Chambre des députés

Boulot de député

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Si la royauté ne sert à rien, en Angleterre, elle coûte assez cher. Si la royauté ne coûte rien en France, il ne faut pas croire que les fonctions politiques soient cependant absolument gratuites. Veut-on savoir de quelle façon nos honorables sont payés ? Qu’on lise.

Pendant la dernière session, nos 557 députés ont siégé en tout 452 heures, soit 45 journées de dix heures, ou un mois et demi, pour lequel ils ont touché 3,342,000 francs. Ils ont donc coûté par jour chacun 130 fr. 27, et par heure 13 fr. 027. Or, si les 557 députés travaillaient 300 jours à 130 fr. 27 chacun par jour, la Chambre coûterait annuellement 217,681,000 fr. 17 centimes (deux cent dix-sept millions six cent quatre-vingt-un mille francs dix-sept centimes).

Il faut que la France soit vraiment bien riche pour payer à raison de 13 francs l’heure un travail qui, pour le plus grand nombre, consiste bien simplement à dire : « très bien ! » ou « à l’ordre ! », etc.

Il est vrai que, pour parler sérieusement, tous les députés pris ensemble coûtent beaucoup moins cher qu’un empereur ou qu’un roi pris isolément. A ce point de vue, la République constitue encore un progrès.

« Les Annales politiques et littéraire. » Paris, 1883.
Illustration photo : Le Lab Europe 1 © 2013

Intermède comique

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Le citoyen Lisbonne  vient  agrémenter d’un intermède comique la période électorale.Voici la proclamation qu’il a fait afficher dans Paris.

Élection législative du 27 janvier 1889.

Citoyens, électeurs de la Seine. Un grand nombre d’électeurs m’offrent la candidature à la Chambre des députés. J’accepte.

Criblé de dettes, dont l’origine remonte à 1865, où j’étais directeur du théâtre des Folies-Saint-Antoine, et comme je suis honnête, je ne puis être élu qu’à une condition : Désintéresser mes créanciers, qui sont au nombre de 1793. Je n’invoque pas la prescription !!!

Mon programme, si j’étais élu, vous le connaissez : Suppression de la Présidence, du Sénat et de la Chambre, étant prouvé que, pendant les vacances, on n’est jamais plus tranquille.

Suppression du budget des cultes, liberté de réunion et d’associations ouvrières, séparation de l’Église et de l’État.

Pour arriver à siéger à la Chambre, il faut que je désintéresse mes créanciers. Je fais donc appel à un terre-neuve financier qui voudra bien me débarrasser des huissiers, notaires et hommes d’affaires, qui me tombent sur le dos chaque fois que j’entreprends une direction ou une industrie quelconque.

Je ne suis pas gourmand. Le citoyen financier assez patriote pour mettre seulement CENT MILLE FRANCS à ma disposition aura bien mérité de la patrie et de mes créanciers. 

Si je suis élu ? Je remplirai fidèlement mon devoir.

Au cas d’un échec, 1793 créanciers, réunis dans un banquet dont mon sauveteur financier sera président de droit, porteront des toasts à l’infini au Manteau bleu politique qui les aura payés beaucoup plus tôt que je n’aurais pu le faire. Il remportera à la sortie leurs bénédictions accompagnées de toutes celles des officiers ministériels de Paris, de la France et de l’étranger.

Vive la République!
Salut et fraternité.

Colonel Lisbonne,
Ex-forçat de la Commune et directeur
des Frites révolutionnaires.

« Gazette littéraire. » Paris, 1889.

« Messieurs, la séance continue ! »

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Auguste-Vaillant

Le samedi 9 décembre 1893, eut lieu à la Chambre des députés la terrible explosion de la bombe de l’anarchiste Auguste Vaillant. L’attentat fit de nombreuses victimes parmi les députés et les spectateurs des tribunes.

Une fois le premier moment de stupeur passé, le président,  Charles Dupuy, dominant son émotion et cherchant à ramener le calme dans les esprits, prononça ces mots au milieu du bruit : 

« Messieurs, la séance continue ! »

Un pareil sang-froid lui valut de toutes parts les éloges les plus mérités. 

Le mot de M. Dupuy donna lieu, quelque temps après, à un incident comique que nous trouvons rapporté dans le Figaro du 29 mai 1894.

A la séance de rentrée du Conseil municipal qui avait eu lieu la veille (28 mai), il arriva qu’un des conseillers, M. Vorbe, par un geste un peu trop vif, cassa l’abat-jour d’une lampe. Aussitôt son collègue M. Alpy se leva et dit solennellement, à la grande joie de l’Assemblée : « Messieurs, la séance continue! »

Inutile de dire qu’on chercherait en vain quelque trace de cet incident dans le compte rendu du Bulletin municipal.

Roger Alexandre. « Le musée de la conversation. »  Paris, 1897.