Champagne

Fine Champagne

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Pourquoi le nom de fine « Champagne » est-il donné a une eau-de-vie de qualité supérieure ? Que de dégustateurs, en sentant couler dans leur arrière-bouche cet alcool raffiné, restent rêveurs devant son nom et sa provenance !

La plupart s’imaginent que la fine Champagne est au vulgaire cognac ce que le Champagne  est au vin rouge ordinaire. D’autres croyant à une parenté éloignée entre le champagne et la fine Champagne, cherchent à reconnaître la saveur de la liqueur blonde et vermeille dans les arcanes mystérieuses de la Fine. Une dernière catégorie de consommateurs ne suppose rien du tout.

Aux uns comme aux autres, nous apprendrons que la Fine Champagne tire son nom de Champagne, canton de Saint-Aignant, arrondissement de Marennes (Charente-Maritime), où elle était originairement et exclusivement fabriquée. Aujourd’hui, on en fabrique un peu partout. 

Se méfier des contrefaçons ! 

Pierre Limosin. « Le Limousin littéraire. » Limoges, 1886.

Ivresse passagère ?

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Louis-Philippe voyageant en Champagne, M. Moet lui donne l’hospitalité du couvert.

M. Moet était sourd. Il avait entendu tant de bouchons détonner ! Au dessert, il n’en porte pas moins le protocolaire toast d’usage.

Merci, répondit Louis-Philippe, mais votre vin était si bon que je redoute une petite pointe d’ivresse.

Alors M. d’Argoût, un des convives, ne voulant point perdre l’occasion de faire sa cour ripostait : 

— Oh ! Sire, il ne peut éclater ici qu’une ivresse, celle où votre présence si désirée plongerait vos sujets fidèles.

Et M. Moet, qui n’avait pas entendu ce qu’avait dit M. d’Argoût, reprenait tout aussitôt :

Oh ! pour cette ivresse que Votre Majesté ne craigne rien. C’est l’affaire d’un tout petit quart d’heure !

« Le XIXe siècle. »Paris, 1911.

Saute-bouchon

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mousquetaires

Alexandre Dumas nous montre (Vingt ans après) les mousquetaires réunis dans un dîner dont le début n’est pas exempt d’une certaine gêne. Pour la dissiper et faire régner la gaîté conviviale ils font apporter une bouteille de Champagne.

Beaucoup d’écrivains commettent la même erreur. La dénomination de « vins de Champagne » n’était pas encore en usage au dix-septième siècle et, même au commencement du dix-huitième siècle, le vin de Champagne n’était connu que sous les noms de saute-bouchon, flacon-pétillant, flacon-mousseux, vin-sautant.

Dans la première partie du dix-neuvième. siècle, les traités de savoir-vivre recommandaient de ne pas dire « du champagne », mais « du vin de Champagne ».

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923. 

Un gentleman

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Une dame galante de la rue Marboeuf, Lucienne G…, rencontrait au dernier bal de l’Opéra un gentleman des plus aimables, âgé de plus de quarante ans, mais très correct, très galant.

Il offrit à Lucienne G… un souper des plus délicats, et la jeune femme qui aime le vin de Champagne en vida de si nombreuses coupes qu’elle s’endormit presque. Le gentleman, qui avait déclaré s’appeler Octave de P…, reconduisit la jeune femme à son domicile.

Quand celle-ci se réveilla dimanche soir vers cinq heures, sa domestique lui remit une lettre ainsi conçue :

Chère belle,

En moins de six mois vous avez ruiné mon ami Raoul V… Le pauvre garçon a accepté une place en Cochinchine. Sa femme et ses deux enfants vivent à Paris, dans la plus  profonde misère. Les quelques objets dont vous constaterez la disparilion serviront à procurer du pain à cette famille. 

Lucienne s’aperçut bientôt qu’on lui ayant en effet dérobé un bracelet, une broche et des brillants d’oreilles valant environ trente mille francs. Le soi-disant Octave de P…, avait laissé une barbe postiche sur la table de toilette.

Lucienne G… a fait immédiatement prévenir  le commissaire de police du quartier. On apprit quelque temps après que Mme V… (la femme de Raoul) avait reçu un billet de cent francs et ces lignes : 

« Vous recevrez chaque semaine un pareil envoi. » 

Il est vrai que Lucienne G… a ruiné M. V…

On recherche le compagnon momentané de la demi-mondaine.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.

Le banquet des divorcés

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M. Birson, Américain, organisait, la semaine dernière, à l’occasion du dixième anniversaire de son divorce, un banquet auquel n’étaient conviés que des hommes ou des dames divorcés, ou qui étaient sur le point de l’être.

