Étiquette : Bourreau

Une bonne occasion de se taire

alexandre-Ier

Au début du règne de Nicolas Ier, plusieurs conspirateurs, parmi lesquels le poète Relieff, furent condamnés à être pendus. Le poète fut amené le premier au gibet.

Au moment où, après lui avoir passé le noeud coulant, le bourreau monta sur ses épaules pour le lancer dans l’espace, la corde, trop faible, cassa, et Relieff roula sur l’échafaud ensanglanté et meurtri.

On ne sait rien faire en Russie, dit-il en se relevant sans pâlir, pas même tisser une corde.  

Comme les accidents de ce genre avaient pour conséquence ordinaire la grâce du condamné, on envoya quelqu’un au Palais d’Hiver pour connaître la volonté du tsar.

 Qu’a-t-il dit ? demanda Nicolas.
— Sire, il a dit qu’on ne savait pas même tisser une corde en Russie.
— Eh bien, reprit Nicolas, qu’on lui prouve le contraire. 

Victor Fournel. « Dictionnaire encyclopédique. » Paris, 1872.

Le tir à la guillotine

henry-monnier

Un forain, nommé Henri Sucher, avait installé, à la fête de l’Esplanade des Invalides, un tir automatique représentant une guillotine toute montée, avec des mannequins.

La scène simulait le condamné, le bourreau, enfin tous les personnages présents d’habitude à une exécution capitale. Quand les tireurs faisaient mouche, le couteau tombait sur la tête du condamné ! Chaque jour de nombreux curieux se pressaient autour de la baraque.

Le forain vient d’être mis en demeure, par le commissaire du quartier, de faire disparaître ce tir un peu trop… réaliste. 

Mascara, le 6 juin 1894.
Illustration : Henry Monnier.

Deux anecdotes sur les bourreaux

Louis-Deibler

La première remonte au temps, déjà lointain, où la fonction de Monsieur de Paris était héréditaire dans la famille Samson. Or, en ce temps-là, en matière d’exécutions capitales, on trompait souvent le peuple, comme dit Jean Hiroux, en remplissant le corbillon final de sciure de bois au lieu de son.

Un beau matin même, il ne se trouva absolument rien dans le panier sinistre, et le sang de la tête fraîchement coupée put couler à son aise à travers les interstices du treillis d’osier.

Le lendemain, une gazette (les gazetiers ont toujours été sans pitié) imprimait ce qui suit :

« Samson est sans son ! Ceux qui lui ont volé son son sont bien coupables ! »

La seconde anecdote se passe en province, à l’époque, également bien lointaine déjà, où M. Deibler ne faisait point toute la besogne et où il restait encore des bourreaux dans un certain nombre de départements.

L’exécuteur des hautes oeuvres de la ville de G… habitait, dans un faubourg éloigné, une petite maison isolée où il ne fraternisait guère qu’avec le fossoyeur et le gardien du cimetière.

Certain soir, un jeune homme d’aspect cossu et distingué, étranger à la ville, frappa à la porte de la maison pestiférée. Ce jeune homme était un voyageur, sujet à de fréquentes migraines, qu’un mauvais plaisant, rencontré à table d’hôte, avait envoyé chercher un spécifique infaillible, un remède souverain contre les maux de tête… chez le bourreau !

Le jeune homme, quoique devenu vieux depuis cette lugubre mystification, court probablement encore.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.