Charles-Quint

A toi Charles Quint ! 

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charles quintLe puissant monarque s’était figuré aller plus loin que tous les autres humains en assistant lui-même à son enterrement dans le monastère de Saint-Just.

Il vient d’être battu par M. Paul Turon de Teschen, dans la Silésie autrichienne, qui a  chanté à son propre enterrement. Et où il est encore plus fort que Charles Quint, c’est qu’il était réellement mort, c’est qu’il était étendu et cloué pour de bon dans sa bière.

Mais il avait laissé un rouleau de phonographe, dans lequel, de sa noble voix de baryton, il avait chanté le Requiem; et c’est ce rouleau de phonographe qu’on a entendu à son enterrement.

Je ne sais pas si c’est liturgique; mais le phonographe n’envahit-il pas tout ?

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.
Peinture : portrait de Charles Quint de Rubens.

Il ne s’est rien passé dans la nuit du 4 août

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Alors que la nuit du 4 août 1789 vit l’abolition des privilèges, celle du 4 août 1936 ne vit rien se produire de sensationnel. Bien que les comètes aient « mauvais œil », du moins selon les croyances populaires, celle du 4 août 1936 est passée impunément tout près de la Terre, à peine à 26 millions de kilomètres. A la vérité, personne, cette fois, n’eut peur, et l’époque n’est plus où les comètes étaient considérées comme de sinistres présages de cataclysmes, de morts subites de personnages illustres, d’épidémies, de guerre, et même de la fin du monde !

Donc, cette comète Peltier, ainsi nommée du nom de l’astronome amateur américain qui l’a retrouvée et signalée au début de cette année, ne nous a apporté aucune des catastrophes redoutées. A moins qu’on ne lui attribue la guerre civile d’Espagne, ou le triste été que nous subissons. Le 8 juillet, elle est passée à son périhélie, c’est-à-dire au point de son parcours le plus rapproché du soleil, et l’autre nuit, celle du 4 août, elle était donc à sa plus courte distance de notre monde, c’est-à-dire qu’à part la lune elle était l’astre le plus rapproché de nous. On ne l’avait pas vue depuis Clovis, ce qui n’est rien d’ailleurs à côté de sa révolution autour du soleil qui dure quarante-cinq siècles !

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En tous cas, sa queue n’a pas balayé la Terre ! Les humains ont eu moins peur qu’en 1910, où l’idée de la fin du monde s’était terriblement ancrée dans l’esprit de beaucoup de gens. Une inquiétude singulière s’était manifestée, surtout en Hongrie, où plusieurs personnes mirent fin à leurs jours pour ne plus vivre dans l’angoisse.

« Je me suicide avant d’être tué, écrivait un Hongrois, je crains la mort apportée par un astre !« 

La panique fut d’ailleurs telle en Hongrie, que les instituteurs et les prêtres durent multiplier les conférences pour rassurer le peuple. Beaucoup pour faire bombance jusqu’à leur dernière heure, avaient vendu tout ce qu’ils possédaient, tant ils étaient certains de mourir le 18 mai, jour où le phénomène se manifesta. D’autres se jetèrent dans des puits, non sans avoir la précaution d’enfouir dans leurs poches, tout leur argent. Près de Trèves, en Allemagne, une mère devenue folle de terreur, noya son bébé, tandis qu’à Moscou les trois quarts des gens semblaient avoir été gagnés par la folie. Une grande dame jugea bon de s’adonner à l’alcoolisme pour ne rien « ressentir ». A Odessa des prières eurent lieu dans toutes les églises, pour supplier le ciel d’épargner le cataclysme à la Russie.

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C’était la fameuse comète de Halley, visible tous les 76 ans. qui avait provoqué une telle alarme, et qui, d’après certains, annonça la mort du roi d’Angleterre Edouard VII.

