chasse

La chasse du roi

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lord-curzonCette histoire nous est contée par la Gazette de Bombay.

Lors de son dernier voyage le vice-roi des Indes, lord Curzon, manifesta le désir de  chasser à l’ours. Grand embarras du gouverneur… Ce plantigrade avait depuis beau temps disparu de la région. 

Ce fonctionnaire émérite donna pourtant complète satisfaction à son supérieur, qui put prendre part à la chasse à l’ours demandée. Il est vrai que, le jour de la chasse, on s’aperçut qu’un des pensionnaires du jardin zoologique de la ville manquait à l’appel. 

Par bonheur, le vice-roi est mauvais tireur. Il manqua son coup, de sorte que, dès le lendemain, à la grande joie des petits Hindous, Martin avait repris possession de sa cage au jardin zoologique. 

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Distraction d’un chasseur

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paul-leon-jazetM. le marquis de L… est la gloire de la vieille vénerie française. C’est la Picardie, où il possède un magnifique château et de vastes domaines boisés, qui est le théâtre de ses exploits, et il ne donnerait certainement pas son automne pour la couronne du duché de Toscane ou du duché de Modène. Et il ne manque pas de gens qui trouveront qu’il a raison.

Toujours est-il que, pendant que le marquis chasse, la marquise, qui est très jeune encore, très jolie et un peu coquette, ne s’amuse guère au fond de son manoir, et qu’elle préférerait ne pas quitter son petit hôtel des Champs-Elysées. L’hiver dernier, elle est restée à Paris ou elle s’est fort divertie en l’absence du marquis. Mais cette année, elle ne pouvait se dispenser de suivre celui-ci, étant dans cette position intéressante où aime tant à se trouver, au dire des journaux anglais, une femme qui aime son mari.

La marquise n’aimant le marquis que modérément, nous doutons qu’elle partage l’opinion de nos confrères d’outre-Manche au sujet de la position en question. Mais elle n’en est pas moins partie pour la Picardie, ce qui désole particulièrement deux ou trois amis intimes du marquis retenus à Paris. Notre chasseur, ayant fait ses petits calculs,  n’attendait pas l’heureux événement avant la première quinzaine d’octobre, mais ses espérances ont été devancées d’un mois, et voici où se montre bien le caractère de notre  homme, tout occupé de chasse, de chevaux et de chiens.

Le marquis, après une rude mais brillante journée, rentrait à son château, avec un appétit de chasseur, ce qui est tout dire. Aussi, se dirigeait-il tout droit vers la salle à manger. La table était mise. Seulement, il n’y avait qu’un seul couvert.

— La marquise serait-elle malade ? demanda-t-il.
Oui, monsieur, lui répondit-on mystérieusement.
— Qu’a-t-elle ? sa migraine ?
— Non, monsieur.
— Quoi donc, alors ?
— Mme la marquise a un commencement de ce que M. le marquis sait bien.
— Des douleurs, déjà ?
— Oui, monsieur.

Là-dessus, le marquis n’en demanda pas davantage et dîna comme quatre. Puis, comme il était harassé de fatigue, il alla se coucher, après toutefois avoir recommandé de venir le prévenir, s’il y avait du nouveau dans la nuit.

En effet, vers les deux heures du matin, il y eut du nouveau, et l’on vint frapper à sa porte.

— Toc, toc, toc! Monsieur le marquis!
— Qu’y a-t-il ?
— Madame la marquise vient d’accoucher.
— Ah ! d’une fille ou d’un garçon ?
— D’un garçon !
— La mère et l’enfant vont bien ?
— Très bien !
— C’est bon. laissez-moi dormir maintenant !

Une demi-heure après, on refrappe à la porte.

— Toc, toc, toc ! Monsieur le marquis !
— Quoi encore !
— Madame la marquise vient d’accoucher d’un nouvel enfant, un garçon encore !
— Ah ! diable ! La mère et les enfants vont bien ?
— Très bien !
— Merci. et ne venez plus troubler mon sommeil !

