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Il est certain que l’on s’absente beaucoup moins de Paris : on s’aperçoit que le Bois est charmant, que la ville est beaucoup plus agréable que lorsqu’elle est encombrée, on est un peu débarrassé de la population qui y fait le plus de tapage tout en croyant briller.

Avant longtemps, c’est tout au plus si on s’absentera quelques semaines ou un mois de la capitale. Cela ne signifie pas que la province ne renferme pas une foule d’endroits charmants, où il est délicieux d’aller se promener, se reposer; mais on s’y rend continuellement, à présent, grâce à la rapidité des trains au développement de l’automobilisme. Pour notre part, nous avons constaté souvent que la différence entre Paris et la province diminuait de plus en plus. Paris est partout, ou si vous le voulez toute la province est à Paris.

Il y eut jadis plusieurs exemples de Parisiens enragés qui ne quittaient jamais les fortifications : ainsi Auber ne s’absenta de Paris que pendant la Commune et s’ennuya prodigieusement à Versailles. Xavier Aubrier, le spirituel chroniqueur, était tout aussi attaché à Paris : un jour, cependant, on avait réussi à lui faire passer une nuit dans la banlieue; mais il regagnait bien vite le lendemain sa chère ville, affirmant qu’il n’avait pas pu dormir à la campagne, « cet animal de rossignol ayant gueulé toute la nuit ! »

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire. »  Paris, 1905.
Illustration : Lucien Genin.

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Le veau de Courbet

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Gustave Courbet, alors qu’il séjournait à la Tour-de-Peilz, s’en fut un jour en visite chez M. X… qui possédait aux Ormonts de vastes étables. Un jeune veau, crotté jusqu’à l’échine, gambadait dans le pré. Il symbolisait si bien, aux yeux de Courbet, les attraits de la campagne, qu’il voulut le peindre.

Quelques jours après, il revint. Il se félicitait du tableau qu’il allait peindre, voyant par avance le museau rose et écumeux, les taches rousses et blanches de la bête couverte de boue, joyeux de l’impression de vérité qu’il allait en tirer. Il s’installe, ouvre ses boîtes, et la fille de ferme arrive, tirant derrière elle le veau… lavé, rincé, peigné, frisé, portant aux cornes des faveurs bleues.

Vous auriez dû me dire, rugit Courbet suffoqué, vous auriez dû me dire que vous l’envoyiez au concours agricole.
Mais… mais… M. Courbet, il ne s’agit pas de concours, c’était pour qu’il soit plus mignon.
Ça… ça, vous prétendez que c’est un veau ! Eh bien, vous, vous êtes une dinde ! hurla le peintre.

Et il s’enfuit, à la consternation de la brave fille qui avait usé trois baquets d’eau à faire la toilette de l’animal.

« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. »  Lausanne, 1934.

Une campagne qui promet

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M. Auguste Sabatier, boucher, directeur de brasserie et ancien député de Paris, ne se console pas d’avoir perdu son siège aux dernières élections. Aussi brigue-t-il le siège vacant de Brioude.

Les Auvergnats de Paris ne s’en plaignent pas, car ils sont reçus à bras ouverts par le restaurateur candidat. Parmi les convives assidus, on remarque fort le nouveau et déjà célèbre député de la Haute-Loire, M. Philibert Besson, qui patronne la candidature de M. Sabatier. Ce dernier, au milieu de ses invités, pérore et clame sa foi dans son prochain triomphe.

Enfant du pays, dit-il, je ne crains personne. Ma campagne, elle sera simple, quatre grandes réunions où je parlerai pendant quatre heures. Ce qui fait ma force, c’est que je peux parler pendant une journée sans arrêt. Je dirai peut-être des… âneries, mais je parlerai quand même, et quand ce sera fini, je referai mon discours en patois. Et pour ce qui est de la bourrée, je défie mes concurrents de la danser comme moi. 

Voilà certes une élection qui s’annonce des plus gaies avec Philibert Besson et Sabatier.

Heureux électeurs que ceux de Brioude !

« Hebdomadaire français. »  Paris, 1933.

Propos d’un paysan

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A les entendre, tous nos députés sont les défenseurs acharnés du bon « paysan de France, éternel sauveur de la patrie dans la paix et dans la guerre ». Cependant, coïncidence bizarre, lorsqu’il s’agit de discuter un projet intéressant l’agriculture, de voter une mesure en sa faveur, cela ne les intéresse plus et la Chambre vide est un désert.

C’est ainsi que tout récemment pour s’occuper de la création des Chambres d’Agriculture, il n’y avait qu’une douzaine de députés somnolents et quelques autres expédiant leur courrier. Jusqu’au Groupe de Défense Paysanne qui brillait par son absence !