Le banquet fut présidé par un bon gros monsieur, de la plus charmante gaieté, bien que son ex-épouse l’ait fait saisir et vendre une dizaine de fois pour se payer de la pension qu’il est condamné à lui servir et qu’il s’entête à ne pas lui remettre à l’amiable. Cela n’a altéré en rien sa bonne humeur, et il n’a cessé de montrer l’esprit le plus extravagant
pendant tout le repas.

Comme surtouts, il n’y avait, sur la table, que des motifs décoratifs rappelant la fragilité de l’amour.

On a bu à la liberté, à la gaieté, et à tous les plaisirs de ce monde. Et quand on eut sablé beaucoup de champagne, on se mit à porter des toasts aux belles-mères. Mais comme on s’aperçut que douze convives avaient toasté ainsi, bien vite on s’empressa de porter un treizième toast, espérant évidemment qu’il leur porterait malheur !…

Pauvres belles-mères ! Il y en a pourtant de charmantes, je vous assure.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.

Apothéose des tripes à la mode de Caen

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Les tripes ! Grande invention, qui a plus fait, pour la gloire de la ville de Caen, que tous ses hommes de lettres et ses savants. Que de gens ignorent l’œuvre de Malherbe; on sait bien que Malherbe vint… mais beaucoup ne se sont jamais enquis de ce qu’il est venu faire. Et Auber ! combien de ses admirateurs fervents ne se doutent guère qu’il est né à Caen !

Les tripes, au contraire, elles sont toujours et forcément de Caen, partout, dans tous les pays de la terre, où l’on mange avec des fourchettes. A Calcutta, à Shang-Haï, vous trouvez des écriteaux annonçant qu’on peut se procurer des tripes à la mode de Caen, et je gage qu’au Tonkin, la première création de nos colons sera la fondation d’un restaurant où l’on mangera des tripes, les dimanches !

Donc, en l’honneur des tripes, festoyons; faisons défiler les marmites immenses et les bouteilles innombrables; que les plus convaincus renoncent au Saint-Emilion et au Champagne, pour se consacrer au jus de la pomme; buvons à la prospérité de la Normandie, intimement unie, sous le drapeau de la POMME-A-CIDRE, d’une part à la Picardie et à la Bretagne, d’autre part aux nombreuses colonies des Amis du cidre dans les quatre coins de l’univers !!!

Oui, tripes, poursuivez votre marche triomphale; allez, vous aussi, en voiture; circulez noblement dans les rues de Paris, en exhibant aux passants vos enseignes alléchantes. N’êtes-vous pas le véritable plat national de la France ? Qu’on nous cite donc un mets qui ait pris une extension aussi considérable, aussi universelle ! Est-ce la bouillabaisse de la Provence ? est-ce la gachure du Languedoc ? la galette de sarrazin, les rillettes de Tours, les madeleines de Commercy, ou les pâtés d’Arras ? Puériles concurrences…

Au contraire, les tripes ont envahi Paris et rayonné sur la France; elles ont débordé sur l’étranger et forcé même les murailles de la Chine !

Venez donc, pommiers grands et petits, avec respect et appétit, rendre hommage à ce mets étonnant, qui a fait le tour du monde et unifié les règles de la gastronomie internationale.

 E. Chesnel. « La Pomme et les pommiers. » Société littéraire et artistique de la Pomme… entre Bretons et Normands, Paris, 1884.

La fille de Champagne

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La Condamine, et surtout Racine fils, ont donné des détails très curieux sur une fille âgée d’environ quatorze ans, qui fut prise au mois de septembre 1731 , près du village de Sogny, à quatre lieues de Châlons, et qu’on nomma plus tard mademoiselle Leblanc. Racine a réuni dans sa relation, non-seulement tous les documents qu’il possédait, mais tous les bruits publics qui couraient sur cette fille sauvage. Nous transcrirons en abrégé sa narration.

Les domestiques du château de Sogny, en Champagne, ayant aperçu, grimpée sur un pommier, une espèce de fantôme, voulurent s’en saisir : mais, aussi léger qu’un écureuil, le fantôme sauta par-dessus leurs têtes, franchit les murs du jardin, et se sauva dans un bosquet voisin. Le seigneur de Sogny fit entourer, par ses domestiques, l’arbre sur lequel il s’était réfugié; mais au moment où quelques-uns d’entre eux tentaient l’escalade, le fantôme se mit à sauter d’un arbre à l’autre avec une légèreté qui étonna tout le monde.

