 2 500 litres de vin de Picpoul blanc. 

Egalement, les spiritueux à fournir pour le quatrième trimestre 1883 se composent de 20 000 litres d’alcool du Nord, 10 000 litres de rhum, 3 000 litres d’eau-de-vie.

Si on juge de la consommation des gens bien portants par celle des malades, on peut affirmer que Paris est une des villes où l’état de marchand de vin offre le plus de chances de succès.

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1883.
Peinture de Jan Steen.

Laissez-nous nos fontaines Wallace

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fontaine-wallace

La municipalité parisienne serait à la veille de prendre une grave décision. Elle méditerait la suppression des fontaines Wallace ! C’est, disons-le bien haut, une drôle d’idée…

Ces fontaines, outre qu’elles répondent au voeu respectable et formel de sir Richard Wallace qui les fit installer à ses frais, ne sont ni laides, ni sales, ni très encombrantes. De plus, elles complètent la physionomie du Paris ancien. Chacune d’elles est une succursale de cette Brasserie des Trois Femmes chère à nos pères. On se démande ce qu’elles ont bien pu faire pour mériter l’ostracisme qui les menace.

De leur décision, nos édiles donnent, il est vrai, une raison qui, du premier abord, semble péremptoire. Ils prétendent que les Wallace n’ont plus aucune utilité, les Parisiens d’aujourd’hui n’aimant plus assez l’aqua simplex pour en venir déguster un gobelet sur la place publique.

Bien sûr, mais aussi pourquoi s’obstiner à faire couler de l’eau dans les fontaines publiques ? Nous sommes convaincus que le jour où les Wallace se mettront à débiter un petit beaujolais de bonne provenance, un vouvray estimable ou un honnête bordeaux, la vieille Brasserie des Trois Femmes aura tôt fait, de retrouver son ancienne vogue.

Sans compter que cette ingénieuse solution contribuerait, dans une certaine mesure, à combattre la terrible crise de mévente dont souffrent nos sympathiques vignerons du Midi !

«  Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. »  Paris, 1930.
Illustration : « La chaleur à Paris. » Groupe de personnes se faisant servir de l’eau près d’une fontaine Agence Rol. 1911.
Non aux nouveaux kiosques à journaux Parisiens : gardons l’esprit du Paris d’antan !

Administration

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marquet

On peut être député socialiste et maire d’une grande ville de France, et ne pas avoir une culture très étendue. C’est le cas de M. Marquet, député de la Gironde et maire de Bordeaux, qui, lorsqu’il a un discours à prononcer devrait bien le faire rédiger par un de ses secrétaires. Il éviterait ainsi de faire des erreurs monumentales et qui ont dû faire sourire le lettré qu’est M. Herriot, et les autres personnes qui l’écoutaient.

C’était lors de la réception à l’hôtel de ville de Bordeaux des congressistes radicaux, en général, et de M. Herriot, en particulier. Adrien Marquet, s’adressant à l’ancien président de la Chambre, crut devoir l’accueillir par une phrase sortant de l’ordinaire et il ne trouva pas mieux que ceci :

Le maire de la ville où naquit Montaigne est particulièrement fier de recevoir le maire de la grande cité où naquit Rabelais.

Evidemment. le rapprochement était heureux, mais l’ennui c’est que Montaigne n’a jamais vu le jour à Bordeaux, mais au château de Montaigne, dans le Périgord, et que Rabelais n’a jamais été Lyonnais, étant né à Chinon !

A part cela, le reste est vrai.

Sacré M. Marquet ! avec les 45.000 francs qu’il touche à présent, que ne s’achète-t-il un dictionnaire ?…

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1926.
Illustration : Adrien Marquet, maire de Bordeaux, inaugure le nouveau stade de 1938.