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Le crime au théâtre 

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cartouche-theatreLes bandits de grands chemins font de nouveau régner la terreur dans la vie réelle, après avoir (dans ces dernières années) obtenu au théâtre des succès foudroyants. D’estimables sociologues se demandent si ceci n’a pas contribué à cela. 

Déjà au dix-septième siècle, après l’exécution de Cartouche, un éminent jurisconsulte, Jacques Brillon, avait fait ce rapprochement. Voici ce qu’il écrivait, en 1727, dans son Dictionnaire des Arrêts

« Si le premier coupable du plus petit larcin eût été sévèrement puni, les grands voleurs ne le seraient point devenus, et le nombre des « Cartouchiens » ne se fût pas multiplié au point de se rendre redoutables à Paris dans les années 1720 et 1721. Une chose qui m’édifia peu et qui, en effet, fut bientôt empêchée, fut la représentation publique d’une comédie intitulée Cartouche. Tous les spectateurs ne vont pas au théâtre pour rire. Ceux qui veulent s’instruire per fas et nefas vont là puiser des leçons dangereuses pour la filouterie et le brigandage, comme de jeunes femmes pour se raffiner dans l’art de la coquetterie.« 

« Le Figaro. » Paris, 1912.

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La théorie du mousquet

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« La théorie » est ce petit livre bleu, cartonné toujours, remanié sans cesse, mis au courant par une commission spéciale d’officiers. La première théorie connue est celle du mousquet et qui est la suivante : 

« 1, portez la main au mousquet; 2, haut le mousquet; 3, joignez la main gauche au mousquet; 4, pressez la mèche; 5, mettez-la sur le serpentin; 6, compassez la mèche; 7, mettez les deux doigts sur le bassinet; 8, soufflez la mèche; 9, en joue; 10, tirez ; 11, retirez vos armes; 12, reprenez la mèche; 13, remettez-la en son lieu; 14, soufflez sur le bassinet; 15, mettez le poulvérin; 16, amorcez; 17, fermez le bassinet; 18, soufflez sur le bassinet; 19, passez le mousquet du côté de l’épée; 20, prenez le fourniment (étui contenant une cartouche); 21, mettez-le dans le canon ; 22, laisser tomber la poudre dans le canon; 23, remettez le fourniment en son lieu; 24 tirez la baguette; 25, haut la baguette; 26, raccourcissez la baguette; 27, mettez-la dans le canon; 28, bourrez; 29, retirez la baguette; 3o, raccourcissez la baguette; 31, remettez-la en son lieu; 32, portez la main droite au mousquet; 33, haut le mousquet; 34, mousquet sur l’épaule. »

Tout cela, pour arriver à pouvoir tirer son homme à trente pas. Le fusil Lebel est un peu moins compliqué et d’une autre portée.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Un bienfaiteur

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II était non seulement le roi des voleurs, mais le roi de Paris même, où il était furieusement à la mode, dans les salons, les gazettes, à la Cour, même au théâtre, où, avec sa collaboration, un auteur célèbre composa, sur lui, une pièce qui fut jouée à la Comédie-Française et qui rapporta énormément d’argent aux deux auteurs. Cependant, Cartouche en fit arrêter la représentation, trouvant qu’on l’y tournait en ridicule.

Et il n’aimait pas être ridicule, l’homme avisé qui jouait des tours dans le genre de celui-ci : 

Il rencontre, un jour, un homme qui, enjambant le parapet du Pont-au-Change, allait se noyer.

Eh ! qu’y a-t-il donc, mon brave ? pourquoi voulez-vous mourir ?

Hélas, mon bon monsieur, je suis marchand-drapier… et mes affaires vont mal. Pour me sauver de la faillite, il me faudrait dix-sept mille livres.

Qu’à cela ne tienne, répond Cartouche, réunissez, chez vous, vos créanciers demain à neuf heures, et je vous apporterai ce qu’il vous faut : car il ne sera pas dit que Cartouche ait rencontré un pauvre homme dans l’embarras et ne lui soit pas venu en aide.

Le lendemain, en effet, Cartouche apportait bien la somme au commerçant, qui obtint son quitus (le mot n’existait peut-être pas encore) de tous ses créanciers, lesquels manifestèrent leur profonde reconnaissance à Cartouche, qui se retira avec toute la dignité d’un bienfaiteur.

Seulement… seulement, il avait eu soin de poster des hommes sur le passage des créanciers; et, quelques minutes plus tard, on leur reprenait les dix-sept mille livres au complet et, probablement, quelque chose avec.

L’exécution de Cartouche

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CartoucheVoici quelques détails sur la mort du célèbre brigand Cartouche. Nous les dédions à ceux qui ne sont pas partisans de la peine de mort:

« …Le condamné ayant demandé à faire des révélations, son exécution est remise au lendemain. Les spectateurs ne lâchent pas pied et, de plus, les fiacres ne cessent, pendant la nuit, d’amener encore et toujours du monde.

« Le condamné fut étendu sur une croix de Saint-André; le bourreau lui cassa les articulations à coups de barre de fer. Puis II l’attacha, courbé en demi-cercle, sur une petite roue suspendue à un poteau.

« Au bout d’une heure, Cartouche était mort. Mais son histoire n’était pas finie.

« Un vague industriel, de connivence avec le bourreau, eut l’idée d’exhiber, à frais communs, les restes du célèbre bandit, et, pendant plusieurs jours, on vint en pèlerinage, des quatre coins de la capitale, contempler le cadavre de Cartouche, moyennant une somme de cinq sols.

« Comme le cadavre commençait à se décomposer, un médecin acheta le corps à un valet du bourreau et fit son autopsie en public; mais, cette fois, le spectacle fut gratuit.»

 » Ma revue: hebdomadaire …  » Paris, 1907.