Bretons

Le culte des morts chez les sauvages des temps  anciens et modernes

Publié le Mis à jour le

hindous-culte-des-mortsLes Bretons, les Hibernois (Irlandais aujourd’hui) quoique élevés dans la religion des druides, mangeaient leurs morts.

Les habitants du Pont, les Massagètes, les Derbyces faisaient comme eux. Ces derniers, habitants de la Scythie asiatique, adoraient, on le sait, le soleil. Ils égorgeaient leurs septuagénaires, et dans leurs familles on mangeait les parents qui succombaient à une mort subite ou violente. Les Hircaniens n’enterraient les femmes que parce qu’ils les croyaient indignes d’avoir leur ventre mâle comme sépulture. Au Venezuela, en Amérique, on faisait rôtir les morts : puis on les découpait, on les pilait, et quand ils étaient réduits en bouillie, on les délayait dans du vin que l’on buvait religieusement.

Les Capanoguas d’aujourd’hui font également rôtir leurs morts, puis ils les mangent, dans la persuasion qu’ils ne sauraient mieux les honorer. Dans les îles Baléares, les habitants mettaient les corps en morceaux et les renfermaient ensuite dans une cruche qu’ils enterraient. Les Parthes, les Mèdes, les Barcéens, les Taxiles, les Hériens, tous les peuples de l’Asie, conquis par Alexandre le Grand, transportaient leurs morts au milieu des champs, des bois, des forêts, et ils les abandonnaient aux bêtes sauvages et aux oiseaux de proie. Ils attachaient aussi à des branches d’arbres les parents arrivés à une vieillesse décrépite et les laissaient expirer sans secours.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1885.  

Une statue pour Piéronne

Publié le Mis à jour le

époque-médiévale

Les Bretons de Paris cherchent toutes les occasions de faire du bruit, c’est-à-dire d’être des Bretons bretonnant. Donc les Bretons qui sont à Paris ont réuni un comité d’organisation pour élever une nouvelle statue.

A qui le tour ? A la belle Piéronne (ou Perrinaïc). Vous ne la connaissez pas ? C’est tout simplement la compagne de Jeanne d’Arc, qui neuf mois avant le supplice de la Pucelle à Rouen, fut brûlée vive sur le parvis de Notre-Dame de Paris par messieurs les Anglais.

Ce monument en granit de Keroman, serait dressé sur l’une des collines armoricaines, le Menez-Bré, d’où l’on découvre les régions de Tréguier, de Cornouailles et de Goëlo et, tout au Nord, à l’horizon, la mer anglo-bretonne.

Il parait que la Commission de la statue ne renfermera que des femmes bretonnes ? Est-ce une grande indiscrétion de demander si elles seront toutes douées de la vertu de la pucelle d’Orléans ?

« La Grande revue. »  Paris, 1891.

Les aboyeurs

Publié le Mis à jour le

bretons

Si les faits n’étaient pas là pour le prouver, on aurait peine à croire que les superstitions aient encore d’aussi profondes racines dans certaines contrées. En pleine France, par exemple, on constate sous l’influence des sentiments religieux, des faits tellement hors de raison, qu’on est presque tenté de les attribuer à la folie. La fête des aboyeurs, en Bretagne, en est un exemple.

Pour étayer leur superstition, les Bretons ont une légende qui se perd dans la nuit des temps.

Un jour, raconte-t-on, la Vierge descendit sur la terre; elle s’arrêta près d’une fontaine. Là se trouvaient trois lavandières qui se montrèrent à ce point malhonnêtes avec la sainte visiteuse qu’elles en arrivèrent à exciter un chien qui les accompagnait à mordre sa tunique.

Pour les punir, celle-ci les condamna, ainsi que tous leurs descendants, à aboyer chaque année, à pareil jour, et cela, depuis le lever de l’aurore jusqu’au moment où l’immersion forcée de la tête dans la fontaine mettrait fin à leur supplice.

Les laveuses eurent sans doute une nombreuse postérité, car les aboyeurs se comptent par milliers.

Au jour dit, dans un rayon de plusieurs lieues autour de Josselin, on voit s’acheminer à pied, par tous les bas chemins qui conduisent à la fontaine expiatoire, hommes, femmes, enfants et vieillards; tous aboyant à se tordre les mâchoires.

D’abord, les groupes sont isolés, puis la foule, en approchant du but, se fait de plus en plus compacte; alors les cris deviennent des hurlements; la meute humaine, au gosier éraillé, au visage convulsionné par la douleur et l’effort, ne pousse plus que des sons rauques. La scène est horrible; pas un geste, pas une plainte, pas un sourire même chez les spectateurs pour venir interrompre cetle manifestation d’une troupe affolée par la superstition.

La contagion de l’aboiement gagne jusqu’aux enfants. Par contre, tous les chiens de la commune s’enfuient la queue basse, effrayés et sans voix.

Enfin, on est arrivé : deux vigoureux Bretons, placés sur les côtés de la fontaine, plongent chacun des aboyeurs, la tête la première, dans l’eau, et le charme est rompu. Tous y passent, jusqu’aux enfants à la mamelle.

Après l’opération, l’eau de la fontaine a perdu sa limpidité pour une quinzaine de jours.

Le second acte du drame se passe au cabaret : la soif est inextinguible pour ces gorges en feu; les premiers débarrassés sont les premiers ivres, ivresse singulière parce qu’elle est silencieuse : ils ont désappris la parole; la langue est gonflée, les
mâchoires sont agitées d’un tremblement convulsif, dernier vestige de l’effort aboyant, mais le contentement est sur tous les visages, l’épreuve est finie et la superstition repose jusqu’à son réveil de l’année suivante.

La fête des aboyeurs a lieu la veille de la Pentecôte.

Les voilà redevenus paysans calmes et laboureurs durs à la fatigue : huit à dix mois de tranquillité, au moins. Puis, un triste jour, l’idée fausse reparaît à la suite de ces veillées d’hiver, pleines de terreurs, lorsque les bergers racontent les histoires des fées et des Mary-Morgan (sirènes), lorsque, réunis devant un feu de genêts, à la lueur crépitante d’une chandelle de résine fixée dans la haute cheminée, les Bretons se serrent les uns contre les autres, et jettent des regards effarés vers la porte ébranlée par le vent, croyant qu’un poulpican curieux et malfaisant vient demander l’hospitalité. Les imaginations ont beau jeu.

La première, la femme prend peur ; elle descend des aboyeurs, pense-t-elle, et le jour de l’expiation approche; par elle l’enfant et l’homme travaillés n’ont qu’une seule pensée : la tache originelle,  la malédiction de la Sainte-Vierge.  D’où viendra le secours et le soulagement contre l’épouvante qui gagne ? les amis, les parents n’ont de raisonnement que pour fortifier l’erreur. L’église, le prêtre ? Celle-là offre ses reliques pour la fête, celui-ci justifie par sa présence la foi dans l’implacable vengeance de la mère de Dieu.

Bientôt, chez ces pauvres d’esprit, l’exaltation cérébrale est arrivée à son comble : ils en parlent tout le jour, ils en rêvent la nuit. La folie est proche; comme une épidémie, elle s’étend sur toute une population admirablement prédisposée à subir son influence.

Un premier aboiement se fait entendre : c’est le signal et la fête commence !

Elle vient d’avoir lieu en l’an de grâce 1868 !

« Paris-Magazine. » 1868.