bourgeron

L’enseigne

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Thomas-Couture

Un jeune peintre de talent, M. Thomas Couture, fort connu par son grand tableau de l’Orgie romaine, a été l’objet d’un quiproquo qu’il a pris fort gaiement. Il était dans son atelier, occupé à combiner on ne sait plus quel groupe historique, lorsqu’on frappa trois coups à la porte.

Entrez ! s’écria l’artiste.

En même temps, il vit s’avancer un homme en casquette et en bourgeron.

Monsieur, lui dit l’inconnu, vous êtes peintre ?
Oui, mon brave.
— On dit que vous êtes fort dans votre partie ?
Oui, quelques amis sont assez indulgents pour dire cela.
Eh bien ! je vous apporte de l’ouvrage. Voulez-vous travailler pour moi ?
 Pourquoi pas ? Que vous faut-il, un portrait ou un tableau de genre ?
Ça m’est égal, pourvu que ça se fasse voir.

Là-dessus le marchand de vin (c’en était un) fit comprendre à l’artiste qu’il désirait avoir pour son commerce une enseigne sous ce titre : « Au Vert-galant ».

M. Thomas Couture prit ses pinceaux et fit… un rébus.

Le vert-galant qu’il a dessiné, ce n’est pas Henri IV, c’est un gobelet, un verre avec des guirlandes de fleurs. Tout le monde s’arrête devant cette enseigne originale, rue Racine.

« Almanach de la littérature, du théâtre et des beaux-arts. » Paris, 1853.