La première fois qu’on l’observa, ce fut en 837. Lorsqu’elle apparut dans le ciel. l’Empereur Louis le Débonnaire, affolé, appela son « astronome » qui lui annonça un changement de règne et la mort prochaine d’un prince. Le fils de Charlemagne, qui en avait conclu que sa propre vie était en jeu se livra à la prière et au jeûne. Il devait mourir trois ans plus tard.

Ce fut la même comète qui se manifesta en 1066, lors du débarquement des Normands en Angleterre. Les chroniqueurs prétendirent qu’elle servit de guide aux envahisseurs. A Bayeux, on voit une tapisserie attribuée à la femme de Guillaume le Conquérant où est représenté le roi Harold entouré de ses sujets tournant les yeux vers le ciel et levant les bras vers l’étoile fatale annonçant la bataille d’Hastings.

En 1264, la terreur provoquée par la comète ne contribua pas peu à la mort du pape Urbain IV et en 1456 le pape Calixte III lança l’anathème sur la comète et les Turcs ennemis de la Chrétienté qui assiégeaient Belgrade. Le pontife avait prescrit des prières spéciales, et c’est de cette époque que date l’Angélus de Midi.

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« Voilà mes destinées qui m’appellent ! » s’était écrié Charles Quint en 1531. lorsque la comète qu’Halley devait si bien observer plus tard se signala à nouveau. Celui qu’on put un moment considérer comme le maître du monde abdiqua, et ayant pris la bure monacale pour remplacer sa pourpre impériale, il se retira au monastère de Yuste.

Au printemps de 1773, le bruit s’était répandu qu’une comète devait bientôt se trouver sur le chemin de la Terre, la heurter, et infailliblement la broyer. L’alarme fut vive, notamment à Paris bien que l’astronome Lalande s’efforçât de rassurer la population et malgré les railleries de Voltaire dont on se rappelle la strophe :

Comète que l’on craint à l’égal du tonnerre,
Cessez d’épouvanter les peuples de la Terre
Dans un ellipse immense achevez votre cours.
Remontez, descendez près de l’astre des jours,
Lancez vos feux, volez, et revenant, sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Déjà Molière par la bouche de Trissotin n’avait-il pas évoqué la frayeur qui causaient les terribles nébuleuses :

Nous l’avons en dormant, Madame, échappé belle !
Un monde près de nous a passé tout au long
Et chu au travers de notre tourbillon,
Et s’il eut en chemin rencontré notre Terre
Elle eut été brisée en morceaux comme verre !

Presque toujours l’annonce de ces phénomènes célestes jetait les peureux dans les monastères ou les poussaient à léguer leurs fortunes aux moines.

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Comme une humble servante, Catherine de Médicis allait consulter l’astrologue Ruggieri sur l’influence que les astres voyageurs pouvaient exercer sur l’avenir de ses fils.

Cependant, « les Filles de l’espace » sont quelquefois bienveillantes : la comète de 1811 coïncida avec de merveilleuses récoltes et surtout des vendanges prodigieuses.

H. Cossira.« Le Monde illustré. » juin 1936.

Un guide royal

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Philippe II, roi d’Espagne, fils de Charles-Quint, se trouvant un jour au palais de l’Escurial, seul et et sans aucune marque de la royauté,un visiteur l’aborda et lui demanda tout bonnement l’explication des tableaux dont les galeries étaient ornées. 

Philippe le satisfît avec complaisance. Le visiteur, au moment de se retirer lui dit : 

 Monsieur, je suis un tel, je demeure en telle ville, et si jamais vous passez par là, et que vous vouliez venir me voir, je vous ferai boire du bon vin.
— Et moi, dit le monarque, je m’appelle Philippe II, roi d’Espagne. Si jamais vous passez par Madrid et que vous veniez me voir, je vous en ferai boire du meilleur.

Gazette de France, 1891.

Miroirs magiques

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miroirs-magiquesCes miroirs étaient fabriqués avec des pratiques et des cérémonies goétiques aussi révoltantes qu’absurdes. Ils jouissaient, dit-on, de la propriété de vous représenter tout ce qui se passait loin de vous, l’image des choses et des personnes que vous désiriez voir venant s’y réfléchir.

