Bur-hou

La légende du château de Pirou

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Pirou, comme son nom l’indique, est une des plus vieilles bourgades de la Basse-Normandie. Pirou s’écrivait primitivement Pir-hou. Ces terminaisons en hou, fait observer Victor Hugo dans l’Archipel de la Manche, sont propres à ce pays. On les retrouve dans les îles normandes, comme sur la presqu’île du Cotentin. C’est ainsi que l’on a Jet-hou, Bur-hou, Li-hou, Ecre-hou, Ne-hou, Bercq-hou, Quette-hou, etc.

Le château de Pirou a une légende. A cela rien d’étonnant, étant si vieux. Situé sur la côte, entre Coutances et Lessay, il fut longtemps habité par des fées qui avaient subi une singulière métamorphose.

Filles d’un grand seigneur de la contrée, lequel était par-dessus le marché un puissant magicien, c’étaient elles qui avaient bâti le château de Pirou bien des années avant l’invasion des Normands. Elles y passaient leur jours ensemble dans la plus édifiante union, lorsqu’un jour, des pirates  norwégiens opérèrent une descente dans les environs.

Troublées dans leur quiétude et redoutant quelque violence de ces « rois de la mer », elles imaginèrent, pour s’y soustraire, de se changer en oies Sauvages.

Malgré leur métamorphose, les fées de Pirou n’abandonnèrent pas leur demeure. Les anciens du pays vous diront que tous les ans, le 1er mars, une troupe d’oies sauvages y venaient retrouver les nids qu’elles s’étaient creusés dans les murs du château.

Dom Bonaventure d’Argonne assure que, lorsqu’il naissait un garçon dans l’illustre maison de Pirou, les mâles de ces oies, étalant leurs plus belles plumes grises, prenaient le haut du pavé dans les cours du château; mais que, lorsqu’il naissait une fille, les femelles, en plumes plus blanches que neige, prenaient la droite sur les mâles. Que si cette fille devait être religieuse, on remarquait une de ces oies, entre les autres, qui ne nichait point, mais demeurait solitaire, mangeant peu et soupirant, dans son coeur.

Et voilà la légende du château de Pirou.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.
Illustration : jardinbernard.canalblog.com
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