Charles II

Alternative

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luthier

Jean Abell, chanteur et luthiste distingué, attaché à la chapelle de Charles II, roi d’Angleterre, ayant perdu sa place comme papiste, lors de la révolution de 1693, se vit contraint de s’expatrier, et se mit à voyager pour donner des concerts.

Il parcourut la Hollande, l’Allemagne et enfin la Pologne. A Varsovie, il fut invité à venir chanter devant le roi. Abell s’excusa, et, sur une seconde invitation, il réitéra son refus par écrit. L’ordre formel lui fut alors intimé de se rendre à la cour. Arrivé au palais, on le,conduisit dans une vaste salle autour de laquelle régnait une galerie supérieure.

Dans le milieu de cette salle se trouvait un fauteuil qu’on offrit à l’artiste. mais à peine y fut-il assis que le siège, enlevé par une mécanique, gagna le plafond. Au même instant, le roi parut sur la galerie, environné de sa cour. A un signal donné, les portes de la salle s’ouvrirent, et l’on vit entrer des ours. Le roi mit alors le musicien dans l’alternative de chanter tout de suite ou d’être descendu sur le parquet, au milieu des bêtes féroces.

On pense bien qu’Abell s’empressa de choisir le premier parti. Plus tard, il avoua lui-même, en racontant cette aventure, que de sa vie il n’avait été mieux servi par sa voix.

« L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1865.
Peinture :  Theodor Rombouts.

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Sorciers et démons

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auberge

Charles II, duc de Lorraine, voyageant incognito dans ses Etats, arriva un soir dans une ferme, où il se décida à passer la nuit. Il fut tout surpris de voir qu’après qu’il eût soupé, on préparait un second repas plus délicat que le sien, et servi avec un soin et une propreté admirables. Il demanda au fermier s’il attendait quelque compagnie.

Non, monsieur, répondit le paysan, mais c’est aujourd’hui jeudi, et toutes les semaines, à pareil jour, les démons se rassemblent dans la forêt voisine avec les sorciers des environs, pour y faire leur sabbat. Après qu’ils ont donné le branle du démon, ils se divisent en quatre bandes, la première vient souper ici, les autres se rendent dans des fermes peu éloignées.

Paient-ils ce qu’ils prennent ? demanda Charles.

Bien loin de payer, répondit le fermier, ils emportent encore ce qui leur convient et s’ils ne se trouvent pas bien reçus, ou que quelque chose leur manque, nous en voyons de rudes. Mais que voulez-vous qu’on fasse contre des sorciers et des démons ?

Le prince étonné voulut approfondir ce mystère. Il appela un de ses écuyers, lui dit quelques mots à l’oreille et celui-ci partit au grand galop pour la ville de Toul, qui n’était qu’à trois lieues de là.

Vers deux heures du matin, le sabbat étant probablement terminé, une trentaine de démons et de sorciers entrèrent dans la ferme. Les uns étaient noirs et ressemblaient à des ours; les autres avaient des cornes et des griffes; les sorciers et les sorcières étaient vêtus bizarrement.

A peine étaient-ils à table, que l’écuyer de Charles II rentra suivi d’une troupe de gens d’armes. Le prince parut, avec cette escorte, dans la salle où les démons et les sorciers se disposaient à bien souper. 

Des diables ne mangent pas, leur dit-il, ainsi vous voudrez bien permettre que mes gens d’armes se mettent à table à votre place. 

Les sorciers voulurent répliquer. Les démons plus mutins, commencèrent à proférer de grandes menaces.

Vous n’êtes pas des démons, leur cria Charles, les habitants de l’enfer agissent plus qu’ils ne parlent et, si vous en sortiez, nous serions déjà tous fascinés par vos prestiges.

Après ces mots, voyant que la bande infernale ne s’évanouissait pas, il ordonna à ses gens d’armes de faire main-basse sur les sorciers et leurs patrons. On arrêta pareillement, dans la même nuit, les autres membres du sabbat, qui soupaient chez les voisins; et le matin Charles II se vît maître de plus de 120 personnes, tant sorciers que sorcières, que diables et diablesses. On dépouilla toutes ces bonnes gens du costume magique, et on trouva, sous l’accoutrement qui les rendait si terribles, des paysans et des paysannes de quelques villages environnants, qui se rassemblaient de nuit dans la forêt pour y faire des orgies abominables, et piller ensuite les riches fermiers.

Le duc de Lorraine, qui avait généreusement payé son souper avant de quitter la ferme, fit punir les prétendus sorciers et démons comme des coquins et des misérables. Le voisinage fut délivré pour le moment de ces craintes; mais la foi aux sorciers ne s’affaiblit pas pour cela dans la Lorraine; car tant qu’il végète dans l’ignorance, l’homme demeure superstitieux.

« Les soirées amusantes. » C. Dillet, Paris, 1874.

D’un érudit au roi d ‘Angleterre.

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salièreL’ambassadeur du roi de Maroc étant en Angleterre, sous le règne de Charles II, présenta au roi une adresse en ces termes :

« Puisse le Tout-puissant saler votre majesté jusqu’à la consommation des siècles. »

L’érudit avait trouvé dans le dictionnaire, que conserver signifiait saler…

L’embarras d’un corps savant

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savantsPeu de temps après l’institution de la Société royale de Londres. qui eut lieu en 1663, Charles II chargea ce corps savant d’examiner la question suivante :

Pourquoi un poisson mort est-il plus pesant qu’un poisson en vie ?

