Cambronne

Un procès d’Emma Calvé

Publié le Mis à jour le

carmen

L’impresario Schürmann demande aux juges du tribunal civil de Paris de condamner Mme Emma Calvé à lui payer un dédit de 20,000 francs et une somme de 3,000 francs pour frais divers.

Nous sommes en juillet 1904. Mme Emma Calvé vient d’être engagée par M. Schürmann pour une tournée en Allemagne et en Autriche. Elle doit se faire entendre dans Carmen et dans Cavalleria rusticana. La tournée comprenait vingt représentations, Mme Emma Calvé devant toucher 40 % sur les recettes brutes. Son dédit était de 20,000 francs. A Leipzig et à Hambourg, le succès fut éclatant, mais à Dresde un incident grave se produisit et c’est sur cet incident que s’appuie aujourd’hui M. Schürmann pour justifier sa demande.

On jouait Carmen. La salle était comble. Les deux premiers actes et le commencement du troisième avaient valu aux interprètes et plus spécialement à Mme Emma Calvé un succès triomphal. Mais soudain un flottement se produit parmi les artistes en scène. On en est au moment où Carmen veut pénétrer dans le cirque pour assister à l’entrée d’Escamillo et le voir combattre le taureau qu’il doit tuer en son honneur. Mais don José l’en empêche et la poignarde. Or, d’après le livret, Carmen doit pendant cette scène, tourner le dos au public, c’est-à-dire faire face à don José qui lui barre le chemin. Et ce soir-là, raconte Me Daniel Cogniet, l’avocat de M. Schürmann, Mme Emma Calvé avait voulu renoncer aux prescriptions du livret, c’est-à-dire qu’elle voulait, pour son dernier récitatif, faire face au public, obligeant ainsi don José à la poursuivre et à la poignarder dans le dos.

Mais il arrive que le ténor allemand qui lui donne la réplique oublie la modification voulue par la cantatrice. Il ne bronche pas et Mme Emma Calvé de lui jeter l’épithète d’imbécile, suivie bientôt, à voix plus haute, de plusieurs autres plus vives. Cependant don José, ahuri, ne bronche toujours pas et c’est alors que perdant tout sang-froid, Mme Emma Calvé aurait prononcé trois fois le mot qu’illustra Cambronne à Waterloo. Scandale, cris, protestations. Départ précipité du roi de Saxe, qui assistait à la représentation. Bref, la salle se vide en un clin-d’oeil. Le lendemain le directeur général de l’Opéra-Royal adressait à M. Schürmann le télégramme suivant :

« Vu que Mme Calvé, comme, on m’informe à l’instant et certifié par des témoins, s’est laissé entraîner d’une façon regrettable à insulter gravement un des premiers membres de l’Opéra-Royal (le ténor allemand), je ne peux plus permettre à cette dame de remettre les pieds à l’Opéra-Royal.

La seconde représentation n’aura donc pas lieu.

Comte Serbach. »

Dans ces conditions, la tournée devenait difficile, pour ne pas dire impossible. A Berlin, Mme Emma Calvé refuse de jouer dans Cavalleria rusticana et regagne Paris.

Tel est le procès qui vient d’être exposé aux juges du tribunal civil de la Seine.

« Revue musicale de Lyon. » Lyon, 1906.

Publicités

Agacement

Publié le

freres-corneille

C’est pendant que Corneille habitait Paris qu’il faut placer l’anecdote suivante, racontée par Voisenon dans ses Anecdotes littéraires.

Les deux frères Corneille travaillaient dans la même maison, dans deux pièces situées l’une au-dessus de l’autre. Quand Pierre ne trouvait pas une rime, il levait une trappe et la demandait à Thomas qui lui répondait aussitôt.

On dit même, mais l’authenticité de cette anecdote n’a pas été démontrée, qu’un jour où Pierre ne cessait de lever la fameuse trappe, il demanda à son frère une rime à perde. Thomas, agacé par ses demandes réitérées, lui répondit sèchement par le mot qui devint célèbre dans la bouche de Cambronne à Waterloo.

Malpoli !

Publié le

cuvillier-fleury-victor-hugo

Après la publication des Misérables, M. Cuvillier-Fleury publia une critique aussi sévère que solennelle du livre de Victor Hugo.

Un des grands reproches que faisait au grand poète l’académicien Cuvillier-Fleury, c’était surtout d’avoir écrit, en toutes lettres, le substantif qu’à immortalisé Cambronne.

Comme réponse, Victor Hugo lui adressa un exemplaire avec la dédicace suivante :

« A mon collègue Villier-Fleury.»

« L’Eclipse. »Paris, 1876.

Comment se fait une légende

Publié le Mis à jour le

occupation-prussienne.Le journal le Jour, et tous les journaux à sa suite, ont rapporté, il y a quelque temps, un acte de patriotisme du marquis de Biencourt, qui en est certes bien capable.

On a raconté qu’habitant son château d’Azay-le-Rideau pendant l’occupation prussienne, il avait été forcé de prêter ses voitures au prince Frédéric-Charles et à sa suite, et qu’il les avait brûlées quand on les lui avait rendues, pour anéantir la souillure prussienne. Or, M. de Biencourt vient de démentir toute cette histoire, dont il ne peut deviner l’origine. Il n’a ni prêté ni brûlé ses voitures. Le prince Frédéric-Charles étant venu s’installer dans le château d’Azay-le-Rideau pour y donner un repas à ses officiers, M. de Biencourt lui a simplement adressé une lettre très noble et très hautaine pour le rappeler aux convenances, lettre à laquelle il n’a été répondu ni par le prince ni par aucun de ses officiers.

Et malgré cela, que, dans quelque cent ans d’ici, un historiographe, dépouillant les journaux de notre temps, trouve l’anecdote sans en voir le démenti, et la consigne dans ses écrits, il sera copié par d’autres, et pendant bien longtemps peut-être le marquis de Biencourt passera pour avoir brûlé ses voitures… absolument comme Cambronne a dit : « La garde meurt, et ne se rend pas ! »

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Image d’illustration.