Chicago

Le syndicat des laides

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harpies3.000 femmes se sont réunies. Qu’elles fussent toutes laides comme des harpies, la question n’est pas là.

Ce qu’il importe de remarquer, c’est que toutes proclamèrent leur laideur, se firent gloire de leurs disgrâces, en des discours véhéments où les jolies femmes en prirent pour leur rhume et où le sexe fort fut solidement houspillé. La présidente, une quinquagénaire abondamment pourvue de désavantages physiques, lança à la fin de la séance un appel en faveur de la création d’un Club. 

A l’unanimité, cette proposition fut adoptée. Le Club des femmes laides était fondé. 

Il est à peine besoin d’ajouter que ces choses se sont passées à Chicago.

Paris, 1913.

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Maison hantée 

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M. J. Denterlander possède à Chicago, 3375 South Oakley Avenue, une maison de rapport. La Commission chargée de répartir l’impôt avait cru devoir taxer cet important immeuble sur le pied d’un loyer de douze mille dollars.

M. Denterlauder a protesté. Loin de lui fournir des bénéfices, sa maison ne lui donne que de l’ennui : il a toutes les peines du monde à la louer parce qu’elle est hantée. Une jeune femme y est morte dans des conditions mystérieuses, probablement assassinée, et depuis lors, les autres locataires sont réveillés sans cesse par des gémissements et des cris. C’est la défunte qui réclame vengeance et veut qu’on livre ses meurtriers à la justice. 

Et cela dure depuis quatre ans ! 

La Commission de répartition a estimé qu’un tel immeuble devait être détaxé. « N’est-ce pas la reconnaissance officielle des revenants ? » demande un journal. 

Pourquoi refuser d’habiter une maison si intéressante ? Bien des gens feraient le voyage même de Chicago pour voir un revenant. Mais les revenants yankees ne se laissent pas voir par des yeux d’Européens. 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1914.

L’incompris

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al-caponeM. Geo London qui est magnifiquement documenté sur les bandits de Chicago, a pu avoir, en août dernier, une entrevue avec Al Capone qu’on surnomme là-bas « Scarface » (le Balafré), le « Big Boy », ou « Big Hearted Al » (Al au grand coeur)…

C’est un garçon très gentil, très estimé a Cicero, la petite ville banlieusarde où il habite bourgeoisement, et où il a de si nombreux et fervents admirateurs que ceux-ci veulent débaptiser la localité pour l’appeler Capone-ville !… Un rien !

Ah ! Paris, c’est une belle ville, a-t-il dit à Geo London. Je voudrais bien avoir le temps d’y aller un jour, mais je suis si occupé !… J’ai autre chose à faire que tuer les gens… J’ai mes business… Seulement on s’imagine que je tue… Parfois même des gens m’écrivent pour me demander de commettre des crimes pour leur compte. Une grande dame anglaise m’a écrit un jour pour m’offrir 20.000 livres sterling si je venais passer le week-end chez elle, et si j’en profitais pour la débarrasser d’un voisin gênant… Ridiculous !

Je ne spécule pas… Je place mon argent dans mes affaires… Et puis j’aide les malheureux. J’aime a faire le bien, et je le fais chaque fois que je le peu (sic). Des hypocrites, ce pays en a vraiment trop… Il y a des politiciens qui ont un masque de respectabilité et qui sont des canailles. Ils crachent sur ceux qu’ils appellent les gangsters, et pourtant ils sont bien heureux de prendre leur argent, pour grossir leur caisse électorale…  

Vertueuse Amérique !… Il n’y a donc pas qu’en Europe qu’on trouve des politiciens corrompus…

« Ric et Rac. » Paris, 1931.

Illusion d’acoustique

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mario-lanza

Un jour, à Chicago, on donnait Paillasse de Ruggero Leoncavallo avec le célèbre ténor Enrico Caruso.

Le premier acte fut pour Caruso un triomphe avec ovations délirantes et quelques centaines de rappels. Alors l’artiste voulut mettre à l’épreuve la compétence musicale de ses auditeurs. Au deuxième tableau, le second ténor (Beppo) chante une sérénade derrière la coulisse. Caruso pria son collègue Albert Reiss de lui laisser chanter la sérénade et il la détailla de cette même voix douce et colorée qui venait de lui valoir tant d’applaudissements, mais le public écouta de cette même oreille indifférente qu’il prêtait habituellement au chant de Reiss.

Un critique influent affecta de sommeiller. On causait dans les loges, et du haut des galeries une voix cria :

« Assez de Reiss !… Caruso ! Caruso ! »

Le ténor Reiss eut du moins la consolation de s’apercevoir que son glorieux rival pouvait parfois n’être pas mieux traité que lui. 

« Revue musicale de Lyon. » Lyon, 1905.
Illustration : Mario Lanza / capture écran YouTube.

Les malandrins de Chicago

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gangsters-chicagoChaque ville a sa petite spécialité gastronomique, architecturale ou pittoresque dont elle est fière : Marseille a sa Canebière, Dijon a sa moutarde, Nice a son Carnaval,  Le Caire a ses âniers, Paris a ses députés, Venise a ses gondoliers… Chicago a ses bandits.

