célibat éternel

Mariage dans l’au-delà

Publié le Mis à jour le

cielL’Eclair du 15 août a publié sous ce titre : le mariage des morts (minghun), le curieux article que je vous adresse.

La croyance des Chinois en un autre monde, où les morts se trouvent aux prises avec les mêmes difficultés et les mêmes ennuis que dans cette vie, les induit à de bien curieuses coutumes, dont l’une des plus remarquables est le mariage des morts.

Lorsque des parents perdent un enfant, leur chagrin se décuple à la pensée qu’il peut être confronté au célibat éternel. Heureusement, ils ont encore la ressource de de réparer cette lacune. Il n’y a qu’à chercher une compagne d’âge correspondant, morte récemment, et dont les parents sont d’accord pour procéder à une union bien assortie.

Le cas vient de se produire à Teng-Shou-Fou, dans le nord de la province de Shantung, où une pauvre veuve perdit son fils de douze ans. Elle fut inconsolable jusqu’à ce que des personnes charitables lui eussent appris que, dans une localité voisine de Sanfang, une famille honorable venait de perdre une fillette de quatorze ans. Des pourparlers suivirent, qui aboutirent rapidement. La veuve fit la connaissance de la famille Ko (tel était le nom) et le jour du mariage fut fixé.

La fête eut toute la solennité désirable. Comme la jeune fille n’était pas enterrée, mais reposait encore dans le caveau du jardin paternel, les choses se passèrent le plus solennellement du monde. Tout se passa comme pour des vivants, et quand l’heure du départ fut sonné pour la fiancée, on transporta gentiment son cercueil dans le tombeau du jeune homme.

Pendant cette translation et cet enterrement, les cérémonies nuptiales furent religieusement observées. Nul deuil chez les parents, qui se retirèrent heureux d’avoir assuré le bonheur de leurs chers défunts. Depuis, du reste, ils se fréquentent, comme il sied entre beaux-parents.

Coutume bizarre, dont il faut peut-être pas trop se moquer. Elle a un côté touchant, puisqu’elle arrive parfois à bercer d’illusions la douleur d’une mère.

« La Chronique médicale. » N° 18. 1911.

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