Bougainville

Le tour du monde impromptu

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bougainville

M. de Bougainville, le célèbre voyageur, traversait un jour les Champs-Elysées dans une chaise de poste.

Il avait un de ses amis, M. de…, cheminant dans une des contre-allées, et lui propose de monter dans sa voiture et de l’accompagner à Versailles, où il va déjeuner. M. de… accepte, et dit qu’il sera satisfait s’il peut être de retour à Paris sur les quatre heures. Bougainville le lui promet. On arrive à Versailles, et la chaise de poste traverse la ville sans s’arrêter. M. de… témoigne son étonnement :

 C’est à Versailles , dit-il, que nous devions déjeuner; où me mènes-tu ?
Nous allons à Rambouillet, dit froidement Bougainville; ne te fâche pas, je t’en prie; je vais dîner là chez un ami. Viens avec moi, tu seras reçu à merveille.

M. de… jure, tempête, et se rend enfin. Que faire d’ailleurs ? sa journée est perdue. 

 Eh bien ! dit-il, j’irai dîner avec toi. 

On gagne du terrain, on avance, on arrive enfin à l’endroit désigné. On arrête, mais devant une auberge. 

 Mon ami, dit Bougainville, nous allons dîner ici pour nous remettre en route. Je vais passer quelques jours à Brest, et j’espère bien que tu ne me quitteras pas en si beau chemin.

M. de… entre alors dans une véritable colère. Que fera-t-il, il n’a point d’habits, point de linge. Bougainville le calme, lui offre la moitié de sa garde-robe, et obtient qu’il l’accompagnera à Brest. Les deux voyageurs se remettent en route; ils arrivent au terme de leur course. Bougainville dit alors à son ami que son vaisseau est en rade, qu’il est fraîchement décoré, et il lui propose d’aller le visiter. Quand ils furent tous deux montés sur le navire :

 Mon ami, dit Bougainville, viens avec moi, je vais faire le tour du monde. Tu ne manqueras de rien ici; tu voyageras avec la plus grande commodité possible. On n’attendait plus que moi, et nous faisons voile à l’instant. 

M. de…, qui ne voulait pas reculer, accepta cette singulière proposition, et fit impromptu le tour du monde.

Félix-Marie Baudouin. Paris, 1830.

Mort vivant

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Ticonderoga

Bougainville était aide de camp pendant la guerre du Canada. A l’attaque très vive du fort de Ticonderago, auquel les Anglais donnèrent inutilement, plusieurs assauts, il reçut, au plus fort de l’action, une balle au front qui le renversa.

Un officier qui le vit tomber, s’écria, en s’adressant au général de Lévis qui était peu éloigné :

Ah ! mon Dieu ! ce pauvre Bougainville vient d’être tué.
Eh bien, on l’enterrera demain avec beaucoup d’autres, répondit froidement le général, qui lui était cependant fort attaché, mais qui, dans un pareil moment, craignait, en paraissant sensible a cette perte, de décourager les soldats.

M. de Bougainville n’était qu’étourdi. Du coup, la colère lui rendit la parole. Il se relève en disant : 

Il me semble que vous vous consolez bien aisément de ma mort. Pourtant vous ne me ferez pas encore enterrer cette fois-ci.

Il guérit, en effet, et rendit son nom célèbre.

 
« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1896.