Le premier miroir magique est attribué à Pythagore qui, lui-même , le tenait d’un mage. Ce philosophe, dit Suidas, écrivait avec du sang sur une espèce de miroir qu’il présentait aux rayons de la lune, et il lisait dans cet astre tout ce qu’il avait écrit sur le miroir. Noël Lecomte rapporte que ce secret était connu de François Ier. Dans ses guerres contre Charles-Quint il pouvait, avec un semblable miroir, savoir à Paris ce qui se faisait à Milan. La manière d’opérer était fort simple : un espion, résidant à Milan, écrivait sur un miroir magique, en tout semblable à celui du roi de France, les événements politiques, et François Ier lisait cette écriture sur son miroir.

Si l’on nous demandait notre opinion sur les faits rapportés par Suidas et par Noël Lecomte, nous répondrions que ce sont des fables, et qu’il faut les reléguer dans le domaine des contes bleus.

Auguste Debay. « Histoire des sciences occultes depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. » Paris, 1860.

Présence d’esprit

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sultan

Un ambassadeur de Charles-Quint près de l’Empereur turc Soliman II, avant été invité à une audience générale du Sultan s’y rendit, et s’aperçut, dès son arrivée, qu’on avait préparé des sièges pour tous les assistants sauf pour lui.

Il pensa que les Turcs avaient voulu ainsi montré leur mépris pour le souverain qu’il représentait, mais cachant son mécontentement pour ne point exciter de trouble, il se dépouilla immédiatement de son grand manteau, le plia en plusieurs doubles, le disposa par terre et s’en fit un siège.

Quand l’audience fut terminée, il se leva, prit congé du monarque, et, laissant son manteau à l’endroit où il l’avait placé, il sortit de la salle sans se retourner.

— Seigneur, lui dit un officier, n’avez-vous pas oublié votre manteau ?
—  Non, répliqua-t-il, je ne l’ai pas oublié, car les sujets du roi mon maître n’ont point l’habitude de porter leur siège sur leurs épaules.

Cette réponse fut rapportée à Soliman. Celui-ci, loin d’en être irrité, conçut, a partir de ce jour, une haute estime pour l’homme qui savait si bien faire respecter sa dignité d’homme et d’ambassadeur.

« Le Petit Français illustré. »  Paris, 1890.

Morts vivants

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mort

Au nombre des ouvrages présentés à l’Académie, est le numéro de juillet du Journal de la Société des sciences physiques, chimiques, etc., dirigé par M. Julia de Fontenelle. Dans cette livraison, nous trouvons un article sur le danger des inhumations précipitées.

Les maladies dans lesquelles se manifeste le plus souvent une suspension incomplète et momentanée de la vie, sont l’asphyxie, l’hystéralgie, la léthargie, l’hypocondrie, les convulsions, la syncope, la catalepsie, les pertes sanguines très fortes, le tétanos, la chorée, l’apoplexie, l’épilepsie, l’extase. Sur trente faits qui sont cités par l’auteur, les suivants offrent un intérêt spécial qui nous détermine à les reproduire.

A Toulouse, une dame ayant été enterrée dans l’église des Jacobins avec un diamant au doigt, un domestique s’introduisit dans le caveau pour voler cette bague, et comme le doigt était gonflé et qu’il ne pouvait l’en faire sortir, il se mit en devoir de le couper. Aux cris que poussa la défunte, le voleur tomba sans connaissance. A l’heure des mâtines les religieux, ayant entendu quelques gémissements, trouvèrent la dame vivante et le domestique trépassé. Ainsi la mort eut sa proie; il n’y eut que la victime de changée.