Ah ! Si l’on avait agité une de ces futiles et creuses questions de politique, une Chambre en furie se serait trouvée là ! Hémicycle bondé et fourmillement dans les couloirs, discussions passionnées et discours retentissants, applaudissements frénétiques, cris, vacarme et pugilat peut-être : rien n’aurait manqué au grand jour.

Mais, il ne s’agissait que de l’agriculture. Le débat fut terne, ce qui n’empêche pas d’ailleurs que le travail fut excellent. Le projet De Monicault fut en effet adopté dans ses grandes lignes et nous pouvons espérer enfin une bonne représentation professionnelle agricole, si le Sénat toutefois s’en désintéresse également.

Mais pourquoi diable nos politiciens, la bouche en coeur et la main sur la poitrine, protestent-ils à l’envi de leur complet dévouement à la classe agricole, de leur attachement à la campagne ? Pourquoi surtout se laisse-t-on encore prendre à ces boniments ?

« La Terre de Bourgogne : la Bourgogne agricole et la Bourgogne rurale réunies. » Dijon, 1922.
Illustration : Vincent van Gogh. « 
La plaine de la Crau. »

Schiller… citoyen français

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Schiller

Un des descendants de Schiller, M. de Gleichen, vient de publier sur lui des souvenirs forts intéressants, au milieu desquels on trouve cette amusante anecdote. 

L’oeuvre de Schiller avait provoqué un tel enthousiasme en France que la Convention lui décerna le titre de citoyen français et donna l’ordre de lui expédier son diplôme civique. Or, l’employé chargé de faire l’expédition était un partisan prématuré de la réforme de l’orthographe, car il écrivit l’adresse comme il prononçait le nom et expédia le diplôme civique au nom de Gillé.

Et le document adressé à ce M. Gillé parcourut vainement toute l’Allemagne; et il eut été sans doute perdu si, par le contenu de la lettre, qu’il fallut bien ouvrir, on n’eût compris qu’il s’agissait de Schiller… à qui elle parvint enfin par les soins de M. Campe, de Hambourg, qui était le traducteur et le disciple de Rousseau.

Schiller, du reste, après avoir pris connaissance du diplôme, écrivait avec une certaine ironie, un peu macabre :

« J’ai reçu, il y a quinze jours, le diplôme ratifié par Roland, il y a déjà cinq ans, égaré depuis à Strasbourg. Ce document m’est parvenu du royaume des morts, car Danton et Clavière l’ont signé. La lettre qui l’accompagnait est signée par Roland; Custine s’en chargea pendant sa première campagne allemande. Aucun d’eux n’existe plus. »

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.

Réforme de l’orthographe

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La question de la réforme de l’orthographe a pris une certaine importance depuis quelque temps. L’un des promoteurs les plus actifs de cette réforme est certainement M. Barès qui y consacre depuis nombre d’années son temps et son argent. Voulant donner une forme pratique aux principes qu’il défend, M. Barès a fait une grammaire résumant les règles qui lui paraissent devoir constituer la structure de notre idiome écrit et parlé.

On le voit, c’est une révolution ayant pour conséquence la transformation de notre langue, révolution qui ferait que nos enfants liraient difficilement Racine, Bossuet, Victor Hugo et Lamartine. Tout en reconnaissant qu’avec les siècles une langue se modifie et que la nôtre peut être simplifiée, et tout en admirant la persévérance avec laquelle M. Barès poursuit la campagne qu’il a commencée, nous pensons que les lettrés conserveront longtemps encore une forme de langage qui a produit tant de chefs-d’œuvre.

La simplification de l’orthographe sera l’œuvre du temps et nous ne pensons même pas que le décret de M. Leygues puisse en hâter l’accomplissement.

« La Revue scientifique du Limousin. »  Musée national Adrien Dubouché, Limoges, 1899. 
Illustration : Benjamin Rabier. 

Carnot invalidé

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Ce n’est pas, heureusement, comme président de la République, mais simplement comme conseiller municipal.

Le bas Gentilly, vexé de se trouver sans cesse en minorité devant Bicêtre, qui forme l’autre partie de la commune, s’est imaginé, pour faire parler de lui, de voter, aux dernières élections municipales, pour des candidats inéligibles, et a nommé MM. Sadi Carnot, Charles de Freycinet et Ernest Constans. A cette fumisterie le conseil de préfecture vient de répondre très sérieusement par un arrêté qui annule les élections du président de la République et de ses ministres.

On prête au bas Gentilly l’intention de recommencer la même campagne.

« Librairie des bibliophiles. »  Paris, 1891.