Camille Flammarion

Causera-t-on bientôt avec Mars

Publié le Mis à jour le

tsfInterrogé récemment par un journal de Prague sur la possibilité de communiquer un jour, par radio- phonie, avec la planète Mars, le célèbre radiologue Marconi a répondu ceci :

— En admettant l’hypothèse que certaines planètes soient habitées par des êtres doués d’une intelligence analogue à celle des terriens, à mon avis rien ne saurait nous  empêcher de communiquer tôt ou tard avec ces êtres par le truchement de la T. S. F.
— D’ici trente ans ? a insisté le reporter ?
— Il n’est pas impossible que cela se produise même plus tôt, bien qu’il soit difficile de donner des précisions, à ce sujet. Mais rien, absolument rien, ne s’oppose à ce que nous communiquions par T. S. F. avec une planète, en supposant que notre hypothèse réponde à la réalité.

Cette réponse est assurément la plus objective qu’ait jamais faite un savant sur un sujet qui prêta trop souvent à la fantaisie. Aussi valait-elle d’être signalée de façon toute particulière.

Voilà plus de soixante ans que pour la première fois il fut question de communiquer avec cette « planète sœur » qu’est la rougeoyante Mars. En mai 1869, en effet, l’inventif Charles Cros faisait à la salle de conférences du boulevard des Capucines une conférence qui fut publiée par lui sous le titre d’Excursions dans le ciel. Il proposait un système de points lumineux, sortes d’éclairs alternatifs. On en reparla en 1877 quand l’astronome italien Schiaparelli fit connaître les résultats sensationnels de ses observations de la planète Mars. En 1891, l’un des fondateurs de la Société astronomique de France, M. Schmoll, suggérait de représenter les sept étoiles du nord en plaçant des foyers lumineux à Bordeaux, Marseille, Strasbourg, Paris, Amsterdam, Copenhague et Stockholm. En 1907, l’astronome américain W.-H. Pickering imaginait un système de télégraphie optique analogue à celui de Cros. On parla également de figurer par un tracé de lumière l’image géométrique du carré de l’hypoténuse. Car il est bien évident que les formules d’Euclide ne peuvent qu’être les mêmes dans l’infini d’un univers à trois dimensions.marsienEn 1900, M. Perrotin, ancien directeur de l’observatoire de Nice, alertait tous ses confrères en astronomie en affirmant que des signaux optiques, émergeant lumineusement du disque planétaire, avaient été observés par lui sur Mars. C’est cette même année (17 décembre 1900) qui vit se produire le singulier legs fait par Mme Guzmann, de Pau, à l’Académie des Sciences. On sait qu’il se monte à cent mille francs et qu’il sera décerné « à celui qui, le premier, aura réussi à entrer en communication avec un astre autre que la planète Mars » ! Il est vrai que Mme Guzmann a stipulé que, « chaque fois que le prix n’aura pu être décerné pendant cinq années de suite, les arrérages cumulés seront attribués à une œuvre de progrès astronomique ».

Notons encore que pendant la grande guerre des signaux hertziens, véritables messages radiotélégraphiques donnés comme venant de Mars, furent enregistrés par des astronomes trop pressés de conclure. M. Abbott, secrétaire du Smithsonian Institute, n’en prit pas moins la peine d’écarter leurs hypothèses en démontrant qu’on se trouvait en présence de parasites hertziens dus à des émissions solaires.

Le dernier en date de ces correspondants fantaisistes avec Mars fut, en 1926, le docteur Manfield Robinson, avoué à Londres, qui ne craignit pas de donner sur ses relations avec les Marsiens des précisions ultra extravagantes. Il s’était lié, allait-il jusqu’à dire, à une aimable Marsienne répondant au nom de Oomaruru, signifiant dans la langue de Mars, « la bien-aimée ». En 1928, il réussit à obtenir de M. F.-W. Phillips, secrétaire de l’administration anglaise des P. T, T. qu’un radiogramme de lui fût envoyé vers Mars par le poste de Rugby sur une longueur d’ondes de 18.740 kilomètres. Mais le public et la presse, un moment amusés, se récrièrent. On s’étonna que le docteur Robinson ne fût pas envoyé promptement à la douche.radioL’opinion que professait Camille Flammarion sur les relations entre la Terre et Mars peut se résumer ainsi : Mars ayant précédé la Terre dans l’évolution des planètes de notre système solaire, est logiquement habité par une race intellectuelle supérieure à la nôtre. On peut donc admettre que les Marsiens aient tenté depuis bien longtemps, depuis notre âge de pierre par exemple, de correspondre avec les voisins que nous sommes. Mais, las de ne point recevoir de réponse, ils ont dû définitivement y renoncer.