Un crocheteur, logé à Paris, rue des Lavandières, meurt à l’Hôtel-Dieu; on le transporte avec les autres morts dans la même fosse. Il revient à lui vers onze heures de la nuit, déchire son suaire, frappe à la loge du portier, se fait ouvrir avec beaucoup de difficulté, et revient chez lui. 

En 1759, une femme de la rue du Four, faubourg Saint-Germain, fut jugée morte et mise sur la paille, avec un cierge entre les jambes; des jeunes gens commis à sa garde renversent, en badinant, le cierge sur la paillasse ; le feu y prend; la défunte, atteinte par les flammes, pousse un cri perçant; on vole à son secours, et elle se rétablit si bien, que depuis cette résurrection, elle devint mère de plusieurs enfants.

540px-abbc3a9_prc3a9vostLe 23 novembre 1763, l’abbé Prévôt, si connu par ses productions littéraires, est frappé d’une attaque d’apoplexie en traversant la forêt de Chantilly. Le croyant mort, on le transporte chez le maire du village, et la justice fit procéder aussitôt à son autopsie. Un cri aigu, poussé par cet infortuné, prouva qu’il était vivait : il mourut sous le scalpel.

M. De vaux, chirurgien de Saint-Côme, rue Saint-Antoine, avait une domestique appelée Isabeau, qui avait été portée trois fois en terre; elle ne revint à elle la troisième fois qu’au moment où on la descendait dans la fosse. Cette femme étant morte de nouveau, on la garda pendant six jours sans l’enterrer, de peur d’avoir la corvée de la rapporter une quatrième fois chez elle.

M. Rousseau, de Rouen, avait épousé une femme de quatorze ans, qu’il laissa en parfaite santé pour faire un petit voyage à quatre lieues de la ville. Le troisième jour de son voyage, on vient lui annoncer que s’il ne part promptement, il trouvera sa femme enterrée. En arrivant chez lui, il la voit exposée sur la porte, et le clergé prêt à l’emporter. Tout entier à son désespoir, il lait porter la bière dans sa chambre, la fait déclouer, place la défunte dans son lit, lui fait faire vingt-cinq scarifications par un chirurgien; à la vingt-sixième, plus douloureuse sans doute que les autres, la défunte s’écria : « Ah ! que vous me faites mal ! » On s’empressa de lui donner tous les secours de l’art. Cette femme a eu depuis vingt-six enfants.

Mernac rapporte que la femme de M. Duhamel, avocat célèbre au parlement, regardée comme morte pendant 24 heures, fut placée sur une table pour être ensevelie. Son mari s’y opposa fortement, ne la croyant pas morte; pour s’en convaincre, sachant qu’elle aimait beaucoup les sons de la vielle et les chansons que chantent les vielleurs, il en fit monter un. Au son de l’instrument et de la voix, la défunte reprit le mouvement et la parole : elle a survécu quarante ans à sa mort apparente.

André Vesale, premier médecin de Charles-Quint et de Philippe II, traitant un grand d’Espagne, le crut mort. Ayant obtenu la permission de l’ouvrir, à peine eut-il plongé le bistouri dans le corps et ouvert la poitrine, qu’il vit le cœur palpitant. Les parents du défunt le poursuivirent comme meurtrier; l’inquisition lui fit son procès comme impie; par l’intercession du roi d’Espagne, il obtint d’être condamné simplement à faire un pélerinage en Terre-Sainte.

En 1827, dans la séance du 10 avril de l’Académie royale de médecine, M. Chantourelle lut une note sur les dangers des inhumations précipitées; cette lecture amena une discussion à laquelle M. Desgenettes dit tenir de M. Thouret, qui avait présidé à la destruction du cimetière et du charnier des Innocents, que beaucoup de squelettes avaient été trouvés dans des positions annonçant que les individus s’étaient mus après leur inhumation. M. Thouret en ayait été si frappé, qu’il en fit la matière d’une disposition testamentaire relative à son enterrement.

 

« Journal des anecdotes anciennes, modernes et contemporaines.« , Paris, 1833