Calais

Un aventurier précoce

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Grant-Wood

L’Amérique endigue sévèrement l’immigration. Les enfants n’en savent rien. Hantés par les lectures de ces vieux romans d’aventure où l’on voyait les pépites surgir sous les pas des explorateurs, et pervertis par les conversations des aînés qui leur représentent le nouveau monde comme le réceptacle de tout l’or monnayé du vieux continent, ils rêvent de plus en plus de s’expatrier vers le pays fabuleux où, théoriquement, la vie devrait être dorée sur tranche comme un livre de Noël.

Et c’est ainsi que le petit apprenti tisseur de 13 ans Charles Marc quitta la maison paternelle du 52, rue de Turenne, à Calais, et vint tout d’abord à Paris se familiariser avec l’atmosphère des grandes villes avant de s’embarquer au Havre à destination de New York. Ne doutant point de son étoile, comme tous les aventuriers de race, il ne s’était muni, pour tout viatique, que de la somme de 8 francs et d’une boite de sardines. Mais il s’était armé d’importance. Pensez donc !… un vieux pistolet, une fronde et un piège à moineaux, tout ce qu’il faut pour affronter les pirates de la savane et les grands fauves.

Errant, la nuit dernière, rue de Chabrol, le conquistador en herbe fut abordé par un agent de ronde qui souffla fort paternellement sur son rêve et le confia à M. Garnier, commissaire de police de la Porte Saint-Denis. Et Charles Marc, déjà revenu de l’aventure, attend au Dépôt que ses parents viennent le reprendre et le rendre à son métier.

Restez en France, petits gars aventureux, car c’est l’élan de vos forces neuves qui lui restituera, tôt ou tard, tout son bel or exilé !

« Le Matin : derniers télégrammes de la nuit. »  Paris, 1925.
Illustration (extrait) : Grant Wood. 

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