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Le train-surprise

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Une compagnie anglaise de chemins de fer vient de tenter une assez singulière expérience afin de ramener à elle les voyageurs dont le nombre diminue depuis quelque temps. 

Son directeur, humoriste et psychologue, a trouvé le moyen d’éviter au voyageur la fatigue d’une décision à prendre. Ni le préposé à la délivrance des billets, ni le client, ne doivent soupçonner le but du voyage. Peut-être le mécanicien l’ignore-t-il lui-même. Un train de plaisir est prêt à rouler vers l’inconnu. On sait l’heure du départ, on ignore celle de l’arrivée, et l’on ignore surtout la direction. Un tarif unique permet l’accomplissement de ce miracle. 

Au bout de 6 ou 12 heures de voyage, les amateurs d’imprévu se trouvent transportés en telle ou telle ville célèbre pour ses monuments, au bord de telle plage à la mode ou au pied de telle montagne. 

Ce train-surprise obtient le plus vif succès ! 

« L’Européen. » Paris, 1932. 

Pour attirer la clientèle

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Ceux qui, à l’époque des vacances, s’entassent péniblement dans des compartiments bondés auraient du mal à croire qu’il y eut un temps où les Compagnies de chemins de fer se voyaient obligées d’offrir des distractions aux voyageurs pour s’attirer leur clientèle. 

Pourtant, tel fut le cas en Angleterre quand la première voie ferrée partant de Londres même : celle de Greenwich, fut mise en service. Les Anglais, traditionalistes comme chacun sait et grands amateurs de chevaux, étaient dans leur ensemble défavorables au nouveau genre de locomotion qui menaçait de faire disparaître les anciennes diligences. Aussi la Compagnie, pour remplir ses wagons, dut-elle installer à diverses stations du parcours des orchestres dont les musiciens, habillés d’un uniforme semblable à celui des gardes de la Tour de Londres, jouaient des airs entraînants. 

Le public se laissa prendre au piège et bientôt on dut refuser du monde. Inutile de dire que, sitôt le but atteint, les musiciens disparurent. Mais l’habitude était prise de voyager en chemin de fer.

Wagons aménagés

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train-wagonsCe fait-divers, pour finir cette année 2015, est l’histoire de voyageurs qui ne se fâchèrent pas outre mesure du mauvais traitement que leur fit subir la Compagnie en les traitant comme des veaux. Ils prirent même le parti d’en rire… et d’en mugir !

A l’occasion des fêtes de l’Assomption, la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, avait comme on le sait, organisé des trains de plaisir pour le Havre. En trois jours, cette Compagnie a transporté plus de cinquante mille voyageurs. C’est dire que tout le matériel de la voie était employé. Aussi se vit-elle obligée pour transporter les voyageurs, se rendant du Havre à Montivilliers, d’employer trois des wagons dits « aménagés ». Ce sont des wagons à bestiaux dans lesquels on place des banquettes et qui peuvent servir en cas de mobilisation.

Les voyageurs peu flattés des voitures dans lesquelles on les avait placés, crurent devoir témoigner leur mécontentement en imitant le cri des bestiaux dont ils occupaient les wagons. Ceux qui avaient commencé par se fâcher, firent bientôt comme leurs compagnons, et tous les voyageurs criaient à tout bout de champ et à tous propos « meu… meu… » et les rires d’éclater !

Un employé venait-il demander un billet pour le contrôler que tous les voyageurs à la fois répondaient en criant : « Meu… meu… »

Le chef de la gare de Montivilliers que ces mugissements avaient agacé eut le mauvais esprit de se fâcher et voulut faire taire les mugissements. Il demanda lui-même les billets à la porte de sortie, mais le premier voyageur qui se présenta lui répondit : « Meu… meu… » Puis jugeant, en sa qualité d’animal, qu’il ne pouvait sortir par la porte des voyageurs, il se précipita vers la cour des marchandises où tous les autres voyageurs le suivent en criant : « Meu… meu… »

La colère du chef de gare est à son paroxysme, il veut verbaliser ; il appréhende un voyageur au collet et lui demande ses noms. « Meu… meu… » répond ce dernier. Les assistants voyant un des leurs aux prises avec ce fonctionnaire se précipitent sur celui-ci, l’écartent à coups de tête et finissent par pouvoir sortir de la gare par la porte réservée aux bestiaux.

