chefs-d’œuvre

Le roi Lear 

Publié le Mis à jour le

degas

Arsène Alexandre, parlant des derniers moments de la vie de M. Degas, nous apprend que, devenu presque aveugle, le vieillard quittait chaque après-midi le boulevard de Clichy, et marchait à grands pas jusqu’à la nuit au hasard, dans Paris.

Il rentrait fort tard, et les quelques rares personnes qu’il fréquentait encore craignirent souvent qu’il ne lui advint malheur. Mais M. Degas n’admettait pas d’être accompagné en ces courses éperdues. Tel un vieux roi Lear de la peinture, il partait, chassé de chez lui par l’horreur de la solitude, le désespoir de ne plus peindre, et un effroi de la mort dont l’idée, avoua-t-il, le hantait jusqu’à l’obsession. 

Ses collections, depuis qu’il avait dû quitter son double appartement par suite d’expropriation, étaient entassées pêle-mêle, Greco avec Perronneau, Gauguin auprès d’Ingres, par terre, dans l’atelier. Nul n’avait le droit d’y toucher, de retourner les toiles, de les épousseter. 

Est-il rien de plus pathétique que la fin de cet artiste, misanthrope, seul, ne voulant parler à âme qui vive, mourant, sans enfants, sans foyer, parmi des chefs-d’œuvre que ses yeux ne peuvent plus adorer ? On songe à la mort du grand Tolstoï, s’échappant un soir, hagard et affolé, et qu’on retrouva demi-vêtu, grelottant de froid, sur le banc d’une petite gare de Russie.

« Le Carnet de la semaine. » Paris, 1918.

 

Publicités

Réforme de l’orthographe

Publié le Mis à jour le

bonnet-ane

La question de la réforme de l’orthographe a pris une certaine importance depuis quelque temps. L’un des promoteurs les plus actifs de cette réforme est certainement M. Barès qui y consacre depuis nombre d’années son temps et son argent. Voulant donner une forme pratique aux principes qu’il défend, M. Barès a fait une grammaire résumant les règles qui lui paraissent devoir constituer la structure de notre idiome écrit et parlé.

On le voit, c’est une révolution ayant pour conséquence la transformation de notre langue, révolution qui ferait que nos enfants liraient difficilement Racine, Bossuet, Victor Hugo et Lamartine. Tout en reconnaissant qu’avec les siècles une langue se modifie et que la nôtre peut être simplifiée, et tout en admirant la persévérance avec laquelle M. Barès poursuit la campagne qu’il a commencée, nous pensons que les lettrés conserveront longtemps encore une forme de langage qui a produit tant de chefs-d’œuvre.

La simplification de l’orthographe sera l’œuvre du temps et nous ne pensons même pas que le décret de M. Leygues puisse en hâter l’accomplissement.

« La Revue scientifique du Limousin. »  Musée national Adrien Dubouché, Limoges, 1899. 
Illustration : Benjamin Rabier.