Capet

Inauguration de la guillotine

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guillotine

On a mis la dernière main à la guillotine; on ne saurait imaginer un instrument de mort qui concilie mieux ce qu’on doit à l’humanité et ce qu’exige la loi, du moins tant que la peine capitale ne sera point abolie. On devrait bien aussi perfectionner le cérémonial de l’exécution, et en faire disparaître tout ce qui tient à l’ancien régime.

Cette charrette dans laquelle on mène le condamné, et dont on fit grâce à Capet, ces mains liées derrière le dos, ce qui oblige le patient à prendre une position gênante et servile; cette robe noire dont on permet encore au confesseur de s’affubler, malgré le décret qui défend le costume ecclésiastique: tout cet appareil n’annonce pas les mœurs d’une nation éclairée, humaine et libre. Peut-être même est-il impolitique de laisser un prêtre assister un contre-révolutionnaire, un conspirateur ou un émigré à son dernier moment. L’ascendant de la religion peut porter le criminel à confier des choses importantes à un confesseur disposé à en abuser par la suite.

Un autre reproche à faire à ce supplice, c’est que, s’il épargne la douleur au condamné, il ne dérobe pas assez aux spectateurs la vue du sang; on le voit couler du tranchant de la guillotine, et arroser en abondance le pavé où se trouve l’échafaud. Ce spectacle repoussant ne devrait point être offert aux yeux du peuple; et il serait très aisé de parer à cet inconvénient plus grave qu’on ne pense, puisqu’il familiarise avec l’idée du meurtre, commis, il est vrai, au nom de la loi, mais avec un sang-froid qui mène à la férocité réfléchie.

N’entend-on pas déjà la multitude dire que ce supplice est beaucoup trop doux pour les scélérats qu’on a exécutés jusqu’à présent, et dont plusieurs, en effet, ont eu l’air de braver la mort ? Le peuple se dégrade en paraissant vouloir se venger au lieu de se borner à faire justice.

« les Révolutions de Paris. » Louis-Marie Prudhomme, Paris,1789,1794.