chatte

Minette et l’amour 

Publié le

chatteMalgré le mystère dont les chats aiment à entourer leurs amours, pour lesquels ils cherchent la solitude et la nuit, on sait que pour eux les désirs amoureux ne sont pas l’appel d’un plaisir facile, mais un tourment et qu’il a le sens anticipé des douleurs qui vont l’accompagner.

De là, un moment contradictoire, qui semble diabolique et  démoniaque, de fureur dans l’amour de volupté douloureuse et sauvage, et d’autant plus avidement reçue. 

La chatte trouve dans les désirs des mâles, dit Mme Michelet, un moment de souveraineté. Il se forme autour d’elle, parfois, une véritable cour d’amour. Quand les soupirants viennent la solliciter, elle observe les rivaux afin de  se déterminer dans son choix. Dans l’amour, elle est plus intéressante que le mâle, qui est amoureux par crises sauvages qui le laissent anéanti et morne. La chatte, après l’acte génésique, acquiert une nouvelle grâce. Elle est toujours enfant, joue parfois, pendant la grossesse, avec une certaine frénésie nerveuse. 

Le mâle, à aucun moment, n’a la joliesse adorable de la femelle allaitant ses petits. Tout est douleur, dans l’amour, pour la chatte : douleur par excès de désir avant, par excès de souffrance pendant, douleur de l’enfantement après… Et cependant, elle se laissera toujours enjôler par ce séduisant petit tigre en miniature… 

« Mon Paris. » Paris, 1937.

Publicités

Une chatte couveuse

Publié le Mis à jour le

chat

Une chatte vraiment extraordinaire est celle que l’on peut voir en un cottage de Brooklyn, en Amérique.

De bonne heure, cette chatte a manifesté une étrange vocation pour l’élevage des poulets. Elle demeure sur ses œufs comme une vieille poule, jusqu’à ce que les petits brisent leur coquille, et soigne alors sa famille emplumée tout aussi tendrement que s’il s’agissait de petits chats fort orthodoxes. Quatre nichées  lui doivent déjà l’existence, et elle s’occupe très activement d’une cinquième qui s’annonce avec le même succès. 

Cette chatte est la propriété d’une Irlandaise très intelligente. Un reporter est allé lui rendre visite, pour voir de ses yeux ce spectacle inusité. Dans un coin de la cuisine, isolé par une cloison du reste de la pièce, se trouvait une grande cage autour de laquelle une douzaine de poussins frétillaient et picoraient à qui mieux mieux. Dans la cage reposait sur de la paille une chatte d’aspect peu séduisant, mais de forte taille. Elle était en train de couver quatre œufs, ce que le reporter put constater d’autant plus facilement qu’à son approche, elle quitta un moment son nid pour jouer avec un de ses poussins. Elle revint ensuite à ses œufs et s’étendit de toute sa longueur, les cachant complètement sous elle. 

Les poussins qu’elle élève lui témoignent l’affection filiale que leurs pareils ont coutume de manifester envers leurs mères poules. Ils tournent autour de la chatte avec la plus grande familiarité, grimpent sur son dos et s’y blottissent dans sa chaude fourrure jusqu’à ce qu’un de ses mouvements les en fasse dégringoler. Lorsqu’elle est fatiguée de couver, elle fait un petit tour parmi ses enfants adoptifs et les voyage dans tous les coins de leur petite habitation. Elle les transporte par le cou, et cela ne semble pas plus désagréable aux jeunes poulets qu’aux petits chats. Du reste, elle est bonne mère et n’a jamais croqué aucun de ses nourrissons. On raconte qu’à sa première couvée, elle en prit un par le cou et le monta jusqu’au premier. La course était un peu trop longue, la chair du nouveau-né un peu trop tendre, si bien que le sang coula sous les dents de la chatte. Ce sang ne lui inspira aucune mauvaise pensée, au contraire. Elle lécha la plaie jusqu’à complète guérison. 

Il y a un an environ que cette singulière bête arrivait, on ne sait ni d’où ni comment, chez sa maîtresse d’adoption. Dès le lendemain, on la trouvait étendue sur des œufs abandonnés. On eut beau la chasser, dans la crainte qu’elle ne cassât ces œufs, elle y revint avec une telle persévérance qu’à la grande surprise de tous, elle amena un beau jour l’éclosion de la nichée. Aujourd’hui, vingt poulets environ lui doivent leur arrivée dans ce monde. 

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1887.