champs de bataille

L’ami

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napoléon-marengo

Napoléon racontait qu’à la suite d’une de ses grandes affaires d’Italie il traversa le champ de bataille dont on n’avait pas encore enlevé les morts :

C’était par un beau clair de lune et dans la solitude profonde de la nuit, disait l’Empereur. Tout à coup, un chien, sortant de dessous les vêtements d’un cadavre, s’élança sur nous et retourna presque aussitôt à son gîte, en poussant des cris douloureux. Il léchait tour à tour le visage de son maître et se lançait de nouveau sur nous. C’était tout à la fois demander du secours et rechercher la vengeance.

Soit disposition du moment, continua l’Empereur, soit le lien, l’heure, le temps, l’acte en lui-même, ou je ne sais quoi, toujours est-il vrai que jamais rien sur aucun de mes champs de bataille ne me causa une impression pareille. Je m’arrêtai involontairement à contempler ce spectacle.

Cet homme, me disais-je, a peut-être dans le camp des amis, ou bien dans sa compagnie, et il gît ici, abandonné de tous, excepté de son chien ! Quelle leçon la nature nous donnait par l’intermédiaire d’un animal…

Jacques Tallandier. Paris, 1935.
Illustration : Lejeune.

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