chevalier

Le vieux cheval

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charles-d-anjouCharles, roi de Naples, rendait tous les jours, la justice à ses sujets, assisté de ses ministres et de ses conseillers. Dans la crainte que les gardes ne fissent pas entrer les pauvres, il avait fait placer, dans la salle même où il donnait ses audiences, une sonnette dont le cordon pendait hors de la première enceinte.

Un vieux cheval, abandonné de son maître, vint se frotter contre le mur, et fit sonner :  

Qu’on ouvre, dit le roi, et faites entrer.
Ce n’est que le cheval du seigneur Capece, dit le garde en rentrant.

Toute l’assemblée éclata de rire.

Vous riez, dit le prince, sachez que l’exacte justice étend ses soins jusque sur les animaux. Qu’on appelle Capece.

Ce seigneur étant arrivé, le roi demande :

Qu’est-ce que c’est que ce cheval que vous laissez errer ? 
Ah ! mon prince, répond le cavalier, il a été un fier animal dans son temps : il a fait vingt campagnes sous moi. Mais enfin il est hors de service, et je ne suis pas d’avis de le nourrir à pure perte.
Le roi mon père vous a cependant bien récompensé.
Il est vrai, j’en suis comblé.
Et vous ne daignez pas nourrir ce généreux animal, qui eut tant de part à vos services ? Allez de ce pas lui donner une place dans vos écuries, qu’il soit tenu à l’égal de vos autres animaux domestiques. Sans quoi je ne vous tiens plus vous-même pour loyal chevalier, et je vous retire mes bonnes grâces.

Jean-Baptiste Blanchard. « L’école des moeurs, ou Réflexions morales et historiques sur les maximes de la sagesse. » Lyon, 1798.

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La comtesse et l’officier

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Madame-de-Saint-Baslemont

L’un, des plus extraordinaires duels de femmes fut celui que, dans ses mémoires, raconte l’abbé Arnaud.

La comtesse de Saint-Baslemont, fille d’un seigneur de Lorraine, mariée à un valeureux soldat sans cesse occupé à guerroyer, loin de son château, gérait avec vigilance et énergie les propriétés familiales durant l’absence de son mari et ne permettait point que nul roturier ou noble y commit des déprédations ou molestât quelque paysan de ses terres.

Un jour, un officier de cavalerie, de passage dans un hameau dépendant de la seigneurie, s’y conduisit fort mal vis-à-vis des habitants, ce dont ils se plaignirent à la comtesse. Aussitôt celle-ci, fort poliment, envoya un messager au malotru pour lui faire d’énergiques remontrances. L’autre n’en tint pas compte et se moqua du message. Voyant cela, la comtesse de Saint-Baslemont lui fit tenir un billet dans lequel elle le provoquait en duel, fixant le lieu, le jour et l’heure, pour venger, disait-elle, l’insulte faite à sa belle-soeur et elle signa :  « Le chevalier de Saint-Balmont. »

L’officier accepta le défi. A l’endroit fixé, il trouva la comtesse qui i attendait déguisée en homme. Comme elle était de taille assez élevée avec un visage aux traits presque masculins, l’officier ne s’aperçut point de la supercherie. Les deux adversaires se battirent avec acharnement, mais la comtesse, qui était une escrimeuse de première force, fit sauter l’arme de son adversaire et lui dit alors galamment en se faisant connaître : 

Monsieur, ce n’est pas contre le chevalier de Saint-Baslemont que vous vous êtes battu, mais contre sa femme. Ramassez votre épée et désormais ayez plus de considération pour les prières des dames. 

Puis elle s’éloigna, laissant son adversaire plein de honte. Le lendemain, il quittait le village à la première heure et jamais plus on ne le revit sur les terres des Saint-Baslemont.

« Midinette. Journal. »  Paris, 1937.

Une histoire merveilleuse

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L’avidité avec laquelle on s’occupe en ce moment de sciences occultes, de magnétisme, d’évocations, fera lire avec quelque intérêt peut-être une histoire étrange, incroyable, que nous raconte le chroniqueur du Courrier de Paris :

« Une dame, Mme de X…, appartenant à la haute société, avait loué, à quelques lieues de Paris, un château pour y passer la belle saison. Cette dame et sa fille, jeune personne de seize ans, belle, sympathique, très grande et très formée pour son âge, étaient parties la semaine dernière avec quelques parents et leur maison qui est nombreuse.

Dès la première nuit, Mlle de X… est éveillée par un bruit étrange. Il lui semble entendre un pas lourd qui s’avance lentement dans une longue galerie qui précède sa chambre à coucher. Tout à coup, Mlle de X… aperçoit un chevalier revêtu d’une armure de fer, qui semble avoir passé au travers de la porte sans l’ouvrir. Le chevalier tout couvert de fer s’avance vers le lit de la jeune personne glacée de terreur. La visière du spectre est levée, sa tête est une tête de mort; seulement ses yeux phosphorescents lancent de leurs orbites vides un regard de l’autre monde. Le spectre passe devant le lit de la jeune personne, tourne lentement son sinistre regard et disparaît dans la muraille.

La jeune personne se hâte de raconter à sa mère cette effrayante apparition. La mère inquiète fait appeler un médecin; celui-ci augmente les inquiétudes de la mère, il la fait douter de la raison de sa fille.

