chasseur

Plus fort que les pruneaux

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benjamin-rabier.

On sait qu’une lionne et son lionceau, échappés d’une ménagerie, se sont enfuis et cachés dans les forêts autour d’Agen.

Les gardes champêtres des villages  ont tendu de grands filets pour prendre les deux fauves (les closeries d’Agenais) et les plus intrépides chasseurs du pays ne sortent plus sans leur Lefaucheux bien garni.

Enfin, la terreur règne au pays d’Agen et les pruneaux eux-mêmes n’y ont jamais produit de tels effets. C’est ce que nous appellerons la « foire du Lion ».

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. »  Paris, 1930.
Illustration : Benjamin Rabier.

Le chasseur gris

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chasseur

Je ne sais pas si je vois double, mais il me semble qu’il n’y a jamais eu tant de gibier !…

Dessin de Benjamin Rabier.

Jacquot et Minette

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corbeau

Rien n’est gentil comme un Corbeau
Apprivoisé; ce brave oiseau
De la maison devient l’ami fidèle.

Circulant librement du jardin à la cour
Ou sur les arbres d’alentour,

Il accourt tout joyeux à la voix qui l’appelle;
Il est cocasse et sérieux;
Sous un aspect patibulaire
Qui lui vaut le mépris du stupide vulgaire,
Il a l’esprit facétieux;
C’est Arlequin sous l’habit d’un notaire.

Connaissant l’heure des repas
Aussi bien que la cuisinière,
Il prend ce qu’on lui donne et ne demande pas.

Le voici, suivant pas à pas
La jeune fille qu’il préfère;
Il se perche d’un air galant

femme

Sur son épaule, et doucement mordille
Les cheveux blonds que sa résille
Laisse échapper sur son cou blanc.

J’eus l’honneur d’être assez intime
Avec un de ces animaux;
Il me concédait son estime,
Sachant que j’ai souvent dit du bien des Corbeaux.

Ensemble nous faisions de petites parties :
Je prenais une bèche, et, dans le potager,

Au profit de Jacquot nous allions fourrager
Les planches, de vers blancs largement assorties;
C’est ainsi que j’obtins toutes ses sympathies.

corbeau-jardinier

Mais ce qui n’était pas amusant à demi,
C’était d’observer mon ami

Dans ses rapports avec la Chatte;
On s’y pouvait désopiler la rate.

Pour l’agacer il n’est sorte de tours
Qu’il n’imaginât tous les jours :
Dormait-elle dans la cuisine ?

Près d’elle il arrivait d’un saut

chat-corbeau

Et la réveillait en sursaut
Avec des cris de Mélusine;
Se promenait-elle à pas lents
Avec les regards indolents
Et les souplesses élastiques
Des races aristocratiques ?

Mon Corbeau, rusé comme un Grec,
Sans bruit s’approchait par derrière,
Et de la noble douairière
Piquait la queue avec son bec
D’un coup sec.

corbeau-chat

Que si la Chatte courroucée
Pour lui donner une poussée
S’élançait, l’insolent, riant d’un air narquois,
En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire,
Se sauvait au sommet des toits.

C’était à se tordre de rire !
Il en est des Corbeaux comme du genre humain :
Aucun n’est sûr du lendemain.

Jacquot, se promenant certain soir à la brune,
Fut rencontré par un chasseur
Qui, sans plume ni poil et de méchante humeur
Rentrait en maudissant sa mauvaise fortune;

chasseur-corbeau

Pareil à ce soldat ignorant et brutal
Qui frappa jadis Archimède,
Il ajusta d’un geste machinal
Le pauvre oiseau qu’il tua raide.

A partir de ce jour, Minette tristement
Traîna son existence; on la voyait sans cesse
Errer dans son isolement
Et miauler avec tristesse;
Elle pleurait Jacquot, et, bientôt après lui,
Elle mourut de regret et d’ennui.

Certains époux passent leur existence
A se chamailler nuit et jour;
Mais que l’un d’eux s’en aille au funèbre séjour,
L’autre ne peut supporter son absence.

chat-tombe

« Bêtes et gens. Fables et contes humoristiques. »  Plon 1877.