charlatans

Drôles de barbus

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singes-barbusIl y a toujours eu des charlatans et des imposteurs. Notre siècle lui-même n’en est pas exempt.

Il semble cependant que certaines supercheries, qui ont réussi jadis, feraient aujourd’hui moins de dupes qu’autrefois. Au moyen âge, des nains habiles perfectionnaient, à l’aide d’un couteau, la ressemblance de la mandragore avec la forme humaine, donnant ainsi une apparence de raison aux fables ridicules que l’on racontait sur cette plante. Marco Polo, le navigateur, dévoile une fraude analogue. 

On prétendait de son temps qu’au fond de l’Asie vivait une espèce d’hommes hauts d’une coudée (0,60m). Bien plus, dans les foires de l’Europe, on montrait de ces nains empaillés. Voici comment le voyageur vénitien explique cette merveille : 

« Je vous dis que ceux qui apportent les petits hommes et disent qu’ils sont d’Inde, c’est  grand mensonge; car ils ne le sont pas. Ce sont de petits singes, qui sont dans l’île de Java la petite, et je vous dirai comment ils font. Il y a en cette île une manière de singes qui sont moult petits et ont le visage semblable a celui de l’homme. Ils les prennent et les épilent tout entiers, sauf qu’ils leur laissent du poil à la barbe. Puis ils les laissent sécher et les préparent avec du safran et d’autres choses, de telle sorte qu’il semble que ce soient des hommes. Et ce n’est pas la vérité. Car dans toute l’Inde ni dans d’autres pays plus sauvages on n’a jamais vu de pareils hommes. » 

« L’Universel. » Paris, 24 septembre 1903.
Peinture de William Holbrook Beard.

La baguette  divinatoire 

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sourcierLa baguette divinatoire, qui est de préférence en bois de coudrier, a la forme d’une fourche. Le devin prend une branche dans chaque main et s’avance sur le terrain. Il ne remue pas volontairement les bras, mais, si la baguette oscille et s’incline spontanément, c’est que la source ou le trésor cherché gît là.

Fréquemment aujourd’hui, l’on remplace l’antique baguette divinatoire par le pendule explorateur. Ce dernier se compose d’un corps lourd, un anneau ou une petite boule métallique par exemple, que l’on suspend au bout d’un fil. 

Chevreul montra que les déplacements du pendule explorateur résultent des mouvements involontaires et inconscients de la personne qui tient le fil entre ses doigts. Imagine-t-elle qu’il doit osciller dans un sens ou frapper tant de coups, si on le place au-dessus d’un récipient, il obéit mû par une imperceptible agitation du bras que l’on parvient à mettre en évidence. Se le représente-t-elle immobile, il s’arrête parce que tout mouvement musculaire s’évanouit. Simples manifestations de cette loi bien connue : l’idée qui est une force, tend à se réaliser et se réalise en fait, lorsqu’elle n’est pas  contredite par des représentations contraires. Cette explication vaut aussi quand il s’agit de la baguette divinatoire. coudrierMais nous ne dirons pas, comme plusieurs : « La baguette n’y est pour rien, tout dépend de la perspicacité de l’individu qui l’utilise ». Nous ne croyons pas le problème définitivement résolu. Il est possible que des radiations spéciales décelant la présence de l’eau ou des métaux enfouis dans le sol, soient perçues plus ou moins consciemment par le devin. Peut-être s’agit-il, comme certains le pensent, d’un courant électrique ordinaire. Pas davantage nous ne nions que la pénétration d’esprit ou l’aptitude à découvrir la vraie nature des terrains puisse expliquer bien des réussites. 

Peut-être quelques individus sont-ils doués de sens que ne possèdent pas les hommes ordinaires. D’où l’allure merveilleuse de phénomènes pourtant très naturels. Au milieu de gens privés d’odorat, il passerait pour un sorcier incomparable, celui qui n’aurait qu’à flairer pour savoir qu’ici furent des violettes, là des fromages, pour avertir qu’une fuite de gaz rend un péril imminent ou qu’un cadavre est caché, depuis plusieurs jours, dans telle caisse ou tel appartement. Au dire de chercheurs sérieux, des faits étranges s’expliqueraient ainsi par l’existence de perceptions inconnues du grand nombre. 