Le chef de gare, affolé, vient, dit-on d’adresser une demande à l’administration de la Gran plaza de toros de Paris, pour être engagé comme toréador. Ce sera un début à sensation.

« La Joie de la maison. » Paris, 1892.

Le linocalcium au service de l’hygiène

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Le linocalcium est un nouveau produit présentant exactement l’aspect du linoléum et que la Compagnie des chemins de fer  vient d’adopter pour couvrir le plancher des wagons. Il est fait de carbure de calcium aggloméré, soutenu par un robuste entoilage.

Le linocalcium est un nouveau produit présentant exactement l’aspect du linoléum et que la Compagnie des chemins de fer  vient d’adopter pour couvrir le plancher des wagons. Il est fait de carbure de calcium aggloméré, soutenu par un robuste entoilage.On sait, combien étaient vaines, jusqu’à ce jour, les prescriptions enjoignant aux voyageurs de ne pas cracher sur le sol des voitures. Avec le linocalcium, tout change : un simple avis informera les voyageurs que si, par hasard, ils crachent par terre, le tapis dégagera tout aussitôt une insupportable odeur d’ail. Cela suffit pour que tous les voyageurs soucieux de leur confort évitent de cracher par terre. Pour la première fois peut-être, les prescriptions du comité d’hygiène se trouveront ainsi respectées.

Les premiers essais n’avaient donné aucun résultat pour une raison fort simple, c’est qu’ils avaient été faits par les Chemins de fer du Midi. C’est là un piquant détail qu’il n’était pas inutile de rappeler pour l’histoire anecdotique de la science contemporaine.

« Inventions nouvelles et dernières nouveautés  » Gaston de Pawlowsk, E. Fasquelle, Paris,1916.

Les pommes soufflées

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Comme pour beaucoup de grandes inventions le hasard joue ici un rôle prépondérant, et il faut ranger celle des pommes soufflées, des adorables pommes soufflées, au nombre des inventions qui sont le plus agréables à l’humanité.

C’est parce qu’il vit tomber d’une branche ce fruit qui perdit notre mère Eve que Newton découvrit les lois de l’attraction universelle. C’est parce qu’un train eut du retard que vous pouvez aujourd’hui entourer votre entrecôte de ces succulentes merveilles que sont les pommes soufflées. On inaugurait la ligne de chemin de fer qui passe pour avoir été la première qui fonctionna en France, celle de Paris à Saint-Germain. La vérité, c’est que le chemin de fer fonctionnait déjà entre Lyon et Saint-Etienne et entre Beaucaire et Alais (Alès) : les gens de Beaucaire ne sont pas peu fiers d’avoir eu une gare dès 1833 !

Bref, l’ingénieur Flachat venait de construire ce chemin de fer de Paris à Saint-Germain qui amusait tant les Parisiens du temps des chapeaux à la Paméla, des pantalons de Nankin et des gardes nationaux. On ne conçoit point d’inauguration sans banquet ni discours. Le menu du banquet comportait, comme pièce de résistance, un filet de boeuf aux pommes frites. Malheureusement, le train officiel eut du retard. Le chef était persuadé qu’un train qui marchait pour la première fois et qui transportait d’illustres personnages se piquerait d’exactitude. Il avait mis ses pommes de terre dans la friture crépitante pour qu’elles fussent à point à l’heure fixée.

Le train se faisant attendre, il dut les enlever de leur bain bouillant. Quand enfin Louis-Philippe et la reine Amélie parurent dans la salle du banquet, aux accents de la fanfare locale, il replongea bien vite ses pommes de terre dans la graisse, se demandant avec angoisse ce qui allait se produire…

Et le miracle fut !… Les pommes se gonflèrent comme des bulles d’or, fines, savoureuses, à la fois molles et croustillantes… Le maître-queux reçut des compliments unanimes et Louis-Philippe redemanda deux fois de ces pommes incomparables…

« Le Pêle-mêle  » Gaston Derys, Paris, 1895.