Château

Le château de Voltaire

Publié le Mis à jour le

voltaire-ferney

Voltaire faisait le meilleur accueil aux étrangers qui venaient le visiter dans son château de Ferney, qui était situé dans le département actuel de l’Ain. 

Un nouvel arrivé, flatté de la réception, manifesta l’intention de passer six semaines dans ce séjour qu’il trouvait délicieux. 

 Monsieur, lui dit en riant Voltaire, je vois bien que vous ne voulez pas ressembler à Don Quichotte.
— Comment cela ? fit l’hôte étonné.
— Don Quichotte prenait les auberges pour des châteaux, mais vous, vous prenez les châteaux pour des auberges. 

 

La comtesse et l’officier

Publié le Mis à jour le

Madame-de-Saint-Baslemont

L’un, des plus extraordinaires duels de femmes fut celui que, dans ses mémoires, raconte l’abbé Arnaud.

La comtesse de Saint-Baslemont, fille d’un seigneur de Lorraine, mariée à un valeureux soldat sans cesse occupé à guerroyer, loin de son château, gérait avec vigilance et énergie les propriétés familiales durant l’absence de son mari et ne permettait point que nul roturier ou noble y commit des déprédations ou molestât quelque paysan de ses terres.

Un jour, un officier de cavalerie, de passage dans un hameau dépendant de la seigneurie, s’y conduisit fort mal vis-à-vis des habitants, ce dont ils se plaignirent à la comtesse. Aussitôt celle-ci, fort poliment, envoya un messager au malotru pour lui faire d’énergiques remontrances. L’autre n’en tint pas compte et se moqua du message. Voyant cela, la comtesse de Saint-Baslemont lui fit tenir un billet dans lequel elle le provoquait en duel, fixant le lieu, le jour et l’heure, pour venger, disait-elle, l’insulte faite à sa belle-soeur et elle signa :  « Le chevalier de Saint-Balmont. »

L’officier accepta le défi. A l’endroit fixé, il trouva la comtesse qui i attendait déguisée en homme. Comme elle était de taille assez élevée avec un visage aux traits presque masculins, l’officier ne s’aperçut point de la supercherie. Les deux adversaires se battirent avec acharnement, mais la comtesse, qui était une escrimeuse de première force, fit sauter l’arme de son adversaire et lui dit alors galamment en se faisant connaître : 

Monsieur, ce n’est pas contre le chevalier de Saint-Baslemont que vous vous êtes battu, mais contre sa femme. Ramassez votre épée et désormais ayez plus de considération pour les prières des dames. 

Puis elle s’éloigna, laissant son adversaire plein de honte. Le lendemain, il quittait le village à la première heure et jamais plus on ne le revit sur les terres des Saint-Baslemont.

« Midinette. Journal. »  Paris, 1937.

Le vin changé en eau

Publié le Mis à jour le

rabbinUn journal racontait l’amusante anecdote suivante qui prouve que les petits esprits se rencontrent parfois comme les grands.

Dans une commune israélite du royaume existe un rabbin estimé et aimé de tous.

Pour lui prouver sa reconnaissance des services rendus, la commune décida d’offrir au rabbin un tonnelet de vin, et afin que chacun  pût contribuer à l’offrande, il fut entendu que chaque paroissien apporterait une bouteille de vin et la verserait dans le tonneau.

Le rabbin reçut avec reconnaissance l’offrande des ouailles, et fit déposer avec beaucoup de précaution le précieux liquide dans sa cave.

Mais, ô douleur ! lorsqu’il voulut en goûter. Un miracle diamétralement opposé à celui des noces de Cana, s’était opéré : au lieu de vin il ne trouva plus que de l’eau.

Il était naturel que quelques-uns de ces braves Israélites pensassent qu’une bouteille d’eau subrepticement versée, dans le tonneau passerait inaperçue.

Malheureusement, ils avaient tous eu la même idée !… 😀

« Magazine universel. » Paris, 1903.

L’hypocrisie du chat ?

Publié le Mis à jour le

Grisou 1er
Grisou 1er

Il était une fois trois amis : Miraut, chien, Mitou, chat, et Lulu, gosse. Ils avaient bien six ans pour les trois, c’est-à-dire que, si les deux premiers comptaient environ douze mois d’âge chacun, le troisième, lui, marchait gaillardement, tantôt à deux, tantôt à quatre pattes, vers son quatrième anniversaire.

À eux trois, ils emplissaient l’appartement, la cour et le jardin de leurs cris et de leurs jeux, et c’était dans la maison une joie et une fête perpétuelles. Mais quelqu’un troubla cette fête. Un beau jour, Lulu gosse fut séparé de ses deux compagnons et conduit dans un vaste local où d’autres enfants, sagement assis sur des bancs symétriques, écoutaient une longue personne sèche dont le lorgnon d’or chevauchait un nez pointu. La femme disait:

Le chien est fidèle, obéissant et dévoué à son maître ; le chat est hypocrite, gourmand et voleur.

