bossu

De l’étude des bossus

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francois-le-bossuIl ne manquait ni d’originalité ni de patience le statisticien, qui mourut à Liverpool, ayant consacré sa vie à l’étude de… la bosse à travers le monde.

Il laissait après lui un volumineux manuscrit comportant 2.000 feuillets environ, où il n’est absolument question que de bossus. Célibataire, riche, indépendant, d’une santé de fer, cet original gentleman n’avait reculé devant aucun sacrifice, devant aucun danger même pour recueillir les observations consignées dans son gigantesque travail.

C’est en Espagne, paraît-il, qu’il y a le plus de bossus. Dans une petite localité au pied de la Sierra Morena, on en compte un sur treize habitants. En France, le bassin de la Loire en serait peuplé : le rachitisme y régnerait presque à l’état endémique. Combinant les moyennes des chiffres rapportés de tous les pays du globe, notre statisticien a trouvé qu’il y a un bossu sur mille individus, c’est-à-dire à peu près un million de bossus pour la terre entière. Etablissant alors que la hauteur moyenne de chaque bosse est de 20 centimètres (il a fait plus de 6.000 calculs pour arriver à ce résultat), il multiplie le million de bossus par la hauteur de la bosse, ce qui donne une élévation de 200.000 mètres.

Si l’on superposait toutes les bosses du monde, on pourrait escalader par cette nouvelle et étrange échelle environ 666 tours Eiffel mises l’une sur l’autre !

« Ma revue. »  Paris, 1907.

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Le bossu et les sorcières

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sorcieresUn pauvre petit bossu traversait un bois, la nuit. A minuit, il vit dans les arbres des milliers de sorcières à cheval sur des queues de balai, sautant d’une branche à l’autre, volant comme des chauves-souris.

Il se cacha derrière un hêtre, tremblant et marmottant son pater. Les sorcières se mirent à faire une ronde, mais cela n’allait pas; elles ne trouvaient pas l’air convenable.

Tout à coup, elles découvrirent le petit homme:

– Bossu, bossu, fais-nous une chanson ou nous te mangerons tout vivant.

Le petit homme chanta ce qui lui passa par la tête :

– Samedi, dimanche, lundi !

Ce n’était pas gras; toujours est-il que la ronde marcha on ne saurait mieux. Quand les sorcières furent mortes de fatigue, elles se rassemblèrent et leur chef demanda :

– Que ferions-nous pour le bossu ?

– Tirons-lui sa bosse !

Raf ! Un chien n’aurait pas levé la queue que notre homme n’avait plus son armoire dans le dos.
En sortant du bois, il rencontra un autre bossu, méchant à faire croire qu’il avait la bosse pleine d’arsenic, et il lui raconta comment il avait été débarrassé de sa bosse.

La nuit suivante, l’autre court au bois.

A minuit, les sorcières arrivent:

– Bossu, bossu, fais-nous une chanson. Et le méchant bossu, sans se faire prier :

– Mardi, mercredi, jeudi !

– Ne faut-il pas être bête ? Vous seriez le diable que vous ne chanteriez pas cela ! Que lui ferons-nous ?

– Boutons-lui la bosse de l’autre !

Rouf ! Aussi vite que l’éclair, on lui plaque l’autre bosse sur la poitrine, et le voilà bossu par derrière, bossu par devant.

« Bulletin du folklore. »  Eugène Lempereur, Liège, 1893