cheval

A dada sur mon taureau

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monture-taureauIl est peu de cavaliers, croyons-nous, qui tenteraient de se servir du taureau comme monture.

C’est cependant le cas de M. W. Beeby, qui, à la suite d’un pari, a tenté l’expérience à Derby. On remarquera qu’il est monté sans selle, ce qui rendait l’essai d’autant plus difficile encore.

Le cavalier assure que le taureau est beaucoup plus docile que beaucoup de chevaux, et se laisse très aisément conduire.

Paris, 1910.

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Persuasion

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daumierLe cheval veut être décidément le lion à la mode. Après avoir voulu combattre à Lyon et au Grand-Hôtel le bœuf à la mode, il a combattu et vaincu l’Anglais sur le turf. Voilà donc le cheval qui mérite d’être couronné; mais je ne me déciderai pas encore à l’admettre à ma table, malgré la campagne gastronomique qui se poursuit en son honneur. 

Tout à l’heure encore, j’ouvre un journal et j’y trouve un éloge tout académique de la viande de cheval, avec une anecdote finale faite exprès pour dessert, comme certaines devises faites exprès pour bonbons. 

« Un homme de beaucoup d’esprit (dit ce gazetier hippique), un journaliste qui rédige toutes les semaines, dans un journal sérieux, une Chronique lue avec avidité, avait contre la viande de cheval une profonde répugnance, qu’on lui avait inspirée dans sa jeunesse. Il avait toujours refusé de goûter à cette viande maudite. Un de mes amis, chez qui il dîne souvent, lui dit un jour, après lui avoir fait manger un excellent plat :

C’est du cheval que je t’ai fait servir.

Dénégation énergique de la part du journaliste, combattue par tous les autres convives qui avaient reçu le mot d’ordre. Notre homme d’esprit finit par dire qu’on n’avait pas eu tort; qu’il commençait à sentir la malfaisante action du cheval.

En effet, il fut indisposé pendant tout un jour, et cependant c’était du très bon bœuf qu’il avait mangé ! »

« La Salle à manger. » Paris, 1865.
Gravure : « Les Hippophages« , Honoré Daumier.

Le jockey à la crécelle

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jockeysUn jockey anglais reçut une verte semonce il y a quelque temps, à Folkestone, pour avoir stimulé son cheval, en fin de course, non point avec la cravache (comme le veut la tradition) mais en utilisant une crécelle. 

Eh ! oui ! une crécelle !… qu’il faisait tourner à l’oreille de la pauvre bête dans les dernières foulées et qui donna littéralement des ailes à la monture… Le jockey a ainsi arraché la victoire sur le poteau. Mais il a été invité à ne pas recommencer… Il a allégué comme excuse qu’il trouvait inhumain de fustiger son cheval et que du moment qu’il pouvait lui faire… mettre de l’avance à l’allumage sans employer les coups, il n’avait pas à hésiter. 

Regrettons que son argumentation n’ait point prévalu. Si l’on laissait aux jockeys le choix du moyen le plus propre à emballer leurs coursiers, on verrait peut-être des arrivées au tambour de basque, aux castagnettes, à l’ophycléide ou au sifflet à roulettes… 

Et ce serait rudement croquignolet.

« La Vie parisienne. » Paris, 1938.

La dernière halte

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Dryburgh-abbaye
Ruines de l’abbaye de Dryburgh.  LeCardinal

Lord Glenconner avait fait don à la nation britannique de l’abbaye de Dryburgh, où repose Walter Scott. On raconte, à ce propos, une anecdote touchante.

Walter Scott, qui avait choisi lui-même le lieu de sa sépulture, se rendait fort souvent de son château d’Abbotsford à l’abbaye de Dryburgh à cheval. Le romancier menait sa monture le long des berges verdoyantes de la rivière Dee et avait coutume de s’arrêter à certain point de la route pour admirer le paysage. 

Le jour des obsèques de l’illustre écrivain, le cheval fut placé derrière le corbillard de son maître, qu’il suivit, tenu à la bride par un groom. Au moment où le cortège atteignait la halte favorite de Walter Scott, le cheval s’arrêta de lui-même. Ordre tout aussitôt donné au cocher du corbillard d’arrêter le convoi et d’attendre que la bête consentît à reprendre sa marche.

La halte s’était renouvelée pour la dernière fois.

Photo d’illustration : LeCardinal

Le poltron

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rognolet

Quand Robespierre, pour s’organiser une apothéose, eut décrété une fête à l’Être-Suprême, il voulut se mettre à même de figurer dignement dans cette solennité de son invention. Y paraître à pied eut été trop bourgeois. Dans un char eut été trop empereur romain. C’est donc à cheval qu’il fallait qu’il se montrât. Malheureusement l’avocat d’Arras manquait de tout talent équestre.

