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Le langage des chats

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Vladimir-rumyantsevLes journaux américains racontaient dernièrement que le directeur du Jardin zoologique de New York avait entrepris la tâche peu banale d’apprendre à lire à un jeune singe. On nous annonce aujourd’hui une autre merveille. Le professeur Marvin Clark aurait pénétré les secrets les plus littéraires du langage des chats.

Le linguiste anglais a, nous dit-on, rédigé un dictionnaire des mots employés par les matous et les minettes pour se faire leurs amoureuses déclarations. M. Marvin Clark a noté ainsi près de 600 vocables, 600 mots primitifs plutôt, du langage des chats. Le savant affirme que cette langue ressemble énormément au chinois !

Il nous est difficile de donner notre avis sur cette similitude. Pourtant, à première audition mi-a-ouh, a quelque chose de mandarinesque qui nous porte, pour le reste, à donner raison à l’éminent linguiste. Mais quel concert à Pékin quand quelques aimables passants entonnent un air national au clair de lune ! On excuse presque les Japonais d’avoir essayé d’anéantir cette race de miauleurs.

Six cents mots cela nous rend rêveur. C’est presque une littérature. Avec six cents mots on peut causer religion ou politique… ce qui nous expliquerait certains vacarmes dans les nuits de printemps sur les tuiles et dans les gouttières. Comme nos meilleurs écrivains français ont tout juste employé cinq à six mille mots, la littérature féline pourrait produire annuellement le dixième de nos romans, ce qui serait très suffisant.

En acceptant jusqu’au bout les affirmations d’un savant qu’il nous faudrait réfuter scientifiquement et expérimentalement, ce dont nous ne nous sentons pas capables, à notre grande honte, M. Marvin Clark doit être en état de soutenir une conversation très suivie avec n’importe quel minet de rencontre et ce doit être fort intéressant. Sir Richard Burton estimait que l’on peut s’expliquer dans n’importe quelle langue,à condition d’en savoir une trentaine de mots parmi les plus usuels.

Donc le professeur est à même d’interroger les petites chattes sur leur état d’âme et ce doit n’être pas un spectacle banal que de voir un professeur miauler familièrement avec toute une nichée de jeunes chats ou, toujours par des miaous bien accentués, louer la chatte de sa cuisinière sur le sérieux avec lequel elle se retire discrètement dans les cendres.

Ce que nous pouvons affirmer, toutefois, à l’éminent linguiste, c’est que l’enthousiasme l’entraîne un peu loin quand il déclare que ce langage est « musical, mielleux et agréable aux oreilles ». Passe pour le ronron un peu monotone de l’angora en boule devant le feu ou sur un fauteuil, mais ce qui ne passe pas, en dépit de nos idées larges sur la musique de l’avenir, c’est le concert atroce que font les amoureux ou les guerriers à outrance qui hantent les petites cours, les caves où les jardins.

II est fort probable que le dictionnaire anglais-félin et félin-anglais ne sera jamais autorisé par l’opinion publique dans un pays qui s’est fait un renom justement mérité de pudeur et de pruderie. Si les mots sont courts, ils n’en sont pas moins des gros mots, et le bagage littéraire des matous doit être d’une liberté comparable au moins à celle du latin.

Cela empêchera de se vulgariser la découverte scientifique du professeur Clark. C’est malheureux. Et tous les linguistes le regretteront.

Déjà sir W. Raleigh s’était distingué en analysant les croassements des corbeaux; Homère, avant les anglais, avait trouvé une signification aux coassements des grenouilles; un autre a étudié le bourdonnement des mouches; un quatrième affirme que les fourmis bavardent; beaucoup sont sûrs que leur chien quelquefois leur parle et leur répond. Espérons que, quand nous comprendrons les bêtes, nous serons moins mauvais envers elles, ce qui honorera l’humanité.

« La Presse. » Paris, 1896.
Illustration de Vladimir Rumyantsev.

La lycanthropie moderne

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chats-vieille-femmeDans quelques campagnes reculées, au début du siècle dernier, on prêtait encore aux sorciers la faculté de se métamorphoser en divers animaux. Cette croyance, admise presque universellement au Moyen Age, trouverait encore de nos jours, au dire de Gaston Vuillier, de nombreux adeptes. Cet auteur en a rapporté quelques exemples typiques :

Une vieille femme qui faisait sa lessive entendit tout à coup un grand bruit dans la cheminée, d’où tombèrent presque aussitôt une demi-douzaine de chats de toutes les couleurs.

« Chauffez-vous, minets, dit-elle avec douceur. »

Les chats ne se firent pas prier : ils s’installèrent près du feu, au bord des cendres, et se mirent à ronronner de satisfaction. Une voisine, qui venait d’entrer, conçut certains doutes sur la qualité véritable des minets, et, pour éprouver si c’étaient de vrais chats ou des sorciers, elle leur jeta de l’eau bouillante sur le dos. Les minets se sauvèrent en hurlant. Mais ce n’est pas là le plus extraordinaire. On apprit le lendemain qu’il y avait cinq ou six méchants gars du village qui n’osaient se montrer en public parce qu’ils avaient des brûlures sur tout le corps. On connut ainsi que c’étaient eux qui, la veille, s’étaient changés en chats.

