boyaux

Cure anglaise

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buveur

Les voilà qui, non contents d’avoir introduit dans nos moeurs les ablutions extérieures à l’eau froide, essaient maintenant de nous faire laver journellement nos intestins à l’eau chaude !

Nos voisins anglais n’y vont pas de main morte et, pour être dans le mouvement… hygiénique, il faudra se résigner désormais à déguster une chopine d’eau chaude quelque temps avant chacun de nos repas, afin de «rincer» consciencieusement les vingt mètres de boyaux qui s’entortillent aussi bien sous le galbe d’une idéale beauté que sous le monstrueux embonpoint d’un bon vivant sexagénaire.

Déjà, il y a quelques années, on parla un peu de cette doctrine, au moment où le docteur Salisbury, un Américain, la fit connaître pour la première fois, mais sa grande vogue en Angleterre date de la cure de mistress Stuart qui utilise ses forces retrouvées à la propagande du nouveau traitement.

Les volumes de mistress Stuart se vendent, dans les diverses possessions de la Grande-Bretagne, par des milliers, qui rivalisent en nombre avec les productions de Zola. Sur toutes les devantures, dans tous les salons et jusque sous l’oreiller des vieilles filles légendaires de la chaste Albion, on voit de gentilles bouillottes écumantes ornant les gracieuses reliures anglaises qui portent ce titre séduisant : Que faire pour guérir et comment conserver sa santé ?

En quoi consiste ce fabuleux traitement ? Nous allons vous le dire :

La recette est toute simple : laver ses intestins à l’eau chaude plusieurs fois par jour.

Si vous êtes malade ça vous guérit, si vous ne l’êtes pas ça vous tient en bonne santé. Mais, Messieurs, ne vous croyez pas autorisés à additionner votre eau chaude de sucre, de citron et de brandy. Nous disons eau chaude pure et bientôt à la terrasse des cafés retentira, avec le boum traditionnel cet annoncez nouveau : « Trois eaux chaudes biens tirées, trois ! »

« La Joie de la maison. »  Paris, 1892.

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