chantre

Ecoles buissonnières

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Emile-Claus

Au Moyen Âge, chaque écolier, faisant partie des petites écoles de Paris, payait une rétribution à son maître, qui, à son tour, en payait une au chantre de Notre-Dame.

Quelques maîtres, pour se soustraire à cette redevance, tenaient leur école dans des lieux écartés, ou même dans les champs et les bois qui environnaient la capitale. De là, les écoles prirent le nom d’écoles buissonnières. Au seizième siècle, on nommait ainsi les écoles que les protestants tenaient secrètement à Paris, et qui furent défendues par un arrêt du parlement, rendu le 6 août1552.

Telle est vraisemblablement l’origine de notre proverbe : faire l’école buissonnière.

« Le Magasin pittoresque. » Paris, 1842.
Illustration : Emile Claus.

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La guérite

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théophile-gautier

Le Gaulois raconte une bonne aventure arrivée à M. Théophile Gautier. Il sortait d’un ministère vers six heures et il se trouvait en face d’une guérite qu’il prit pour un mur d’ urinoir

Le factionnaire, exaspéré, sortit de sa boite et saisit Gautier au collet par son foulard rouge. Gautier, avec une dignité olympienne, lui expliquait sa méprise, mais il fallut aller au poste. Heureusement en chemin, un employé du ministère se porta garant pour le chantre des Emaux et Camées.

On le relâcha, et il arriva, de dix minutes en retard pour dîner chez la princesse Mathilde.

La bouillie des chanoines

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moines

Un fait assez singulier se passait, le mardi de Pâques de chaque année, dans la ville de Rennes. Madame Barreau, ci-devant de Girac, est abbesse de Saint Georges, communauté située dans ladite Ville.

Cette abbaye a, de temps immémorial, le droit suivant sur les chanoines de la cathédrale. Ils sont obligés de venir processionnellement chanter la grande messe le mardi de Pâques à l’abbaye, sous peine d’une amende considérable. Mais en revanche, l’abbesse est obligée, après la cérémonie, de faire entrer dans une des cours de l’intérieur du couvent, chanoines, dignitaires, bas-choeur, musiciens, chantres etc., et là, de leur donner une ample ration de bouillie et de sucre. Ce qu’il y a de plus original, c’est que la bouillie doit être urcée  (c’est-à-dite un peu brûlée), ce que le grand chantre vérifie, en trempant son index dans le grand bassin. Après l’examen du gourmet, les religieuses distribuent la bouillie à chacun des assistants, et se rangent debout d’un côté, tandis que ceux-ci sont occupés à manger de l’autre.

La cérémonie faite, les chanoines s’en retournent, dans le même ordre qu’ils sont venus , avec la seule différence que beaucoup de ces messieurs emportent chez eux des écuelles pleines de bouillie, de manière que d’une main, ils tiennent l’aumusse et le basson, et de l’autre, leur bouillie.

J’atteste la vérité de ce fait, comme témoin oculaire, car, voulant m’en assurer l’année dernière, je trouvai le moyen de me faufiler avec quelques amis, tandis que le chapitre entrait. Notre dessein était d’enlever la bouillie de ces messieurs, et de la porter aux Ecoles de droit. Mais comme nous n’étions que trois, nous ne pûmes exécuter ce projer. Nous nous contentâmes d’assister au repas auquel deux de nous prirent part, en se faisant passer pour musiciens.

Il est étonnant que des droits pareils aient subsistés dans le dix-huitième siècle. Mais depuis la suppression des chanoines, le repas n’aura plus lieu, faute de convives.

« Almanach littéraire ou Etrennes d’Apollon. »  Paris, 1792.
Illustration : damien chavanat.

La couleuvre miraculeuse

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tenor

Un moissonneur des environs de Parme avala, il y a quelque temps, pendant son sommeil, une couleuvre qui s’était réfugiée dans sa bouche.

A force de remèdes on parvint à lui extirper cet hôte dangereux. Mais, par un jeu bizarre de la nature, cet homme, à la suite de ces opérations, se trouva possesseur d’une voix de basse-taille de la plus grande beauté.

Il est aujourd’hui chantre à la cathédrale de Bologne, et ses appointements dépassent de beaucoup les honoraires d’un professeur de l’université.

« Archives curieuses, ou singularités et curiosités de la littérature. »  Paris, 1831.

Festins manqués

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Harry-Eliott.

Lorsque M. de Vauréal, évêque de Rennes, mourut (le 19 juin 1760), quelques chanoines de cette ville voulurent engager le chapitre à demander une indemnité aux héritiers de ce prélat ; et voici à quel sujet.

De tout temps MM. les évêques de Rennes donnaient par an un festin à MM. les chanoines : c’était de fondation. M. de Vauréal n’avait jamais manqué de se conformer à ce louable usage, si ce n’est dans le temps où, ayant été ambassadeur en Espagne, il fit plusieurs absences, ce qui priva pendant quelques années le chapitre du festin ordinaire.

C’est une indemnité pour ces festins manqués, que certains chanoines voulaient réclamer en argent, aux héritiers, alléguant que les absences du prélat n’avaient pas dû les priver de cette redevance ; et ils s’occupaient déjà d’une liste exacte des festins épiscopaux auxquels le chapitre aurait dû assister, et de leur estimation en argent. Ce qui montait à une somme assez forte qu’ils se proposaient de demander en justice.

Mais l’affaire n’eut pas lieu, grâce à une bonne plaisanterie qui eut tout le succès que pouvaient désirer les héritiers de Monseigneur. Un plaisant s’avisa de mettre en jeu les apothicaires de Rennes et dressa une requête par laquelle ils demandaient à être reçus partie intervenante au procès, et à partager avec les chanoines le montant de l’indemnité ; et ce pour dédommagement des purgatifs, clystères et autres remèdes que lesdits chanoines auraient été obligés de prendre à raison des nombreuses indigestions dont les festins épiscopaux étaient constamment suivis.

Le chantre du Lutrin n’aurait pas manqué de faire son profit d’une pareille aventure s’il eut pu la connaître.

« Le livre des singularités. »   Gabriel Peignot, Dijon, 1841.
Illustration : Harry-Eliott