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Il n’y a guère longtemps, on attribuait encore au sorcier le pouvoir de se métamorphoser en loup. C’est ainsi qu’on expliquait dans les campagnes la singulière amitié qui le liait à ces animaux. entre eux et lui avait été conclu un pacte qui mettait à l’abri de tout attaque les troupeaux qu’il gardait. On appelait meneurs de loups les sorciers de cette sorte, bergers pour la plupart (mais dans tout berger il y a l’étoffe d’un sorcier). Pour éloigner les loups ou les rendre inoffensifs, ils n’avaient qu’à étendre et à prononcer certaines formules magiques : c’est ce qu’on nommait en Corrèze l’enclavélement.

« Le loup enclavelé, dit Gaston Vuillier, n’a pas plus tôt aperçu le meneur qu’il s’enfuit, la gueule béante, dans l’impossibilité de mordre. Sa cruauté reste ainsi paralysée jusqu’au moment où il traverse un cours d’eau. »

Source : Nass/Cabanès. « Poisons et sortilèges. » Paris, 1903.

Chat à bord

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Malgré l’horreur invincible que l’eau inspire aux chats, il n’est pas un navire qui appareille sans avoir à bord un ou plusieurs de ces animaux. 

Le motif est facile à comprendre. Les compagnies d’assurances ne paient aucune indemnité pour les ravages causés par les rats. Mais, si le propriétaire des marchandises avariées par ces rongeurs prouve que le capitaine avait négligé d’embarquer un chat, le capitaine est responsable du dégât. 

Il y a encore un autre motif, un motif légal, quoique bizarre. Tout navire trouvé au milieu de la mer et ne portant aucune créature vivante est considéré comme abandonné. Dès lors il appartient à qui le trouve, sauf les droits de l’amirauté ou de la couronne. Mais il suffit qu’une créature vivante, living creature, se trouve à bord, pour que la propriété soit conservée aux armateurs. Ainsi, un chien, un chat, un oiseau en cage, fût-ce un serin de Canarie, suffit pour maintenir ce que nos jurisconsultes appellent l’esprit de possession.

La jurisprudence anglaise est fixée à cet égard. 

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1865. 

Sérénade à la lune

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Benjamin Rabier, 1926.

L’avocat des chats

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Le chat a été souvent attaqué et défendu avec passion. Voici un éloquent plaidoyer en sa faveur dû à un écrivain de beaucoup d’esprit, Colnet, qui a dépensé presque toute sa verve dans les feuilletons de journaux, et surtout de la Gazette de France. Cet écrivain est mort en 1832.

« La cause des chats est, je l’avoue, messieurs, difficile à défendre. On a généralement mauvaise opinion de leur caractère, et leurs griffes leur ont fait beaucoup d’ennemis; mais il faudrait aussi se rendre justice. Si les chats sont méchants, nous ne sommes pas très bons. On les accuse d’égoïsme; et c’est nous qui leur faisons ce reproche ! Ils sont fripons: qui sait si de mauvais exemples ne les ont pas gâtés? Ils flattent par intérêt; mais connaissez-vous beaucoup de flatteurs désintéressés ? Cependant vous aimez, vous provoquez l’adulation. Pourquoi donc faire un crime aux chats de ce qui, dans la société, est à vos yeux le plus grand de tous les mérites ?

Je ne parlerai point ici de leur grâce, ni de leurs gentillesses. Je ne vous peindrai point ces minauderies enfantines, ce dos en voûte, cette queue ondoyante et tant d’agréments divers à l’aide desquels ils savent si bien nous intéresser à leur conservation. Des motifs plus puissants militent en leur faveur.

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Si vous détruisez les chats, qui mangera les souris?

Ce ne sera pas assurément l’auteur du projet qui vous est présenté. On vous parle de souricières !… Des souricières, messieurs ! Eh ! qui n’en connaît pas l’influence ? Des souricières ! C’est un piège qu’on vous tend; gardez-vous bien de vous y laisser prendre. Depuis longtemps, les souris, trop bien avisées, savent s’en garantir. Attendez-vous donc à voir au premier jour la gent trotte-menu ronger impunément tous les livres de vos bibliothèques.

On s’en consolerait, si elles n’attaquaient que ces poèmes fades et ennuyeux, dont nous sommes affligés depuis quelques années, mais leur goût n’est pas très sûr; elles rongeront Voltaire aussi volontiers que Pradon. Que dis-je ? nos feuilletons eux-mêmes, et nos plaidoyers si beaux et si longs ne seront pas épargnés. D’où je conclus que détruire les chats, c’est rétablir le vandalisme en France.

Mais je consens que vous fermiez les yeux sur les souris: songez au moins qu’un ennemi cent fois plus terrible vous menace. Les rats, à qui les chats en imposent encore, les rats, messieurs, sont aux aguets; ils n’attendent que le moment où vous aurez prononcé l’arrêt fatal que mon adverse partie sollicite, pour entrer en campagne et s’établir dans vos habitations que vous serez forcés, oui, messieurs, que vous serez forcés de leur abandonner. Et vous pouvez hésiter encore ! Catilina est à vos portes, et vous délibérez ! Je vous prie, messieurs, d’excuser cette véhémence; il est difficile de conserver son sang-froid quand on parle des rats.

« Bureaux de la Mosaïque. »  Paris, 1874.