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Charlemagne et le bon écuyer

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charlemagne

Voici une anecdote qui caractérise bien Charlemagne. Il révérait dans les ecclésiastiques, la dignité de leur caractère. Mais il voulait qu’ils s’y conformassent.

Un jeune homme auquel ce monarque venait de donner un évêché s’en retournait très satisfait. Le futur prélat s’étant fait amener son cheval, y monta si légèrement, que peu s’en fallut qu’il ne sautât par dessus. Charlemagne, qui le vit d’une fenêtre de son palais, l’envoya chercher.

Vous savez, lui dit-il, l’embarras où je suis pour avoir de bonnes troupes de cavalerie. Etant aussi bon écuyer que vous l’êtes, vous seriez fort en état de me servir : j’ai envie de vous retenir à ma suite : vous m’avez tout l’air de réussir, et d’être encore meilleur cavalier que bon évêque.

« Almanach littéraire ou Etrennes d’Apollon. »  Paris, 1792. 

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Charles X et la routine

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Le roi de France est un homme remarquable, pour son âge. Sa Majesté se lève tous les jours à 7 heures, en hiver comme en été; elle entend la messe à 7 heures et demie, et déjeûne à 8 heures précises : ce repas consiste en viandes, végétaux, et en une bouteille de vin…

A neuf heures, le roi vaque aux affaires; à 10, il donne audience aux ministres et aux gens de cour. Tous ses jours sont invariablement consacrés aux affaires de l’État; il sait tout ce qui se passe aussi bien que ses ministres; il lit les journaux de toutes les couleurs, de toutes les opinions, et même les journaux anglais, et le Standard n’est pas oublié. Il dîne à cinq heures et demie ou six heures, se lève immédiatement après le dîner, fait tous les soirs sa partie de whist, et se retire à dix heures et demie.

Il est rarement indisposé; sa vie régulière et sa sobriété soutiennent sa santé. Il monte à cheval comme un homme de 30 ans, et avec beaucoup de grâce et d’aisance. Il est infatigable à la chasse et joue le whist dans la perfection; c’est presque le seul jeu auquel il s’adonne. Il est très beau joueur, mais il ne met jamais plus d’un louis à la partie. Beaucoup de personnes le croient catholique fanatique, mais on se trompe : le roi serre la main à un protestant avec cordialité. Ses soirées ne sont pas brillantes. Sa Majesté ne parle pas beaucoup; mais quand elle parle, elle a toujours quelque chose d’agréable à dire.

 » Le Pirate : revue hebdomadaire de la littérature et des journaux. » Paris, 1830.
Illustration : Baron François Gérard.

Dentologie

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Cadre

Il ne se passe pas de jour qu’on n’invente une science nouvelle. La dernière née est la dentologie.

Voulez-vous connaître une personne : examinez sa denture. Voici les règles qui doivent présider à cette opération.

1° LONGUEUR DES DENTS. Les dents longues indiquent des penchants nettement déterminés, une grande largeur de vues, ou des défauts bien caractérisés. Les grands savants, les grands spéculateurs ont de grandes dents; les grands criminels aussi : aimable rapprochement.  Les petites dents dénotent un manque de volonté, une certaine petitesse d’esprit.
(Nota bene : j’ai de très longues dents.)

2° POSITION ET PLANTATION. Lorsque les dents sont rapprochées les unes des autres, c’est l’indice d’une certaine vivacité d’intelligence, et cette intelligence se porte sur des questions plus ou moins sérieuses, suivant que (voir 1°) les dents sont longues ou courtes. Les dents proéminentes et inclinées en avant sont un signe de bêtise; inclinées en arrière, signe d’instabilité de caractère.
(Nota bene : mes quenottes sont très rapprochées les unes des autres et plantées verticalement.)

3° FORME. Les canines pointues dénotent la férocité et la dépravation.
(Nota bene : mes canines ne sont pas pointues.)

La dentologie sert encore à reconnaître l’âge des sujets, quand ceux-ci appartiennent à la race chevaline.

On fera bien d’apporter quelque prudence dans l’application des principes ci-dessus exposés. J’avais récemment à traiter une affaire importante, avec un individu que je connaissais fort peu. Honnête homme ou gredin ? je l’ignorais. A moi, la dentologie ! et j’examine attentivement, tandis qu’il parle, les palettes du sieur.

Oncques ne vis plus magnifiques perles : dents de belle taille, blanches comme du lait, serrées, parfaitement rangées, canines arrondies. « A coup sûr, me dis-je, voilà un homme intelligent et probe. » Et je conclus l’affaire en toute tranquillité, confiant même à mon nouvel ami des sommes importantes… Quelques jours après, l’homme aux belles dents disparaissait avec mon pauvre argent.

J’ai su depuis qu’il portait un râtelier !

« Musée des familles. »  Ch. Delagrave, Paris,  1897.
Montage façon Gavroche. 😀

Le caractère des autruches

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autruches
Les autruches sont d’un caractère à peu près aimable. Leur élevage, cette industrie si prospère aujourd’hui en quelques colonies, n’est pas sans présenter quelquefois des dangers tout aussi considérables que ceux de l’élevage des bêtes à cornes en liberté.

M. James Andrew, dans une note présentée à la Société Royale de Tasmanie, nous apprend qu’à l’époque de la reproduction, le mâle de l’autruche devient un animal terrible, d’une susceptibilité farouche, toujours prêt à attaquer, et que l’on ne doit approcher qu’avec les plus grandes précautions. A ce moment, il ne souffre la présence d’aucun visiteur, et s’oppose violemment a l’envahissement des terrains qu’il regarde comme son domaine.

C’est à coups de pied qu’il attaque alors les hommes ou les animaux qui l’approchent. Il balance une patte d’avant en arrière jusqu’à ce que son pied, armé d’une griffe formidable, s’élève assez haut; alors il le fait retomber sur sa victime, avec une force terrible, capable de lui rompre les membres s’il l’atteint avec le plat du pied, et de lui causer des blessures encore plus graves s’il l’atteint avec les doigts armés d’ongles puissants.

On a vu des hommes tués net, d’un seul coup de cette arme redoutable, et M. Andrew cite le fait d’un cheval dont l’arrière-train fut rompu par un de ces coups de pied, destiné au cavalier qui le montait.

Un homme attaqué par un de ces animaux furieux chercherait inutilement son salut dans la fuite; en un instant, l’oiseau l’aurait atteint, et on sait ce qui en résulterait. On n’a d’autres ressources que de se laisser tomber étendu sur le sol, et d’y rester en se soumettant, avec toute la résignation possible, aux coups inévitables et cruels qui seront répétés certainement, à intervalles rapprochés, jusqu’au moment où une occasion se présentera de s’échapper, ou jusqu’à celui où un mouvement de l’autruche permettra de lui saisir la tête. En la tenant alors fortement, et inclinée vers le sol, on empêchera l’animal de poursuivre son œuvre meurtrière.

On n’est pas sauvé cependant dans ce cas. M. Andrew a vu, dans ces circonstances, une autruche calculer assez bien son effort pour s’appliquer à elle-même, sur la tête, un coup si violent, qu’elle s’est brisé le crâne.

« La Science française. » Paris, 1890.