Les membres de la Société se mirent à l’oeuvre, et composèrent de nombreux mémoires pour établir les causes physiques de cette différence. Lorsque la question eut été complètement et longuement discutée, ils s’avisèrent de vérifier le fait, et ils découvrirent, à leur grande confusion, que le roi s’était moqué d’eux, puisque le poisson mort et le poisson en vie ont exactement le même poids.

« Les mille et une anecdotes comiques » . Passard, Paris, 1854.

Les exécutions à Londres au dix-septième siècle

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échafaud

Tous les peuples ont dans leur histoire des pages que l’on voudrait voir disparaître pour l’honneur de l’humanité. L’Angleterre n’a pas échappé à cette loi fatale, et la fin du dix-septième siècle a été pour ce pays l’époque sanglante entre toutes. Quand on relit les tristes annales de ces temps troublés, on assiste à une suite non interrompue d’exécutions et de massacres. L’échafaud est toujours dressé; le gibet reste en permanence.

Innocentes ou criminelles, les victimes sont confondues dans l’ignominie du supplice. C’est d’abord le comte de Strafford, ministre et pair d’Angleterre, qui meurt sous le coup d’une fausse accusation, en 1641. Bientôt après, la hache du bourreau fait tomber une tête royale, celle du malheureux Charles 1er.

A la suite du terrible incendie qui dévora une partie de la ville de Londres, en 1666, huit jésuites, dénoncés par des adversaires religieux, sont pendus en place publique pour donner satisfaction aux fureurs populaires.

Le vénérable vicomte de Stafford, compromis dans la conspiration des poudres, est condamné par le Parlement à être pendu et coupé en quartiers. Le roi Charles II, convaincu de l’innocence de ce vieillard de soixante-dix ans, n’ose pas lui faire grâce; il commue simplement sa peine en une décapitation.

En 1680, les puritains d’Ecosse se soulèvent. Ils sont défaits à la bataille du Pont de Bothwell, et expient leur révolte dans de cruels supplices.

Trois ans après, le complot de Rye-House est la cause de nouvelles exécutions. Algernon Sidney et lord William Russel, l’honneur du parti whig, montent sur l’échafaud.

Le règne de Jacques II est également marqué par des atrocités. La bataille de Sedgemoor livre au roi ses deux ennemis les plus redoutables, Argyle et Monmouth, qui sont mis à mort. Le colonel Kirke et le chef de justice Jeffries, qui s’étaient déjà signalés par leur cruauté, furent chargés de châtier les autres partisans. Ils s’en acquittèrent avec une férocité telle que leurs noms sont restés exécrés en Angleterre.

C’est Jeffries qui écrivait à Sunderland:

« J’ai commencé aujourd’hui ma besogne avec les rebelles et j’en ai dépêché 98. » Ceux qu’il ne pendait pas, il les faisait vendre aux colonies comme esclaves.

Chaque jour, le peuple de Londres, groupé autour du gibet, pouvait assister au spectacle d’une exécution. Des soldats, l’arquebuse au poing, défendaient les abords de l’instrument de supplice. Malheur à ceux qui témoignaient des regrets ou des sympathies pour les condamnés. La main d’un homme d’armes s’abattait sur eux, et on les enfermait dans la Tour.

Cependant le condamné montait l’échelle avec une noble fierté; Il s’arrêtait un moment et se retournait pour protester une dernière fois de son innocence, ou pour adresser de la main un adieu à quelque ami fidèle caché dans la foule. Quelques
minutes après, son corps se balançait dans les airs. La tragédie était terminée.

Mais toutes ces morts vaillantes devaient servir au pays. Tout ce sang ne coulait pas en vain. Une colère sourde s’amassait dans le cœur de tous les Anglais, et la révolution de 1688, pacifique et glorieuse, se préparait au pied même de l’échafaud.

in Musée universel, A. Ballue, Paris, 1873.

Courageux mais pas fous

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Marie-Louis-d'Orléans

Marie-Louise d’Orléans, première femme de Charles II, roi d’Espagne, se promenant un jour à cheval, fut désarçonnée par l’emportement de sa monture son pied se trouvant pris dans l’étrier, elle était traînée par le cheval affolé.

Le roi, voyant en même temps le danger que court la reine et l’immobilité des personnes de son entourage, commande, supplie qu’on aille au secours de son épouse. Un gentilhomme se jette à la bride de son cheval; un second, au risque de sa propre vie, dégage le pied de Sa Majesté; mais tous les deux, ce sauvetage opéré, disparaissent en toute hâte, au galop de leurs chevaux.

La reine, revenue de sa frayeur, voulut voir ceux qui l’avaient délivrée. Mais l’un des grands qui étaient près d’elle l’informa que ses libérateurs avaient pris la fuite pour sortir, sans doute, du royaume, afin d’éviter le châtiment auquel les condamnait une loi qui défendait de toucher la cheville du pied d’une reine d’Espagne. Née et élevée en France, la jeune princesse ne connaissait point la prérogative de ses chevilles; elle sollicita du roi le pardon des deux gentilshommes, obtint facilement leur grâce et leur fit à chacun un présent proportionné au service rendu.

Le reine n’est pas encore prêt, Messire !

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Charles II

Anciennement, à Londres, les femmes ne montaient pas sur la scène. C’étaient des hommes déguisés qui en remplissaient les rôles.

Le roi Charles II s’impatientant, un jour, de ce que le spectacle ne commençait pas, le directeur vint s’excuser :

La reine n’est pas encore rasée.