Et les petits répétaient docilement ces paroles, et tous avaient un air si convaincu que cette conviction troubla Lulu. La maîtresse insista :

Méfiez-vous des chats, mes amis, et ne jouez jamais avec eux.

Quand Lulu rentra chez lui et que ses deux fidèles compagnons, qui s’étaient bien ennuyés durant son absence, voulurent lui témoigner leur joie de le revoir, Miraut chien, qui jappait et remuait la queue, fut bien accueilli. Quant à Mitou chat, son gras dos et son ronron ne reçurent pour toute réponse que ces mots peu aimables:

Va-t’en, toi, tu n’es qu’un vilain et un hypocrite !

La fin de l’histoire, je vous la dirai quelque jour. Il suffit, pour l’instant, que je vous aie fait entendre que la plupart des jugements que l’on porte sur les bêtes n’ont pas de base plus solide que celle de ce bébé et que les braves minets sont de- puis longtemps les innocentes victimes d’une réputation calomnieuse. « Tout notre mal vient d’asnerie », disait Montaigne, tout le mal dont souffrent nos frères prétendus inférieurs vient également de là.

Grisou 1er
Grisou 1er

Quel fut le méchant imbécile auquel son chat exaspéré décocha un coup de griffe vengeur ; quel fut l’avare dont le petit compagnon affamé fit gueule basse sur la pitance qu’on lui mesurait trop parcimonieusement; quel fut le philosophe en chambre, plus habitué à scruter les jeux de physionomie de ses nobles contemporains que les frémissements de mufle d’un innocent minet, qui osèrent porter sur nos charmants compagnons domestiques des jugements aussi grossiers et aussi stupides ? Ma foi, je n’en sais rien, et j’aime autant ne pas le savoir ; mais ce que je tiens à dire, c’est que l’hypocrisie est une vertu, c’est-à-dire une force humaine, et non point animale.

Avant toute chose, il serait prudent de la définir, et cela nous pourrait mener un peu loin. Aussi, bornons-nous à dire, puisque aussi bien c’est de lui, et de lui seul qu’il s’agit, que le chat ne s’est vu attribuer cette fâcheuse réputation qu’en rai- son des mouvements défensifs violents qui sont sa sauvegarde au moment critique, et auxquels l’imbécillité méchante de ses tourmenteurs ne s’attendait point. C’est le coup de griffe et le coup de dents qui font de lui un hypocrite et une fripouille. Mais l’égoïsme humain ne veut point voir les raisons qui ont provoqué ses gestes, et l’habitude paresseuse de ne pas sortir de nous-mêmes nous a, seule, longtemps empêchés de suivre sur des faciès poilus, un peu fermés à nos investigations et différents des nôtres, des jeux de physionomie qui sont extrêmement caractéristiques, nuancés et variés à l’infini. L’homme rapporte tout à son genre de beauté, si l’on peut dire, et c’est pour cela qu’il trouve le singe si parfaitement hideux. Il est probable, d’ailleurs, que le singe doit en juger de même à notre égard.

Quiconque a vu un matou en train de chasser souris ou moineaux  (et c’est là surtout que la bête devrait ruser et se montrer hypocrite) ne peut plus charger de ce défaut cet animal. Le parti pris, l’aveuglement de l’être à la fois juge et partie dans l’affaire peuvent seuls troubler jusqu’à l’illogisme et à l’absurde la rectitude d’un jugement, qui n’est pas toujours (et nos tribunaux nous en donnent assez souvent des preuves éclatantes) illuminé de la grâce et inspiré par la justice. Pour pouvoir conclure, notre entendement épais a besoin de manifestations grossières et violentes et, en ce qui concerne le chat, la plupart des hommes sont inaccessibles aux avertissements multiples qui décèlent une patience à bout. Le redressement des sourcils, le renversement des oreilles, le brandissement des moustaches, le frémissement du nez, un pli imperceptible au coin du mufle, l’agrandissement ou le rétrécissement des paupières, l’avivement de l’œil, un frétillement nerveux de la queue, certaines façons de se ramasser et de faire porter le poids du corps sur une seule patte, sont autant d’indices précurseurs de l’orage auxquels ne se trompent point ceux qui se sont donné la peine d’examiner d’un peu près nos charmants petits familiers.

Grisou 1er
Grisou 1er

Plus véhément, plus bruyant, plus gueulard, plus près de l’homme pour tout dire, le bon chien, qui braille fort lorsqu’on l’ennuie et ne se résout à mordre qu’après avoir manifesté à haute et intelligible voix ses sentiments, n’a jamais été taxé d’hypocrisie, mais il a joué de ce fait à son camarade chat, plus discret, un véritable tour de cochon, si l’on peut dire.

Car le brave minet aura beau faire sentir à sa manière qu’il est énervé et agacé et multiplier les avertissements : aveugle à ses manifestations, ne voyant dans sa patience qu’une façon de cacher son jeu, l’homme griffé ne trouvera rien de mieux que de le taxer d’hypocrisie pour masquer son ignorance et sa méchanceté.

