chapelle Sixtine

Un scandale au Vatican 

Publié le Mis à jour le

raphaelLe Rappel a signalé l’incident auquel a donné lieu la présence de trois israélites autrichiens à la messe du pape dans la Chapelle Sixtine, le jour de Pâques.

Comme le pape offrait la communion aux fidèles présents, nos trois israélites se présentèrent comme tout le monde et reçurent des mains de Pie X le pain azyme des catholiques. mais, au lieu d’avaler la blanche hostie, ils l’enfermèrent tout bonnement dans leur mouchoir de poche. Ce geste, que l’Eglise qualifie de sacrilège, ayant été aperçu par les sœurs du pape, elles crièrent aussitôt au scandale, et les trois malheureux Autrichiens furent traînés à la sacristie de la chapelle, où ils furent quelque peu passés à tabac.

Mais l’incident devait avoir d’autres suites, des suites diplomatiques, comme s’il s’agissait d’une grosse affaire d’Etat. Le gouvernement autrichien, redoutant les canons de l’Eglise, n’eut rien de plus pressé, dès que la nouvelle lui parvint, d’adresser à Pie X l’« expression de ses regrets les plus vifs ».

Le Vatican se déclare naturellement satisfait, et un rabbin de Rome, dont l’habileté politique ne manquera pas d’être appréciée par Pie X et son entourage a donné de l’incident, l’explication suivante :

Les Pâques chrétiennes coïncident cette année, avec la Pâque israélite, pendant laquelle il est défendu aux juifs de manger tout pain qui ne soit pas azyme et consacré. Mme Feilbogen, qui suscita le scandale de dimanche, dut songer subitement au péché qu’elle commettait en avalant l’hostie; alors, se ravisant, elle essaya de rejeter l’hostie sans penser au scandale possible et espérant ne pas être vue.

N’y aurait-il pas un moyen radical qui éviterait au pape le retour de semblables incidents ? Pie X pourrait, par exemple, munir de bonnes lunettes quelques-uns de ses fidèles cardinaux, et leur donner la mission de passer la revue de tous les visiteurs qui se présenteraient au seuil de la Chapelle Sixtine. Il éviterait sûrement ainsi l’intrusion des juifs dans le Saint-lieu.

 Ce serait un moyen, sans doute, me fait observer un voisin de rédaction, mais les juives ?…
— Diable ! On ne pense jamais à tout.

« Le Rappel. » Paris, 1908.
Peinture de Raphael.

Publicités

Michel-Ange interdit

Publié le Mis à jour le

michel-ange

La douane américaine a saisi récemment un album de photographies représentant les fresques de la chapelle Sixtine.

Le règlement des douanes interdit, en effet, l’entrée en Amérique des reproductions jugées obscènes, sous réserve de leur valeur artistique.

Il fut extrêmement difficile de faire prévaloir la valeur artistique des fresques de Michel-Ange sur leur… obscénité.

« Marianne : grand hebdomadaire. »  Paris, 1933.

La chemise de Noël

Publié le Mis à jour le

Adrien-SchulzLa fête de Noël était autrefois célébrée en grande pompe à Rome. Sainte-Marie-Majeure passe pour posséder les reliques de la Sainte-Crèche. Pie IX avait institué des fêtes imposantes que l’on dut abandonner à cause des ivrognes qui transformaient en bacchanales et en orgies les prières et les cérémonies. Depuis 1853, on a fermé les portes de Sainte-Marie-Majeure, et l’office se fait à huis-clos dans la chapelle Sixtine.

Il est extrait d’une correspondance du Soleil ces bien curieux détails sur une croyance des paysans de la campagne romaine :

Que dans un village il y ait quelque paysan, dévoré par les fièvres, agonisant déjà, un miracle peut le sauver, la veille de Noël, et ce miracle a pour principe la charité. Dès le matin, tous les membres de sa famille se répandent dans la campagne, et, venant frapper à la porte des riches du voisinage, ils se font donner de ci de là, quelques poignées de chanvre, pour « l’amour de Dieu ». Si, quand l’ Angélus sonne, la récolte est assez abondante, on se réunit autour du foyer du mourant et les femmes se mettent à battre le chanvre, à le filer, à le tresser, et lorsque le fil est fait à tisser la toile.

Enfin la trame est faite, il reste à la tailler, à la coudre, et ce chanvre tout à l’heure à peine préparé se sera transformé, avant minuit, en une chemise que le malade devra mettre. Alors le salut est certain et les assistants heureux et confiants dans l’avenir unissent dans un alleluia leurs prières à la Divinité céleste.

Mais quelle fièvre, quelles angoisses avant d’atteindre le résultat désiré. Et du fond de son lit, le malade voit se dérouler devant ses yeux cette fantasmagorie de femmes qui vont, viennent et s’agitent, silencieuses, éclairées par les reflets rougeâtres de la flamme crépitant dans le foyer.

Malheur au pauvre moribond, si les embûches de l’esprit malin font avorter la tentative : car Satan, se mêlant à la tempête, qui gronde au dehors, entreprend parfois de lutter contre l’oeuvre bienfaisante ; il souffle à travers les fentes de la cabane disjointe, éteint le feu et la lumière, cache les ciseaux, brise les aiguilles, grossit le fil et mêle les écheveaux.

Alors minuit sonne et la chemise est inachevée ; et, dans le silence de la nuit noire, les assistants éplorés entonnent le De Profundis et les prières des agonisants. Car le mal a triomphé dans la lutte et tout à l’heure le moribond exhalera le dernier soupir.

Quelle poésie et quelle saveur particulière dans cette coutume qui sent bien son terroir. Mais le progrès est un grand démolisseur de légendes. Qui donc, dans cinquante ans, peut-être, se souviendra encore de la « Chemise de Noël » ?

« La Tradition : revue générale des contes, légendes, chants, usages, traditions et arts populaires. » Paris, 1887.
Illustration : Adrien Schulz.