Après avoir essayé longtemps et vainement de le prendre, la dame du château s’avisa de faire apporter un sceau d’eau au pied de l’arbre, et ordonna à ses gens de se cacher à l’écart. Cette ruse réussit; la fille sauvage, pressée par la soif, sans doute, descendit et alla boire au sceau. On remarqua qu’elle buvait à la manière des animaux, enfonçant le menton jusqu’à la bouche. On la saisit alors, et, malgré la vive résistance qu’elle opposa, on parvint à la conduire au château.

Elle se jeta d’abord sur les volailles crues que le cuisinier préparait, et les dévora en quelques minutes. Ses ongles, longs et forts, lui servaient pour grimper et déchirer sa proie. Sa peau, qui paraissait très brune, reprit la couleur blanche au bout de peu de temps. Elle n’avait aucun langage; seulement elle poussait un cri aigu et savait en outre imiter le cri de plusieurs animaux.

Pendant la saison froide, elle se couvrait de peaux de bêtes; une ceinture, qu’elle ne quittait jamais, lui servait à placer un bâton en forme de massue, qu’elle nommait son boutoir; au moyen de cette arme, elle terrassait les animaux les plus féroces. Elle aimait beaucoup à boire le sang des lièvres qu’elle prenait à la course; avec ses ongles, elle leur ouvrait une artère du cou et suçait leur sang jusqu’à la dernière goutte. Cette jeune fille courait si vite qu’on n’apercevait presque pas le mouvement de ses jambes. Elle nageait aussi avec la même perfection; il lui arrivait rarement de manquer le poisson qu’elle poursuivait. Pendant longtemps, elle ne voulut ni s’habiller, ni vivre, ni se coucher comme nous; il lui fallait de la chair crue et du sang, surtout la liberté de courir dans la campagne, de grimper sur les arbres, ou de s’élancer dans les eaux; aussi, essaya-t-elle plusieurs fois de s’échapper du château de Sogny.

Lorsque, un peu apprivoisée; elle eut appris à balbutier quelques mois, on l’interrogea sur sa vie antérieure; mais elle ne put donner aucune réponse satisfaisante. Cependant, elle se ressouvint avoir vécu avec une compagne de son âge qu’elle dit avoir perdue de la manière suivante :

Un jour, nageant ensemble dans une rivière, elles entendirent une explosion qui les obligea à plonger. Un chasseur venait de tirer sur elles, les ayant prises, sans doute, pour des poules d’eau. Comme elles sortaient de la rivière pour se cacher dans un bois, elles trouvèrent un chapelet, qui fut un sujet de querelle; chacune désirait l’avoir pour s’en faire un bracelet. Notre sauvage reçut alors de sa compagne une tape sur le bras, et lui riposta par un coup de boutoir sur la tète, mais si violent, que, suivant son expression, elle la fit rouge. Touchée de compassion, en la voyant étendue à terre sans mouvement, elle grimpa sur un chêne pour cueillir une gomme qu’elle connaissait, et l’appliquer sur la blessure. Lorsqu’elle descendit de l’arbre, elle ne trouva plus sa compagne.

Probablement quelques voyageurs ayant rencontré cette fille expirante, la portèrent au village voisin, où elle expira. Quelques jours après ce malheur, la sauvage fut prise dans les bois de Sogny.

Le changement de vie causa une violente maladie à cette pauvre fille, et lui enleva presque toutes ses forces vraiment extraordinaires; car, dans les commencements de sa captivité, elle avait renversé huit robustes paysans qui étaient venus pour la garotter. Elle conserva longtemps un goût prononcé pour la chair crue, et lorsqu’elle apercevait un enfant, elle se sentait tourmentée du désir de boire son sang.

Le seigneur de Sogny étant mort, la sauvage fut placée dans un couvent de Châlons. Enfermée dans une cellule, réduite à regarder le ciel et la campagne par une petite lucarne, la fille libre des forêts ne put s’habituer à ce nouveau genre de vie. Une noire mélancolie s’appesantit sur elle; sa fraîcheur, sa santé, le reste de ses forces, tout disparut. Bien des fois, elle eut la tentation de s’enfuir dans les bois pour y reprendre ses anciennes habitudes, sa liberté ! Du couvent de Châlons on la transféra à celui des Filles Catholiques à Paris; puis, en dernier lieu, elle passa au couvent de Chaillot, et l’on n’entendit plus parler d’elle.

« Histoire des métamorphoses humaines. » Debay, A, Paris, 1846.