britannique

Kipling l’Indien

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r-kipling-john-collierDans l’hommage, si juste, rendu universellement à Rudyard Kipling revient, sous toutes les plumes, comme un leitmotiv, ces expressions : le chantre de l’Empire, le grand Anglais, l’incarnation de l’âme et de l’esprit britanniques. 

Je me demande si cela correspond, rigoureusement, à la réalité. J’ai l’impression que de telles formules ont été exactes, à un certain moment de l’évolution du noble écrivain, qu’elles ont exprimé une coïncidence, mais que, depuis, il y a eu comme qui dirait un aiguillage, et c’est dans une autre direction que s’est engagé le père de Kim. Pour tout dire en un mot, je pense qu’il existe un autre Kipling, et que celui-là est le plus profond, le plus vrai des deux. 

Je l’appelle Kipling l’Indien. 

Il ne faut pas, en effet, oublier ses origines. Elles ont joué dans sa formation un rôle très important. Et songez que, jusqu’à six ans, ce petit sauvage n’avait pas prononcé un mot d’anglais. Remarquez d’autre part que s’il a rendu hommage souvent à la tenue, au courage anglais (surtout de l’officier, du colonial), c’est beaucoup plus à la manière d’un adversaire loyal que d’un authentique concitoyen. Et c’est tout le contraire quand il s’agit de choses d’Asie. Ici, le contact est direct, les cœurs sont vus du dedansrudyard-kiplingJe pense notamment à certains contes dont M. Arnold Van Gennep a souligné le caractère folklorique. Mais est-ce seulement du folklore ? Je vois là bien plutôt une connaissance directe, intuitive, de certaines réalités dont l’Orient a l’immémoriale habitude, connaissance plus ou moins sourde au début, mais que le chagrin et toutes les expériences de la vie avaient à la fois clarifiée et approfondie. 

Ainsi c’est sur une sorte de malentendu que la gloire de Kipling est basée. Les Anglais croyaient pouvoir honorer en lui leur type le plus représentatif, alors que, depuis nombre d’années, réfugié dans son Orient intérieur, il n’était plus, peut-être, que le plus affranchi des citoyens de l’Univers.

Francis de Miomandre. « Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques. » Paris, 1936.

Humour britannique

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shaw-wellsBernard Shaw, ce dramaturge anglais dont les pièces sont toutes vouées à des succès durables, est un végétarien accompli. Il ne mange jamais de viande et fait sa pitance quotidienne de plats de légumes plus ou moins appétissants.

Un jour, il était attablé devant un énorme plat d’épinards, d’aspect plutôt peu engageant, quand H.G. Wells le visita. Le romancier anglais se mit à regarder avec curiosité  Bernard Shaw, puis s’enquit :

Dites donc, Bernard, ce plat d’épinards, est-ce que vous allez le manger ou est-ce que vous l’avez déjà mangé une fois ?

« L’Homme libre. » Paris, 1924.