Serait-ce vrai ? N’est-il pas plus sage de penser, avec feu Edison, que les laboratoires de la science préparent plus de miracles que l’impatience des hommes pourrait en imaginer ?

« L’Œuvre. » Paris, 1932.

Publicités

Les Martiens

Publié le Mis à jour le

mars

Comment sont faits ces Martiens qui, suppose-t-on, nous font signe ? Plusieurs savants ont émis, à ce sujet, des hypothèses, dont voici les principales, rassemblées par Sergines, dans les Annales Politiques et Littéraires.

On peut imaginer, dit le président de l’Académie Royale de Londres, que les hommes de Mars sont grands parce que la pesanteur y est faible, blonds parce que la lumière y est atténuée, ont quelque chose, avec plus de gracilité, des membres de nos Scandinaves, et ont aussi probablement le crâne plus élargi.

Leurs yeux bleus sont plus grands et doués d’une faculté d’accommodation plus étendue : leur nez est également plus fort, leurs pavillons auditifs plus grands. Leur tête volumineuse, leur vaste poitrine, leurs membres longs et grêles, l’absence de taille séparant le thorax de l’abdomen, leur donnent un aspect général assez différent de celui que nous présentons. Leurs grands yeux, leur nez puissant, à narines mobiles, leurs larges pavillons auditifs constituent un type de beauté que nous n’apprécierions sans doute pas beaucoup. 

M. H.-G. Wells, auteur d’une Guerre des Mondes, a une autre idée des Martiens.

Les habitants de la planète Mars, écrit-il, ont d’énormes corps ronds, ou plutôt ils ont pour corps d’énormes têtes rondes d’environ quatre pieds de diamètre avec un visage au milieu. Ce visage n’a pas de nez, mais une paire de gros yeux de couleur sombre et immédiatement sous les yeux une sorte de protubérance charnue. A l’arrière du corps se trouve l’oreille. La bouche est entourée de seize tentacules effilés semblables à des jouets.  

M. Camille Flammarion n’est pas de cet avis.  

Les habitants de Mars ne peuvent qu’être pareils à notre espèce humaine. Ils doivent être plus grands, plus légers, d’une forme différente. Ils doivent être aussi plus beaux que nous et meilleurs. 

Le professeur Hyslop, dans les Annales des Sciences Psychiques, a tracé le portrait d’un Martien d’après un médium, Mme Smead. Elle s’est bornée à dire :

Les habitants de Mars, en chair et en sang, ressemblent à des Indiens de l’Amérique du Nord. 

La Presse, de Montréal, a publié, en 1900, deux images de Martiens. L’une d’après l’astronome Nicolas Climius, dont le nom ne nous est pas très familier. Pour Nicolas Climius, le Martien (il l’a dessiné) est un homme-arbre. Son tronc est un vrai tronc ligneux et ses bras sont des branches. Quand les Martiens sont en mouvement, on croirait voir marcher la forêt dans Macbeth.

Tout autre est le Martien pour sir Himpfry Davy’s.

Le Martien, après études, est de taille immense. Il ressemble à un humain. Mais ses membres sont d’un développement extraordinaire.  

En un mot, et c’est pour lui assurer le respect de certaines gens, le Martien a le bras long. 

Sergines. « L’Écho du merveilleux. » Paris, 1913.

La grande peur de Gabrielle Renaudot

Publié le Mis à jour le

Camille-Flammarion-Gabrielle-Renaudot

Voici un récit de hantise, rapporté par Mlle Renaudot, devenue, par la suite Mme Camille Flammarion.

