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Dans la cage aux lions

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bebe-dompteurBostock, le dompteur très populaire chez les Parisiens de Montmartre, vient de se faire à moitié dévorer par son lion favori. On espère qu’il en reviendra, mais il est blessé grièvement. 

A propos de cet accident, on raconte des histoires émouvantes. Je n’en sais pas de plus drôle que celle de ce lourdaud de paysan qui avait été engagé à l’improviste pour  remplacer le garçon d’une ménagerie, renvoyé. Le patron lui avait simplement dit qu’il devait, le matin, balayer la cage des lions. Mais, au lieu de le faire comme on le fait d’ordinaire, en passant le balai dans l’espace laissé libre entre les barreaux, le naïf balayeur était entré dans la cage aux lions… Comme ceux-ci grognaient, il les avait crosses à coups de balai sur le mufle, en les appelant « sales bêtes ». Et, ceci, sans inconvénient. 

On dit que les fauves prisonniers, du seul fait de se sentir captifs, perdent la moitié de leur énergie. Les dompteurs ont, du reste, un moyen scientifique de réduire les fauves : c’est de se laisser mordre deux ou trois fois le bras recouvert d’une cuirasse hérissée de pointes. L’animal, qui raisonne et ne se trompe jamais dans les raisonnements simples, en conclut que l’homme est une sorte de porc-épic terrible auquel on ne peut toucher sans se blesser. De là, lui vient cette terreur que des dompteurs habiles ont laissé croire due à la puissance du regard de l’homme et à une sorte d’admiration que son courage cause à la bête. 

Tout de même, le métier a ses périls. Bostock en sait quelque chose. 

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1905.

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Le boa assoupi

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attaque-boa

Le pavillon des serpents du Jardin zoologique de New York a été, récemment, le théâtre d’une scène terrible. Un gardien était entré dans la grande cage pour porter à manger au boa constrictor, qui paraissait assoupi.

Tout d’un coup, l’homme sentit que le serpent s’enroulait autour de ses jambes, et cherchait à l’attirer vers le fond de la cage.

Le malheureux gardien se cramponna désespérément aux barreaux de la grille et se mit à appeler au secours. A ses cris, des gens accoururent, et bientôt on vit quinze hommes en lutte avec le serpent pour lui arracher sa proie.

Il se passa quelques minutes d’angoisse. On croyait le pauvre homme irrémédiablement perdu, mais enfin, grâce aux efforts réunis des sauveteurs, le reptile dut lâcher prise.

Le gardien a été retiré de la cage dans un état lamentable.

« Le Petit Journal illustré. » Paris, 12 Avril 1908.

Conte romain

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lion-chretiensEn ce temps-là, les déserts de Libye étaient moins fréquentés qu’ils ne le sont à l’heure actuelle. La principale industrie du pays, la culture du lion à l’état libre, donnait d’excellents résultats. Le lion pullulait et il n’y avait pour ainsi dire qu’à se baisser pour en prendre. Et c’était là que les Romains se fournissaient de rois des animaux pour les rudes jeux du cirque.

Donc, un jeune lion de belle allure vivait heureux en ces déserts. La chasse était pour lui un plaisir et un gagne-viande. Aux époques d’amour, il fondait provisoirement une famille, et quand il avait à peu près élevé ses lionceaux, il les plantait là, ainsi qu’il sied, et courait à d’autres aventures.

Un soir qu’il se promenait avec cette nonchalance affectée et ce je ne sais quoi de prétentieux que l’on remarque chez tous les grands fauves, il chut brusquement dans une fosse, qui se trouva, du fait même de cette chute, être une fosse aux lions. des gens armés surgirent, dressèrent une cage où le lion, furieux mais complaisant, se précipita… il était prisonnier.

Durant des semaines et des mois, il fut traîné en cage par les villes, où on le montrait comme une curiosité. Et à mesure que le voyage se poursuivait, les gardiens redoublaient de mauvais traitements envers l’animal : on le laissa jeûner des jours entiers, on le piquait avec des barres de fer rouge, on le ferraillait sans relâche, on lui avait rogné les griffes par surcroît de cruauté.

Enfin, on arriva en Italie, et les belluaires de l’empereur prirent la livraison du lion. On l’enferma dans une cave obscure, où il resta sans boire ni manger, au secret. Et la pauvre bête pensait : « Quelle cruauté nouvelle me préparent-ils ? » Abruti de souffrance, de fatigue, de soif et de faim, il considéra l’univers en sage qui a touché le fond de l’amertume.

Un jour, quand on jugea qu’il était à point, on vint lui ouvrir sa cage, et, à coups de trident, on le pria de sortir par un couloir grillé. Il gagna ainsi une porte ouverte sur la clarté d’un amphithéâtre flambant au grand soleil de juillet. Sur le seuil le lion s’arrêta, et ce qu’il vit l’aurait fait reculer d’horreur, si l’on n’avait pris la précaution de fermer la grille derrière lui.

Au milieu de l’amphithéâtre, une bandes d’êtres hâves, déguenillés, terribles, accroupis dans des attitudes menaçantes, ou levant le poing dans un geste de défi. Le lion, épouvanté, s’écria : « Chien de sort !… Ils m’ont livré aux chrétiens ! »

Et, résigné désormais, il se coucha et attendit la mort.

Pierre Veber. « Almanach illustré du Petit Parisien. »  Paris, 1924.