Quoi qu’il en soit, nulle intervention extra-terrestre ne semble nécessaire pour que se meuve soit la baguette soit le pendule. Il est grand temps que certains phénomènes soient étudiés par des savants honnêtes et non plus abandonnés aux seuls charlatans.

« Les Spectacles d’Alger. » Alger, 1937.

Douteux rebouteux

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rebouteuse

Le peuple a gardé contre les médecins une méfiance craintive, comme s’il appréhendait toujours d’être pris pour sujet d’expériences. Au contraire, les rebouteux, guérisseurs et autres charlatans ont leur tendresse, grâce à l’amour tenace du merveilleux qui gît en notre âme de Gaulois épris de fantastiques histoires.

A chaque instant les tribunaux ont à condamner quelque marchand de boulettes mirifiques, autant en général pour escroquerie que pour exercice illégal de la médecine ou de la pharmacie. Le dernier qui vient de voir interrompre le cours de ses  « merveilleuses » cures, a été jugé à Rouen, il n’y allait pas de main morte.

Peigner (c’est le nom du prévenu) cumulait les fonctions de masseur, de rebouteur, de médecin, de chirurgien, etc. Un détail donnera une idée de sa science. Pour administrer des fumigations à ses clients, il les enfermait dans un tonneau, la tête seule émergeant. Assis sur une chaise placée dans le tonneau, le patient recevait, en cette position, la chaleur d’un réchaud à charbon allumé au-dessous.Le tribunal a prononcé contre Peigner une triple condamnation : d’abord, huit jours de prison pour blessures par imprudence, ensuite 500 francs d’amende pour exercice illégal de la pharmacie et 16 francs d’amende pour exercice illégal de la médecine et de la chirurgie.

Un autre bel exemple de rebouteux qui n’administre pas seulement de la mie de pain en pilules, est celui de la femme Lombard. Elle habitait et habite peut-être encore Ménilmontant, en pleine Ville-Lumière.

Un pauvre diable de graveur, à moitié ataxique, nommé Ney, la laissa s’installer chez lui, où elle prétendait le guérir. Elle lui administra d’abord ce qu’elle appelle, des bains secs. Le malheureux Ney, qui n’a rien de commun avec le vainqueur d’Elchingen, devait s’asseoir sur une chaise percée dans laquelle la femme Lombard avait placée une lampe à alcool. La guérisseuse expliquait au patient qu’il s’agissait de « cuire le mal ». L’infortuné Ney sautillait, résigné, sur son siège. Parfois, la femme Lombard lui donnait en quelques heures, jusqu’à six lavements qu’il devait garder, car il ne suffisait pas de « cuire le mal », il fallait le « noyer ». C’était la question par l’eau, mais de l’autre côté. Après avoir tour à tour cuit ou noyé le mal, il fallait « l’enlever ». C’étaient alors des frictions qui duraient plusieurs heures et où la femme Lombard déployait une telle furie que la peau du malheureux Ney, surnommé par ses voisins le Brave des braves, s’en allait par lanières dont la frictionneuse remplit un bocal. Enfin, pour « évacuer le mal», la guérisseuse donnait à M. Ney des purgations qui l’etendaient raide.

Elle employait aussi une pommade, dont voici la formule :

« Prenez trois petits chiens d’un mois. Tuez-les en leur faisant boire du cognac. Ecrasez leur graisse avec des vers rouges semblables à ceux que l’on emploie pour la pêche à la ligne. Faites cuire le tout au bain-marie pendant soixante-douze heures, à l’époque de la pleine lune. Cette pommade guérit rhumatismes, goutte et toutes les douleurs. »

La femme Lombard vendit au triste Ney, en peu de temps, pour 1.600 fr. de pommade de chiens ivres-morts. Elle soignait une jeune fille qui perdait ses cheveux en lui faisant avaler des pilules de crottes de blaireau. La justice intervint. On arrêta la femme Lombard. Alors trois cents habitants de Ménilmontant signèrent une pétition pour demander la mise en liberté de la faiseuse d’onguent de vers de vase.

Il est vrai que Ménilmontant est un pays d’esprits forts et que nous sommes dans un siècle de lumières.

« La Joie de la maison. » Paris, 1892.

