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Une chatte couveuse

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Une chatte vraiment extraordinaire est celle que l’on peut voir en un cottage de Brooklyn, en Amérique.

De bonne heure, cette chatte a manifesté une étrange vocation pour l’élevage des poulets. Elle demeure sur ses œufs comme une vieille poule, jusqu’à ce que les petits brisent leur coquille, et soigne alors sa famille emplumée tout aussi tendrement que s’il s’agissait de petits chats fort orthodoxes. Quatre nichées  lui doivent déjà l’existence, et elle s’occupe très activement d’une cinquième qui s’annonce avec le même succès. 

Cette chatte est la propriété d’une Irlandaise très intelligente. Un reporter est allé lui rendre visite, pour voir de ses yeux ce spectacle inusité. Dans un coin de la cuisine, isolé par une cloison du reste de la pièce, se trouvait une grande cage autour de laquelle une douzaine de poussins frétillaient et picoraient à qui mieux mieux. Dans la cage reposait sur de la paille une chatte d’aspect peu séduisant, mais de forte taille. Elle était en train de couver quatre œufs, ce que le reporter put constater d’autant plus facilement qu’à son approche, elle quitta un moment son nid pour jouer avec un de ses poussins. Elle revint ensuite à ses œufs et s’étendit de toute sa longueur, les cachant complètement sous elle. 

Les poussins qu’elle élève lui témoignent l’affection filiale que leurs pareils ont coutume de manifester envers leurs mères poules. Ils tournent autour de la chatte avec la plus grande familiarité, grimpent sur son dos et s’y blottissent dans sa chaude fourrure jusqu’à ce qu’un de ses mouvements les en fasse dégringoler. Lorsqu’elle est fatiguée de couver, elle fait un petit tour parmi ses enfants adoptifs et les voyage dans tous les coins de leur petite habitation. Elle les transporte par le cou, et cela ne semble pas plus désagréable aux jeunes poulets qu’aux petits chats. Du reste, elle est bonne mère et n’a jamais croqué aucun de ses nourrissons. On raconte qu’à sa première couvée, elle en prit un par le cou et le monta jusqu’au premier. La course était un peu trop longue, la chair du nouveau-né un peu trop tendre, si bien que le sang coula sous les dents de la chatte. Ce sang ne lui inspira aucune mauvaise pensée, au contraire. Elle lécha la plaie jusqu’à complète guérison. 

Il y a un an environ que cette singulière bête arrivait, on ne sait ni d’où ni comment, chez sa maîtresse d’adoption. Dès le lendemain, on la trouvait étendue sur des œufs abandonnés. On eut beau la chasser, dans la crainte qu’elle ne cassât ces œufs, elle y revint avec une telle persévérance qu’à la grande surprise de tous, elle amena un beau jour l’éclosion de la nichée. Aujourd’hui, vingt poulets environ lui doivent leur arrivée dans ce monde. 

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1887.

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