Au bout d’une seconde demi-heure, nouveaux coups à la porte :

— Toc, toc, toc ! Monsieur le marquis !
— Eh bien ! qu’est-ce ?
— Mme la marquise vient d’accoucher.
— Morbleu ! vous êtes venu deux fois mele dire. Je ne suis pas sourd !
— Mais, monsieur, c’est d’un troisième qu’il s’agit !
— D’un troisième ? s’écria le marquis entre deux sommeils et rêvant sans doute à l’une de ses chiennes. Dites à mon piqueur de choisir le plus beau et de jeter les deux autres à l’eau !

L’anecdote finit là, mais elle est authentique, et elle fait en ce moment son tour de Picardie.

« L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1859.
Illustration : Paul Léon Jazet.

Tcheser-Ka-Ra, la momie fatale

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egypte

Le British Museum de Londres possède le cercueil de la momie égyptienne de Tcheser-Ka-Ra, grande prêtresse de Amen Ra, divinité du Soleil. Or, ce cercueil a été la cause de nombreux malheurs pour tous ceux qui l’ont approché et de nouveau on signale des méfaits qui lui seraient imputables.

Des deux porteurs chargés de convoyer le fatal sarcophage au musée anglais, l’un mourut dans la même semaine, l’autre se cassa le bras. Enfin, dans le mois où fut installée Tcheser-Ka-Ra sous les vitrines de la salle égyptienne, deux gardiens décédèrent subitement.

On parla beaucoup de cette étrange affaire, et les directeurs du British Museum eurent toutes les peines du monde à trouver des gardiens qui restassent dans le hall. L’un d’eux y consentit; il avait servi en Egypte et savait comment il faut traiter les momies. Il se souvenait du sort d’un de ses officiers qui, s’étant emparé d’un sarcophage sur lequel était écrit : « Celui qui troublera mon sommeil mourra écrasé, » avait ri de cette prédiction en faisant l’esprit fort. Ce même officier était mort peu après, écrasé par un éléphant au cours d’une partie de chasse.

dieux-egyptiens.

Aussi ce gardien du musée affectait-il une grande déférence lorsqu’il parlait de Tcheser-Ka-Ra.

Il faut la traiter poliment, disait-il, et elle ne vous fera pas de mal.

Il avait raison. Un ouvrier d’art anglais, Herbert Browne, récemment chargé de faire une petite réparation au cercueil, se vanta auprès de ses camarades de ne pas croire à « ces histoires de brigand » et paria qu’il donnerait deux coups de marteau sur le haut du sarcophage. Il tint parole et par deux fois tapa sur le bois.

Quelques jours après, sans raison apparente, il tomba paralysé du côté droit.

« Le Véritable almanach du merveilleux. »  Paris, 1913.

 

Soleil couchant

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armand-fallières

C’est le soir à l’Elysée. M. Fallières est allé à la chasse. Il va revenir. Le carton des signatures à donner repose sur le bureau de l’Exécutif. Dans le pays, maint fonctionnaire attend fiévreusement quelque promotion. Mais il faut que la main du Président ait paraphé les décrets impatiemment espérés.

M. Fallières signera-t-il ce soir, au retour de la chasse ? Ses familiers le savent. Quand le temps a été sec dans la journée, M. Fallières signe. Quand il a plu, au contraire, au lieu de s’asseoir à son bureau, il va changer de vêtements, il troque ses bottes héroïques et boueuses contre des pantoufles douillettes et bourgeoises. Il refait amoureusement sa cravate à pois, puis, las des efforts de la journée, il s’endort dans un bon fauteuil. La signature est remise au lendemain.

Et voilà comment la météorologie influe sur le gouvernement des empires.

« Le périodique hebdomadaire politique et satirique. »  Paris, 1913.
Illustration : Léon Bonnat.

Le chasseur gris

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chasseur

Je ne sais pas si je vois double, mais il me semble qu’il n’y a jamais eu tant de gibier !…

Dessin de Benjamin Rabier.