Le secret de la longévité

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Giuseppe-Pellizza-

De toute éternité, le médecin s’est préoccupé de prolonger la vie de ses clients, soit par des procédés empiriques, soit encore par d’autres moyens plus ou moins rationnels. Le Journal de paris publiait, en ce sens, dans son numéro du 29 août 1810, un article qui commençait par une plaisanterie et qui finissait par une réclame. Nous avons cru intéressant de le transcrire, d’autant que, si le problème de la longévité est encore à résoudre, nous aurions mauvaise grâce à méconnaître les services qu’a su rendre à la santé humaine l’hygiène bien comprise et consciencieusement pratiquée.

Un médecin publia, il y a quelques années, un ouvrage sur l’Art de procréer les sexes à volonté. Un charlatan publia, quelques temps après, un autre ouvrage sur l’Art de faire des hommes d’esprit. Un mauvais plaisant remarqua, à cette occasion, que le père de notre charlatan n’avait sûrement pas connu cet art-là. Nous avons vu depuis un docteur allemand professer la science rare et sublime de distinguer, aux bosses de la tête, les braves et les poltrons, les femmes chastes ou infidèles, etc. Huffeland, autre docteur allemand, moins fameux mais plus célèbre que celui dont nous parlons, a fait un gros livre sur l’Art de prolonger la vie. Cet art, selon lui, consiste dans la sobriété, la tempérance, la modération, et dans l’absence de toute espèce de crainte, et principalement de celle de la mort.

Voilà au moins un but utile. Voilà des vertus bien recommandées, en ce qu’elles sont fondées sur notre intérêt le plus cher, sur le besoin de prolonger nos jours. Encore Huffeland a-t-il eu le bon esprit de ne pas rendre chimérique l’espoir qu’il donne à ses lecteurs, en ne portant qu’à 140 ans le terme éventuel qu’il fixe à la durée de la vie.

Mais voici venir un nouveau docteur (que nous croyons bien Français puisqu’il s’obstine à garder l’anonymat), bien plus savant que Huffeland et non moins hardi que Cagliostro, qui, dans un petit livret intitulé Réflexions sur l’état du genre humain, prétend bien rendre aux hommes leur taille primitive de 40 pieds de haut et la durée de la vie patriarcale de 1.000 à 1.200 ans. Il ne s’agit pour cela que de deux bagatelles : la première, de ne boire ni de vin, ni aucune liqueur fermentée, et de ne manger ni beurre, ni fromage, ni sel, ni pain, ni épices, etc. La seconde, de n’avoir ni chagrins ni maladies.

 C’est alors, dit notre consolant docteur, que nous rentrerons dans l’ordre primordial d’une vie commune de 1.000 ans sans autre infirmité physique que la caducité.

Certes, une telle découverte mérite autant d’éloges que celle de la mégalanthropogénésie et doit être recommandée à l’attention du jury décennal (créé par décret impérial pour l’attribution de récompenses au meilleur livret, aux inventions les plus utiles, etc.).

On trouve ce petit livret chez Arthur Bertrand, libraire, rue Hautefeuille, n° 23.

« La Chronique médicale : revue bi-mensuelle de médecine historique, littéraire & anecdotique. »   Paris, 1911, n° 18..
Illustration : Giuseppe Pellizza da Volpedo.

 

Profession de charlatan

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maratLe docteur Koch, qui dit avoir trouvé le moyen de guérir la phtisie, n’est pas le premier qui ait cru faire cette importante découverte. Il a eu, en effet, pour précurseur le célèbre Marat, et voici, à ce sujet, quelques détails que le docteur Cabanès a communiqués à l’Intermédiaire des chercheurs et curieux.

Marat débuta par être médecin. Il eut la chance de guérir de la phtisie la marquise de Laubespine, que tous les médecins regardaient comme perdue. Il administrait à sa malade une eau minérale artificielle qui prit le nom d’Eau factice pulmonique de M. Marat. Cette cure eut un grand retentissement et amena chez Marat une telle quantité de malades qu’il ne savait plus à qui entendre.

Malgré cet immense succès, bien fait pour flatter sa vanité, il abandonna bientôt la médecine pour revenir à l’étude de la physique, disant que l’état de médecin à Paris n’était qu’une profession de charlatan, indigne de lui.

On a bien raison de dire qu’on n’est trahi que par les siens.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1890.
Illustration : Lucien-Étienne Mélingue.