Mlle Renaudot ayant été invitée en avril 1918, par le docteur Bonnefoy, veuf et remarié, à venir passer quelques jours à Cherbourg, il lui échut une chambre renfermant de nombreux objets ayant appartenu à la défunte Mme Bonnefoy, et, en particulier, le lit dans lequel elle était décédée.Des liens d’affection profonde avaient uni Mme Bonnefoy et Mlle Renaudot.

«Il se trouva, écrit cette dernière, que je reçus, sinon sa chambre, du moins son lit, transporté du rez-de-chaussée, où elle était morte, dans ce qui avait été sa chambre de jeune fille. Le souvenir du passé me revenait constamment. Je la revoyais si heureuse d’une vie à la fois active et harmonieuse, puis sur ce lit qui avait été, pendant trois nuits, son lit mortuaire. La première nuit, je ne dormis pas, songeant à elle, à sa maison. J’étais d’ailleurs un peu souffrante. Le lendemain, je me promis une bonne nuit. Je m’endormis, chassant mes anciens souvenirs.

A 4 heures du matin, le 27, un bruit formidable m’éveilla: à gauche du lit, des craquements terribles se faisaient entendre dans le mur. Ils se propageaient autour de la chambre. Et puis, des craquements plus doux, comme d’une personne se retournant dans un lit, se produisirent à plusieurs reprises. Enfin, j’entendis un pas léger et glissant, partant à gauche du lit. Dans mon émotion, je me levai, et j’allumai une bougie. A 5 heures, en proie à une terreur irraisonnée, je montai chercher la cuisinière, Marie Thionnet. Elle descendit avec moi. Dès son arrivée, nous n’entendîmes plus rien. Vers 6 heures, le docteur, au second étage, s’est levé et est allé dans son cabinet de toilette: les bruits qu’il fit en se levant et en marchant ne ressemblaient pas à ceux que j’avais entendus.

Dans la journée, je cherchai l’explication du phénomène: chats, rats … j’examinai le mur à gauche du lit: sans aspérités. D’ailleurs les bruits mystérieux étaient très différents de ceux qui auraient pu être produits par des animaux, chats ou chien.

Le samedi, je me couchai, déjà nerveuse. A 11 heures, les bruits recommencèrent comme le matin. Aussitôt, en proie à la plus vive émotion, je montai chercher chercher la cuisinière. Elle descendit et s’étendit sur le lit, à côté de moi. Pendant une demi-heure, les bruits continuèrent. Les coups étaient si forts que nous craignions à tout instant de voir tomber le cadre qui soutenait le portrait de Mme Bonnefoy. Des pas glissants parcouraient la chambre. La cuisinière entendit tout cela comme moi. Elle est âgée de vingt-six ans. A 11h30, les bruits cessèrent.

Ces manifestations étant extrêmement désagréables, surtout parce que l’on sait qu’on a affaire à une cause inconnue, incompréhensible, je me recueillis dans la journée du lendemain. Je suppliai la morte de m’en épargner la douloureuse émotion.

Je suis restée dans cette maison jusqu’au samedi 4 mai. Etant redevenue plus calme, j’ai prié la morte de se manifester et de me faire savoir d’une manière quelconque ce qu’elle pouvait désirer. Mais je n’ai rien observé depuis, malgré mon désir (mêlé d’effroi) de pouvoir contrôler le phénomène, et d’obtenir, si possible, l’explication de cette étrange manifestation.»

A propos de ce récit, il n’est pas inutile de faire remarquer que Mlle Renaudot, alors jeune astronome à l’observatoire de Juvisy, mathématicienne distinguée, directrice du bulletin mensuel de la Société astronomique de France, membre de l’Association des journalistes parisiens, était très sceptique en ce qui concerne les phénomènes psychiques. Elle n’était guère de nature craintive et passait des nuits entières à observer les étoiles.

Pour la première fois de sa vie, elle avait connu la peur ! …

« Maisons et lieux hantés. »  Danielle Hemmert/Alex Roudène. Ed. Vernoy, 1980.