boulevard Montmartre

Rossini au boulevard 

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Georges Cain a conté l’anecdote.Elle prouve que si Rossini ne fut pas prophète en son pays à la première du Barbier de Séville, il le fut à Paris au lendemain de Guillaume Tell

Ce samedi d’août, à minuit, le boulevard Montmartre fut envahi par la foule, qui se  massa devant le numéro 10, surnommé « la boîte aux artistes », à raison de la qualité  d’un grand nombre de locataires. 

C’étaient les spectateurs sortant de l’Opéra, en grande toilette, bientôt suivis d’un groupe d’apparence bizarre, de gens porteurs de paquets. Les paquets étaient les instruments. Les porteurs étaient les musiciens de l’orchestre ! Leur chef Habeneck parut : tous venaient fêter Rossini par une sérénade à l’italienne ! On joua l’ouverture de Guillaume Tell, puis les trois créateurs, Dabadie, Nourrit et Levasseur chantèrent le trio du serment. Ensuite ils entonnèrent, à l’occasion de son départ, la cantate : 

Le ciel natal, hélas,  ♪
T’envie à nos climats;
♫ Tu nous quittes, mais ton génie
Ne nous quittera pas. ♫

Le plus amusant, c’est que Rossini n’était pas chez lui. Il arriva, voulut forcer les barrages. 

Je suis Rossini. 
— Allons donc! Tenez-vous tranquille ! On ne nous la fait pas ! 

« Comoedia. » Paris, 1920. 

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Balzac épicier

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On sait qu’une des grandes préoccupations de Balzac fut d’arriver à la fortune, même par le commerce et l’industrie. Imprimeur, il en résulta pour lui des dettes qui l’angoissèrent presque toute sa vie.

Il voulut exploiter, en Sardaigne, des mines d’argent abandonnées par les Romains : on lui vola son idée. Aux Jardies, il rêva de battre monnaie avec un guano imaginaire, soi-disant déposé au pied des arbres. Il songeait aussi à cultiver les ananas, pour les vendre, en boutique, sur le boulevard Montmartre : chimères !

Un projet des plus chers à Balzac, en 1840, c’était la création d’une colossale épicerie, en pleine rue Saint-Denis. Mais il voulait, pour la faire prospérer, un personnel d’élite et qui eût attiré tout Paris ! On connaît les employés que se proposait d’appointer Balzac : lui, chef de la maison; Théophile Gautier, premier garçon; George Sand, caissière; Léon Gozlan, commis emballeur… Gozlan prit la chose en riant :

Attendons, dit-il, que les sucres soient en baisse. Et surtout,ne louez pas la boutique sans que je vous en parle.

Le silence obstiné de Gozlan enterra l’épicerie Honoré de Balzac.

« Revue Belge. »  J. Goemare, Bruxelles, 1926.
Illustration : montage fait maison 🙂