Avant de suivre les conseils du médecin, la mère a l’idée de passer la nuit suivante auprès de sa fille. Elle se couche, en effet, dans le même lit. A la même heure, on entend le même bruit de pas; le chevalier, couvert de son manteau, se montre de la même manière, traverse la chambre, tourne ses regards sur les deux femmes, et disparaît comme la veille. Mme de X… s’élance courageusement du lit, se précipite vers la fenêtre pour appeler. Elie voit le chevalier monter un cheval noir qui s’élance et vole sur les prairies sans courber l’herbe sous ses sabots phosphorescents. Les morts vont si vite.

La mère ne peut plus croire à une folie de sa fille, ni à une hallucination. Elle raconte cette aventure à son frère, officier de cavalerie, qui, ne croyant pas du tout aux apparitions, soupçonne quelque mauvais tour d’un mystificateur ou d’un malfaiteur. Il promet de se cacher la nuit suivante dans la chambre de la jeune personne et d’attendre l’apparition, si elle ose se montrer.

En effet, la nuit suivante, les deux femmes s’étant mises au lit, le frère de Mme X… s’assied au pied du lit, se cache sous le rideau avec son sabre sous le bras et attend.

A la même heure, les mêmes phénomènes se manifestent; le chevalier se montre et traverse la chambre. Le frère de Mme X… sort de sa cachette et s’avance vers le fantôme en lui ordonnant de s’arrêter. Le chevalier semble ne pas avoir entendu cet ordre ni vu celui qui le lui adresse; il s’avance toujours vers le lit. L’officier alors lève son sabre et porte au chevalier un coup terrible. L’armure de fer, frappée par le sabre, ne rend aucun bruit; le sabre passe au travers du fantôme sans que celui-ci ait l’air de s’en douter. L’officier, stupéfait, laisse tomber son sabre inutile, le fantôme passe devant le lit et s’évanouit comme la veille dans la muraille.

Voilà le fait. Je le raconte sans y croire. Je ne songe pas à expliquer cette hallucination partagée par trois personnes dignes de foi. Ce qui est vrai dans tout ceci, et ce que je me borne à constater, c’est que Mme de X… a loué un château aux environs de Paris; qu’elle est allée l’habiter avec sa famille; qu’elle, sa fille et son frère sont convaincus qu’ils ont réellement vu ce que je viens de raconter, et qu’a la suite de cette triple apparition, après trois jours passés au château de Mme de X…, qui l’a loué pour toute la saison, est précipitamment revenue à Paris avec sa famille.

Elle ne retournera plus au château, et partira dans quelques jours pour Baden. »

« Le Journal monstre : courrier et bulletin des familles. »  Léo Lespès, Paris 1857. 

Vous êtes mis à pied, chevalier !

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chevalier

« Cet employé s’est fait mettre à pied » dit-on communément de l’homme à qui ses chefs ont imposé un chômage, qui prend le caractère de punition par cela que la privation de traitement en est la conséquence. Cette manière de parler s’applique très souvent à des employés dont le service ne s’accomplit ni à cheval ni sur un véhicule quelconque.

Pour en trouver l’origine dans son sens positif, il faut évidemment se rappeler la tradition romaine qui conférait au censeur le droit d’interdire au chevalier qui avait démérité l’usage du cheval que lui avait donné la République.

Cette mise à pied constituait une sorte de dégradation et de note infamante, puisqu’elle excluait celui qui en était frappé de l’ordre des chevaliers. Cette chevalerie tirait son origine des trois cents jeunes gens dont Romulus forma sa garde, et qu’il nomma Célères (du nom de l’un d’entre eux, qui était un marcheur d’une rapidité remarquable). L’ordre des chevaliers tenait à Rome le milieu entre le sénat et le peuple, et formait comme un lien unissant les plébéiens avec les patriciens. Pour y être admis, il suffisait d’être né libre, d’avoir environ dix-huit ans et quatre cent mille sesterces de revenu. Le cheval que montaient les chevaliers leur était donné par la République. Ils portaient au doigt un anneau d’or, différent de celui du peuple, qui était de fer. Leur tunique était brodée d’ornements en forme de clous, ce qui la faisait nommer angusticlave. Ils avaient des places d’honneur aux assemblées et spectacles publics.

La dignité de chevalier approchait de celle de sénateur; c’était d’ailleurs parmi les chevaliers qu’étaient choisis les nouveaux membres du sénat. Chaque année, vers le milieu du mois de juillet, tous les chevaliers, ayant une couronne d’olivier sur la tête, revêtus de leur robe de cérémonie, montés sur leurs chevaux et portant les ornements militaires qu’ils avaient reçus des généraux pour prix de leur valeur, formaient un défilé, allant du temple de l’Honneur, qui était hors des murs, au Capitole. Là se tenait assis le censeur, qui les passait en revue: si quelque chevalier menait notoirement une vie dissolue, s’il était prouvé qu’il avait diminué son revenu, au point qu’il ne lui en restât pas assez pour tenir dignement son rang de chevalier, ou s’il avait eu peu de soin de son cheval, le censeur lui ordonnait de le rendre. Il était alors noté de paresse et exclu de l’ordre. Si, au contraire, le censeur était content, il lui ordonnait de passer outre avec son cheval. Le censeur, la revue achevée, lisait la liste des chevaliers celui qui était nommé le premier portait pendant l’année le titre de Prince de la jeunesse.

La guerre était la principale fonction des chevaliers, mais ils avaient aussi le droit de juger un certain nombre de causes conjointement avec le sénat. En général, ils étaient en haute réputation d’intégrité, et c’était parmi eux que l’on prenait les hommes chargés du maniement des deniers publics.

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« Curiosités historiques et littéraires  » Eugène Muller, C.Delagrave, paris, 1897.