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La pelle

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Champdeniers, qui a une curieuse église du XIe siècle et des foires où l’Espagne vient choisir ses mules, a également une brigade de gendarmerie. C’était même jusqu’à ces derniers temps une brigade à cheval.

Mais un ministre sans idéal en a fait une brigade à pied. Et c’est pourquoi alors qu’ils croyaient honnêtement avoir effacé tous les signes extérieurs qui distinguent un gendarme à cheval d’un gendarme à pied, les gendarmes de Champdeniers se trouvèrent démontés à la vue d’une vieille pelle d’écurie, reste suprême de leur ancien état de cavaliers. Ils s’en ouvrirent au colonel de la 9e légion, qui prescrivit de déposer l’outil à Niort, d’où il devrait être expédié en Indre-et-Loire, à la brigade de Châteaurenault, qui, elle, est encore à cheval. C’était bien. Mais aucun crédit n’avait été prévu au budget de l’armée pour cette opération. Pourtant il fallait obtempérer.

La nécessité est mère de l’invention. Le capitaine de gendarmerie de Niort prit la pelle, la mit, entre deux gendarmes, dans l’auto de la compagnie, et la transporta à Lusignan, où elle passa entre les mains du capitaine de Poitiers, lequel, en automobile aussi, se dépêcha de l’aller confier au lieutenant de Châtellerault. Celui-ci, à motocyclette, l’emporta sans plus attendre à Ste-Maure. Le capitaine de Tours, au volant, y attendait la vieille pelle, il la reçut dans les formes qui convenaient, puis fila, pressé d’en faire la remise officielle à la brigade à cheval de Châteaurenault, qui gravement se déclara heureuse d’une telle aubaine.

Ce n’était pas plus difficile que cela, mais il fallait le trouver.

« La Grand’goule : les lettres, les arts, la tradition, les sites. »  Poitiers, 1931.< = »color: #808080; »>Illustration : La gendarmerie à cheval d’Hallencourt (Somme) vers 1930.

Obus russe

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pierre-1er-de-russieC’est d’obus anciens que je veux parler, mais, il est probable que l’on doit en trouver encore quelques-uns de ce genre dans les armements russes. La chose se passait au siège de Varsovie.

Le maréchal prince Paszkiewicz avait ordonné de couvrir d’une grêle d’obus une batterie qui gênait ses opérations, et comme, malgré la grêle d’obus, la batterie continuait de tirer bien tranquillement sur ses troupes, il se précipita vers la batterie russe en demandant :

Quel est l’imbécile qui commande ici ?
Moi, mon général, répondit un capitaine.
Eh ! bien, capitaine, vous ne savez pas votre métier. Vos obus n’agissent pas. Je vais être forcé de vous dégrader !

Le capitaine ne se troubla pas (les Russes ne se troublant jamais), il se contenta de répondre :

Mes obus ne produisent aucun effet, mon général, parce qu’ils sont mauvais et qu’ils n’éclatent pas ; je ne demanderais pas mieux que d’en avoir de meilleurs !
Allons donc, monsieur ! Je vous demande un peu si l’on vous a envoyé des obus qui n’éclateraient pas !

Alors le capitaine fait apporter un obus en allume la mèche, puis, le présentant, au général :

Voulez-vous constater vous-même, monsieur le maréchal ?

Le maréchal ne bronche pas plus que l’officier et les bras derrière le dos regarde bien tranquillement l’obus, qui n’éclate pas, en effet.

C’est vrai ! dit le prince, vous avez raison.

Et « l’imbécile » ne fut pas dégradé !

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. » Paris, 1905.
Image d’illustration : Alexander Kotzebue.