Château-Thierry

La petite-fille de La Fontaine

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peder mork monstedIl existait en 1762, à Château-Thierry, une arrière-petite-fille de La Fontaine, connue dans toute la province par son amour pour l’étude et par ses dispositions prématurées.

Lorsque Mesdames, les filles de Louis XV, passèrent par cette ville, on leur présenta cette enfant, qui, âgée seulement de cinq ans, leur récita avec une grâce infinie la fable suivante, composée pour intéresser les illustres voyageuses au sort de la jeune infortunée, à l’existence de laquelle se rattachait un si grand souvenir :

Faible, abattu, cherchant un appui salutaire,
Un lierre desséché languissait sur la terre;
Il aperçoit un chêne audacieux
Dont le sommet se perdait dans les cieux.

Ce chêne répandait une ombre bienfaisante;
Les mortels fatigués des ardeurs du midi
Venaient y ranimer leur force languissante;
Les oiseaux, dans l’orage, y trouvaient un abri.
Le lierre, à cet aspect, reprend quelque courage,
De l’arbre hospitalier embrasse les contours;
Et bientôt étayé de son heureux secours,
Il voit croître sa tige et verdir son feuillage.

Je suis ce lierre abandonné;
Vous, cet arbre divin, utile, secourable :
Je vous ai peint mon sort infortuné,
Votre appui seul peut le rendre agréable.

« Almanach de la Champagne et de la Brie. » Troyes, 1853.
Peinture de Peder Mork Monsted.

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Bail, bail !

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criUn vol d’une nature fort extraordinaire s’est commis dans un des chefs-lieux de canton de l’arrondissement de Château-Thierry.

Un propriétaire, qui depuis longtemps n’habite plus cet arrondissement, avait pris le parti de louer une petite maison qu’il y possède à un locataire sur lequel on lui avait donné les renseignements les plus satisfaisants. Pendant longtemps le locataire paya très exactement le loyer de sa maison. Le propriétaire, qui recevait ses loyers par l’intermédiaire des messageries, n’avait ni le temps ni même la volonté d’aller voir si sa maison était en bon état, puisqu’on le payait bien et qu’on ne faisait aucune réclamation.

Enfin, le locataire, contre sa coutume, ayant laissé passer deux termes sans payer, et plusieurs lettres étant restées sans réponse, le propriétaire s’en émut, prit la diligence, arriva un beau matin dans la rue où était sa maison. Il cherche, mais inutilement : la maison n’y était plus. Il trouve à la place un terrain plat, et il apprend des voisins que l’ancien locataire a fait démolir sa maison, dont il a vendu les matériaux. 

On assure que ce voleur en gros s’est enfui à l’étranger. 

« L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1865.