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La Carmagnole n’est pas une danse

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A l’origine, la Carmagnole n’est pas une danse, c’est un vêtement porté par les habitants du village italien de Carmagnolia, dans le piémont.

Veste courte, son sommet est découpé en angle aigu, rabattu sur la poitrine avec plusieurs rangées de boutons en métal, des revers courts et des poches. Elle gagne le sud de la France et, par l’intermédiaire des fédérés marseillais, arrive à Paris pendant la Révolution française.

Les sans-culottes l’adoptent tout de suite et en font un de leurs symboles avant de donner son nom au célèbre et anonyme Chant. Celui-ci a été vraisemblablement composé en 1792 après la prise des Tuileries lors de la journée du 10août.

La Carmagnole devient très populaire au moment de la chute de la royauté, après l’arrestation du roi et son enfermement à la prison du temple. Son texte évoque l’atmosphère de ces journées d’insurrection s’en prenant à Monsieur et Madame Veto (surnoms donnés à Louis XVI et Marie-Antoinette) ainsi qu’aux gardes suisses qui furent massacrés après la prise du château.

Ce n’est que plus tard que la chanson est accompagnée d’une danse en ronde qui commence lentement pendant le couplet, en tapant du pied, puis s’accélère de plus en plus au refrain. Symbole révolutionnaire et populaire, cette chanson reflète les joies, les attentes, les tendances ou les rancoeurs de la population, qui la modifie constamment en y ajoutant un couplet au gré des événements. Elle scande ainsi les épisodes de la Révolution, chantée et dansée au moment des fêtes, lors des grands rassemblements populaires, au départ des troupes ainsi qu’aux exécutions, notamment lorsque Robespierre monte à l’échafaud.

Vêtement avant d’être une chanson, c’est également un genre littéraire dans lequel s’est illustré Bertrand Barère. Cet avocat, qui a présidé le procès de Louis XVI, est membre du Comité de salut public. Instigateur de la Terreur et partisan de la guerre à outrance, l’homme s’est surtout fait connaître par ses discours surnommés « carmagnoles ». Epiques, ils transforment un épisode militaire en mythe républicain; lyriques, ils appellent à l’extermination des ennemis de la Révolution en soutenant les colonnes infernales en Vendée ou en réclamant la destruction de villes qui se sont soulevées comme Lyon ou Marseille. Mais c’est le chant populaire qui restera dans les mémoires.

Alors qu’il est premier consul, Bonaparte interdit de chanter et de danser la Carmagnole. Elle fait toutefois sa réapparition à l’entrée des alliés dans Paris en mars 1814 et rythmera les autres épisodes révolutionnaires tout au long du XIXème siècle. Une nouvelle strophe est chaque fois composée, que ce soit en 1848 à la chute de Louis-Philippe, pendant la Commune de Paris en 1871 ou lors de la Révolution russe de 1917 où, à défaut d’endosser la veste, les Soviétiques entonnèrent le célèbre chant français: « Dansons la carmagnole … »

Olivier Tosseri.  « Historia. »