Plus physionomistes que nous en ce qui les concerne, nos inférieurs frères fourrés savent bien reconnaître à notre attitude, à notre langage, au mouvement de notre face, tous les sentiments que nous leur portons. S’ils connaissaient l’hypocrisie que nous leur prêtons, nous ne pourrions pas les tromper comme le font certaines brutes qui, pour capturer les bêtes, s’affublent de gestes patelins et se gargarisent la bouche de paroles mielleuses. Jamais un chat ne vous fera le gros dos avant de vous mordre ou de vous égratigner. C’est une bête loyale comme toutes les bêtes et nous lui devons, nous aussi, la franchise.

Je n’ai pas de secrets sentimentaux pour le cœur de mon chat Toto, et lui n’en a pas pour moi. Je ne puis pas dire qu’à ce sujet il m’ait jamais trompé; quant au reste, c’est-à-dire à mes préoccupations économiques, politiques ou artistiques, il sait quelles ne sont pas de son ressort; aussi s’en fiche-t-il sereinement.

Avec la participation (volontaire ou non) de Grisou 1er.

Le château de la Belle au bois dormant

Publié le Mis à jour le

château-d'Ussé
Le château d’Ussé, avec ses terrasses à la française et ses tours crénelées, surplombe de sa majestueuse silhouette les vallées de la Loire et de l’Indre

Le château d’Ussé se dresse à la lisière de la sombre et mystérieuse forêt de Chinon. Semblant tout droit sorti d’un conte de fées, il domine majestueusement les vallées de la Loire et de l’Indre de sa haute silhouette blanche.

C’est sur les ruines d’une ancienne forteresse de bois qu’il fut construit. Cette dernière fut elle-même édifiée en 1004 par le premier seigneur connu des terres d’Ussé, le redoutable Viking Gelduin. En 1455, Jean V de Bueil, vaillant capitaine de Charles VII, fit bâtir un premier château fort en pierre de tuffeau. On peut en admirer encore aujourd’hui les magnifiques et hautes tours crénelées, toujours coiffées de leurs clochetons. La construction devait s’étaler ensuite sur plusieurs époques, aux XVe et XVIIe siècles, réunissant autour d’une majestueuse cour d’honneur les styles gothique, Renaissance et classique.

château d'Ussé

Le château médiéval primitif fut donc ainsi transformé en une charmante et agréable résidence de plaisance. En 1664, le marquis de Valentinay, ami de l’écrivain Charles Perrault, créa de magnifiques terrasses à la française dessinées par Le Nôtre, l’architecte des jardins de Versailles. Une tradition locale prétend que, de passage à Ussé, Charles Perrault, inspiré par le romantisme des lieux, y écrivit le conte de la Belle au bois dormant.

château d'Ussé
Les jardins à la française

En longeant le chemin de ronde, on découvrira les salles intérieures du château, entièrement consacrées à la triste histoire de la princesse Aurore. La méchante fée Carabosse, furieuse de ne pas avoir été invitée au baptême de l’enfant, lui jettera un sort. La jeune fille devra mourir, à l’âge de 16 ans, en se piquant la main avec le fuseau de son rouet. Mais les bonnes fées transformeront cette malédiction en un sommeil de cent années, au bout desquelles le prince charmant donnera à la princesse le baiser qui mettra fin à l’enchantement.

« La France mystérieuse. »  Sélection du Reader’s Digest, 2001

Le château hanté des étangs de Commelle

Publié le Mis à jour le

File:Le chateau de la Reine Blanche.jpg
Le château de la Reine Blanche. Irish21

Sur le bord des étangs de Commelle, dans un environnement enchanteur, en pleine forêt de Chantilly, vous ne manquerez pas d’être intrigué par un curieux bâtiment appelé le château de la Reine-Blanche.

Cette bâtisse à deux étages, flanquée de quatre tourelles, fut édifiée dans le plus pur style troubadour par l’architecte Victor Dubois, en 1825, à la demande du duc de Bourbon, le dernier des Condés, qui voulait transformer les restes d’un ancien moulin en rendez-vous de chasse.

Mais c’est la légende qui a donné son nom à l’édifice: jadis, à cet endroit, se serait dressé un château construit, selon les versions, par Blanche de Castille, mère de Saint Louis, ou par Blanche de Navarre, épouse de Philippe VI de Valois. On raconte aussi que les ruines de ce castel médiéval, situées à proximité d’une chaussée Brunehaut*, étaient hantées par les fées, autrement dit les dames blanches.

Dès lors, faut-il s’étonner qu’on ne sache plus à quelle Blanche se vouer quand on cherche à connaître la première habitante du lieu ?

*Le nom de « chaussée Brunehaut » est donné dès le Moyen Âge à plusieurs routes dont l’origine n’est pas définie.

« A la découverte de la France mystérieuse. »  Sélection du Reader’s Digest.