« Qu’à cela ne tienne, se dit-il , avec un peu de temps, d’argent et d’adresse, j’y parviendrai bien. »

Il oubliait le courage. Il en faut peu, mais il en faut toutefois pour affronter la vaillante bête. Et ce peu de courage, Robespierre ne l’eut pas. C’est au parc de Mousseaux qu’il allait pour prendre ses leçons et pour se donner, à tant le cachet, la dignité réclamée pour sa future dictature. On avait choisi le cheval le plus soumis, une vraie haquenée de noble dame. N’importe, Robespierre eut peur. Vingt fois il renouvela l’épreuve, et toujours inutilement. Il dut y renoncer. Aussi, à la fête de l’Être-Suprême, il parut à pied, un bouquet à la main.

Ne croyez pas que cette anecdote a été inventée. Un historien de la révolution, M. Paganel, a parlé de ce fait trop inconnu :

« C’est une chose bien étrange, dit-il, que Robespierre, si hardi d’ailleurs, n’ait jamais pu se résoudre à monter à cheval. Qu’il ait osé de loin, aspirer au pouvoir suprême, et qu’il soit resté glacé de frayeur devant l’animal le plus courageux et le plus nécessaire pour les grandes entreprises. Qu’il ait tracé et presque exécuté un système de dépopulation, dont la simple conception suppose le sang-froid le plus imperturbable, et qu’après plusieurs épreuves faites au jardin de Mousseaux, il ait, timide et tremblant, renoncé à guider les rênes d’un cheval doux et docile. »

On en parla dans Pari , mais bien bas et sans rire, quoique la chose y prêtât bien. Pas un théâtre n’osa risquer le plus petit trait contre le cavalier poltron. Le Cirque eut seul le courage de la parodie. Il est vrai que seul aussi il avait les moyens de la faire complète. Et cette parodie, cette farce, s’est jouée pendant plus de soixante ans devant un public ignorant ce qu’elle cache, et qui dans les premiers temps en eût certes tremblé, s’il eût pu le savoir.

Le cavalier peureux porte encore aujourd’hui un costume à peu près pareil à celui que devait porter Robespierre. On aurait bien voulu pouvoir aussi lui donner son nom, mais c’eût été trop d’audace, on n’osa pas. On s’en tint pour la ressemblance à la première syllabe. Le tailleur, héros de cette farce terrible, s’appelle Rognolet.

« L’Argus et le Vert-vert réunis. » Lyon, 1857.

Le vieux cheval

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charles-d-anjouCharles, roi de Naples, rendait tous les jours, la justice à ses sujets, assisté de ses ministres et de ses conseillers. Dans la crainte que les gardes ne fissent pas entrer les pauvres, il avait fait placer, dans la salle même où il donnait ses audiences, une sonnette dont le cordon pendait hors de la première enceinte.

Un vieux cheval, abandonné de son maître, vint se frotter contre le mur, et fit sonner :  

Qu’on ouvre, dit le roi, et faites entrer.
Ce n’est que le cheval du seigneur Capece, dit le garde en rentrant.

Toute l’assemblée éclata de rire.

Vous riez, dit le prince, sachez que l’exacte justice étend ses soins jusque sur les animaux. Qu’on appelle Capece.

Ce seigneur étant arrivé, le roi demande :

Qu’est-ce que c’est que ce cheval que vous laissez errer ? 
Ah ! mon prince, répond le cavalier, il a été un fier animal dans son temps : il a fait vingt campagnes sous moi. Mais enfin il est hors de service, et je ne suis pas d’avis de le nourrir à pure perte.
Le roi mon père vous a cependant bien récompensé.
Il est vrai, j’en suis comblé.
Et vous ne daignez pas nourrir ce généreux animal, qui eut tant de part à vos services ? Allez de ce pas lui donner une place dans vos écuries, qu’il soit tenu à l’égal de vos autres animaux domestiques. Sans quoi je ne vous tiens plus vous-même pour loyal chevalier, et je vous retire mes bonnes grâces.

Jean-Baptiste Blanchard. « L’école des moeurs, ou Réflexions morales et historiques sur les maximes de la sagesse. » Lyon, 1798.

La sieste des hommes-affiches

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hommes-affiches

Il est midi. C’est l’heure des déjeuners, et, comme la Réclame sait que ventre affamé n’a plus d’yeux que d’oreilles, elle se repose.

Les véhicules enluminés stationnent alignés au bas des trottoirs, pendant que leurs attelages étirent leurs membres fatigués et allument la réconfortante cigarette.

Pour être immobiles, ces véhicules n’en conservent pas moins leur aspect hétéroclite pour tous, terrifiant pour les quadrupèdes, et comme leur station immobile coïncide avec la rentrée des manèges, elle met au désespoir les écuyers chargés de veiller sur les premiers pas des jeunes amazones, dont les montures consternées manifestent de diverses manières leur invincible répugnance.

« À travers Paris. » Texte et dessin de Crafty. Paris, 1894.
Illustration : La sieste des hommes-affiches, place de la Concorde. Crafty  (1840-1906).