Ils sont réputés dans le monde entier, les bandits de Chicago, et il ne se passe guère de semaine sans que l’univers retentisse du bruit de leurs exploits. Leur effectif s’élève dit-on à 50 000 hommes, dont les meilleurs « professionnels » formant l’élite de la corporation, sont organisés en plusieurs troupes rivales commandées par d’illustres gangsters, Bugs-Moran,_Al Capone et tutti quanti… Ces grandes compagnies qui souvent se livrent entre elles de véritables batailles rangées, image de la guerre civile, possèdent un outillage particulièrement soigné : mitrailleuses, autos blindées, canons, grenades, laboratoires de bombes et de gaz toxiques… Ce qui leur permet -de tenir en échec la police, fort bien armée elle aussi, et très active.

La ville de Chicago est donc le fief incontesté des malandrins et des bootleggers, et c’est là seulement qu’on peut assister à ce fameux et étrange spectacle, unique au monde, connu sous le nom de « Show Up ».gangstersLe Show Up est une exposition de malfaiteurs, que la police organise deux fois par semaine dans ses bureaux, le mercredi soir et le samedi après-midi. On amène là, et on place sur un rang, bien en vue, comme pour un concours de beauté, tous les gens sans aveu arrêtés dans les dernières rafles. Le public est invité à entrer (principalement les citoyens qui ont été victimes ou témoins de vols ou de violences dont les auteurs ont réussi à s’échapper), à examiner les sujets présentés, et s’il y a lieu, à les reconnaître et à dénoncer leurs forfaits.

Cependant, les bandes bien administrées possèdent une caisse de défense contre la justice, de sorte que les malfaiteurs sont pécuniairement soutenus dans leurs procès : on leur donne de bons avocats, on achète des témoins en leur faveur, on essaie de graisser la patte aux juges. De sorte que beaucoup d’entre eux peuvent poursuivre jusqu’au bout leur carrière, tel Al Capone. Celui-ci ayant fait fortune dans la vente illicite des bières et du whisky, aspire maintenant au repos complet et projette d’abandonner son titre et ses fonctions de chef de bande. En outre, il ne veut plus remettre les pieds à Chicago.al-caponeSon intention est de vendre sa propriété de Palm Beach, en Floride, qui fut le théâtre de nombreuses difficultés cadrant mal avec sa dignité de millionnaire, et de faire construire, à 30 milles au nord de Miami, un autre domaine. Sa nouvelle propriété aura une étendue de 1400 ares et sera entourée d’un mur de construction solide d’une hauteur de trois mètres, car, a-t-il dit, « il y a maintenant tellement de malhonnêteté… »

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Paris, 1930.

Une autre existence

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chicago-1935

Par un beau matin de mai, le respectable agent d’assurances Harry  Havery se rendit, à son habitude, à la pêche, son délassement dominical.

Il s’installa dans un site pittoresque, à bord d’un canot, à Long Island Sound, aux environs de New York. Mais le poisson s’obstinait à ne pas mordre, et un copain conseilla au pêcheur de changer de rive. Havery ramassa ses engins de pêche et rama vers la rive opposée. On ne devait plus le revoir. Les recherches entreprises firent découvrir, allant à la dérive, le canot vide avec les lignes et la veste de Havery. On conclut à un accident. 

Un an après, un fait divers survenait dans le quartier de Chicago dit « Loap », qui semblait n’avoir rien de commun avec l’histoire du pêcheur malchanceux. Un passant, bousculé par un camion, tombait sur la chaussée en se cognant la tête contre le trottoir. Le coup avait dû le commotionner, car il ne sut quoi répondre aux questions des agents. Mais dans sa poche on trouva une clef portant le nom d’un hôtel; on l’y transporta donc d’office. 

En effet, il fut reconnu par l’un des locataires. Alité, il perdit connaissance. Quand, plus tard, il revint à lui, il manifesta la plus vive surprise de se trouver dans une pièce et dans une ville inconnues. D’après lui, il aurait dû être installé avec ses lignes à Long Island Sound. 

L’enquête établit que Havery (car c’était lui) s’était fait inscrire à l’hôtel sous un nom étranger, dont il ne savait pas du tout expliquer la provenance. Il ignorait, du reste, tout ce qui lui était arrivé depuis un an. Pourtant, il payait sa chambre et s’absentait régulièrement, travaillait  quelque part, menant une vie active et normale. Mais il n’avait gardé aucun souvenir de cette seconde existence. La vie, pour lui, s’était arrêtée le dimanche de pêche, et un an après, le choc ayant restauré le désordre fonctionnel, il se réveillait sans se ressentir du laps de temps écoulé, tout comme les personnages de la Belle au Bois dormant qui, rappelés à la vie, commencèrent par achever le geste ébauché dans leur vie antérieure. 

Havery garda de son aventure une seule inquiétude : « Peut-être ai-je été un un malfaiteur durant cette année ?… »

« Le Monde illustré. »Paris, 1936. 

Gâteaux secs

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biscuits

Depuis qu’il a été inventé, le gâteau sec est un excellent aliment et une cause de trouble. On a puni des enfants, on a divorcé, on a tué peut-être, parce qu’en mangeant au lit des gâteaux secs les miettes rugueuses agacent et empêchaient de dormir.

Heureusement, les fabricants de biscuits secs, réunis à Chicago, nous apprennent une heureuse nouvelle. Après avoir établi qu’il y a sur le marché actuellement 157 sortes de biscuits et gâteaux secs, « qu’il y a un gâteau sec approprié pour chaque heure du jour et de la nuit », ils nous annoncent l’apparition d’un nouveau gâteau sec qu’on peut manger au lit en toute tranquillité.

Ses miettes sont si fines et si douces qu’on ne les sent pas et qu’elles sont incapables de troubler le sommeil le plus léger.

« L’Aventure : journal hebdomadaire. »  Paris, 1927.