cardinal

Mon curé chez les électeurs

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aubert

C’est le curé de l’une des plus belles églises de Paris. Décoré de la croix de guerre, il s’est acquis une popularité de bon aloi par sa rondeur, sa franchise et sa jovialité.

Sa paroisse est fréquentée par nombre de pécheresses par trop fardées parfois pour un lieu saint. Mais notre curé, comme tous les ecclésiastiques qui ont fait le coup de feu, est plein d’indulgence et ferme les yeux. Aussi bien l’église ne désemplit pas aux offices le dimanche. Les pauvres, pour lesquels il est une véritable providence, n’y perdent rien.

Inutile de dire que les vieilles dévotes du quartier N.-D. de Lorette sont désemparées et ne s’expliquent pas l’attitude de leur pasteur. Or, ces jours derniers, quelle ne fut pas leur stupéfaction d’apprendre qu’il s’était rendu à maintes reprises, à l’occasion de la campagne électorale, chez divers marchands de vin où il n’avait pas cru déchoir en trinquant avec de simples ouvriers.

On eut toutes les peines du monde à leur faire entendre que notre curé ne faisait en l’occurrence que mettre en pratique les instructions d’un mandement du cardinal Dubois qui ordonné aux ecclésiastiques de prendre une part active aux élections en vue de combattre le communisme.

« Chantecler : littéraire, satirique, humoristique. »  Hanoï, 1932. 
Illustration : Aubert d’après Plalier.

L’opéra populaire à Venise

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orfeo

Les théâtres d’opéra vénitiens furent les premiers théâtres d’opéra réguliers et publics. Tous les théâtres qui avaient été ouverts jusque-là étaient aristocratiques. Ainsi, le grand théâtre Barberini à Rome, qui, malgré ses 3.5oo places, était un théâtre d’invités.

Une anecdote nous montre, pendant une représentation, en 1639, le maître du logis, le cardinal Antonio Barberini, futur archevêque de Reims, chassant à coups de bâton un de ses invités, un jeune homme de bonne mine, pour faire de la place aux gens de marque.

Désormais, à Venise, c’est le peuple qui a son théâtre d’opéra. Il paye : il est maître chez lui. Monteverdi, établi à Venise depuis 1613, avait prévu cette transformation artistique et sociale, et il semblait l’appeler depuis longtemps; car il écrivait déjà en 1607 ces lignes si nouvelles pour son siècle :

« Les hommes de science protestent que le peuple se trompe, et ne saurait juger. Non, le peuple a raison; et s’il contredit l’élite, c’est à l’élite à se taire. »

Francesco Cavalli. « Le Mercure musical. »  Paris, 1906.
Illustration : « Orfeo. » Monteverdi. Capture YouTube.

Voltaire en colère

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richelieu

Lorsqu’il fut question de réunir l’Académie Française à celle des Inscriptions et Belles-Lettres, Voltaire s’écria :

« Je ne pardonne point à ceux qui veulent du mal à notre Académie, parce qu’elle est libre. Le Cardinal de Richelieu l’a créée avec cette liberté comme Dieu créa l’homme. Il faut lui laisser le libre arbitre dont elle n’a jamais abusé. C’est un Corps plus utile qu’on ne pense , en ne faisant rien, parce qu’il sera toujours le dépôt du bon goût qui se perd totalement en France. Il faut laisser subsister l’Académie comme ces anciens Monuments qui ne servaient qu’à montrer le chemin ».

« Almanach littéraire ou Etrennes d’Apollon . »  Paris, 1792.

A propos d’asperges

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fontenelle.

Une anecdote pour montrer jusqu’à quel degré de passion peut être poussée la gourmandise pour ce légume extraordinaire.

Fontenelle adorait les asperges, mais seulement a l’huile, Le cardinal D…, lui, en raffolait, mais seulement à la sauce blanche.

Or, un jour, madame de Tencin avait invité les deux amis à manger chez elle les bienheureuses asperges. C’était au début de la saison, la première récolte de l’année, peut-être. Le cuisinier avait donc reçu l’ordre de traiter impartialement les deux gastronomies opposées et de préparer une moitié des asperges à la sauce blanche, l’autre moitié à l’huile.

Tout à coup, on vient annoncer à madame de Tencin une fâcheuse nouvelle.

Le cardinal D… est mort !
— Mort ! s’écrie l’amphitryonne atterrée.
— Mort! répète Fontenelle. En êtes-vous bien sûr ?
— Hélas ! monsieur, cela ne saurait faire de doute.
— Alors, il ne viendra pas dîner ce soir ?
— Certainement non, monsieur !

Fontenelle bondit jusqu’à la porte, l’ouvre toute grande et crie au cuisinier d’une vqix formidable :

Jean ! Toutes les asperges à l’huile !

Le cardinal D… n’eut d’autre oraison funèbre de la part de Fontenelle.

« La Revue des livres. »  Paris, 1887. 

Apparence trompeuse

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Jules Mazarin

Un gentilhomme, attaché depuis longtemps au cardinal Mazarin, était fort estimé de ce ministre et pourtant n’en était pas plus riche. Il y avait longtemps que le cardinal l’accablait de promesses.

Un jour s’en trouvant fatigué, il en témoigna de l’aigreur. Le cardinal, qui ne voulait pas perdre l’amitié de cet homme, l’appela dans son cabinet, et, après avoir tâché de lui persuader la nécessité où il avait été jusqu’alors de distribuer les grâces à certaines personnes nécessaires au bien de l’État, il lui promit de songer à lui.

Le gentilhomme, qui ne faisait pas grand cas de ses paroles, s’avisa de lui demander pour toute récompense de lui frapper de temps en temps sur l’épaule, avec un air de faveur, devant tout le monde; ce que fit le cardinal.

En deux ou trois ans le gentilhomme se vit accabler de richesses, seulement pour donner son appui auprès de son Eminence, qui ne lui accordait que ce qu’il aurait accordé à tout le monde, et qui plaisantait avec lui de la sottise de ceux qui payaient si bien sa protection.

Saint-Evremond.