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Solidarité canine

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2-chiensUn Terrier et un Colley, appartenant tous deux au château de Rossend, en Ecosse, braconnaient tous deux de compagnie.

Certain jour, le Terrier s’étant aventuré imprudemment dans un trou très profond, ne put en sortir quelques efforts qu’il fit. Il resta enfermé et son compagnon revint, seul au logis. Mais, le lendemain et les jours suivants, on vit ce dernier, partir de grand matin pour le bois, d’où il ne rentrait que le soir. Enfin, la septième jour après l’accident, le Colley revint, mais cette fois accompagné de son compagnon, maigre, efflanqué, à moitié mort de faim et de fatigue, et lui-même en piteux état, les pattes déchirées et la robe souillée.

On suppose qu’il a employé les sept jours qui venaient de s’écouler à déterrer son ami, et qu’il y avait réussi, moins peut être, grâce à ses propres efforts que grâce à l’amaigrissement survenu chez le Terrier par suite de la disette forcée qu’il subissait, et qui avait facilité sa délivrance. 

« Le Chenil. » Paris, 10 décembre 1903.

Réflexions

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Guillaume- Dupuytren

On m’a raconté une histoire de chien qui est vraiment surprenante. Est-ce l’effet de la civilisation, qui se ferait sentir sur l’intelligence des animaux ? mais l’esprit des bêtes se développe tellement que l’humanité fera bien de vieillir, si elle veut garder sa suprématie. L’homme ne règne sur la planète que grâce à son cerveau. Si les caniches nous égalent, que deviendrons-nous ? 

Or donc, il s’agit d’un chien qui avait eu la patte écrasée par une roue de voiture et qui, de lui-même, se transporta à la clinique de Whitechapel Road et se plaça bien tranquillement dans l’antichambre, attendant le docteur. Quand ce dernier parut, l’éminent quadrupède attira son attention par ses cris plaintifs, en montrant le membre blessé. 

Le chirurgien, qui s’appelle M. Slade, comprit de suite et, touché de tant d’intelligence, flatté même par cette marque de confiance canine, traita ce client improvisé comme un de ses malades. Après l’avoir endormi au chloroforme, il fit la réduction de l’os cassé et mit ensuite la patte dans du plâtre. Le chien guérit et, plein de reconnaissance, ne voulut plus quitter l’hôpital, dont il est la gloire. Cet animal remarquable s’appelle Rower. Il convient d’écrire son nom pour la postérité. 

D’ailleurs, les chiens français ne le cèdent pas à leurs collègues du nord de la Manche, et nous avons eu chez nous une anecdote plus admirable encore. 

Un soir, en rentrant chez lui, le célèbre chirurgien Guillaume Dupuytren  trouva devant sa porte un pauvre chien blessé, qui geignait. Pris de pitié, quoique le patient fut un affreux roquet, Dupuytren  prit la pauvre bête, la soigna et la guérit. . Il n’y pensait plus, car le chien s’était sauvé un beau jour, lorsqu’il l’aperçut soudain, au même endroit où il l’avait recueilli une première fois, paraissant l’attendre. 

Quelle ne fut pas la surprise de Dupuytren, en voyant que son ancien malade était accompagné d’un autre chien qui avait été à moitié écrasé. Le roquet, qui avait de la mémoire, sinon de la reconnaissance, avait amené un ami chez le docteur. 

A. Brandier. « Les Spectacles d’Alger. » Alger, 1937.

Un procès bizarre

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Ces calendriers perpétuels assez répandus maintenant, sur lesquels on voit trois caniches tirant la langue avec laquelle ils indiquent le quantième et la date, ont donné lieu à un procès assez amusant.

Une dame P…, possédant trois caniches qu’elle affectionnait, les fit photographier. Un beau jour, elle aperçut l’effigie de ses trois caniches reproduite sur un calendrier perpétuel.

Colère de Mme P…. à l’idée que des indifférents tireraient chaque matin la langue de ses pauvres toutous. Elle intenta un procès, attaqua l’imprimeur… Mais sa demande fut rejetée par un jugement du tribunal civil de la Seine.

Le tribunal jugea que le respect dû à la personnalité canine n’allait pas jusqu’à interdire de publier l’effigie d’un chien, sans l’autorisation de son maître. Quant aux caniches, il est présumable que la décision du tribunal leur était assez indifférente.

« Le Petit Français illustré. »  A. Colin et Cie, Paris, 1899.
Illustration : montage fait maison.

Les chiens plongeurs

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 Nous avions déjà le chat « fonctionnaire » chargé de défendre les chefs-d’oeuvre de nos Musées nationaux contre les rats et les souris ; mais il nous manquait le chien fonctionnaire. Cette lacune vient d’être comblée.

A la brigade d’agents plongeurs, fondée lors de l’Exposition, le préfet de police a ordonné d’adjoindre des chiens sauveteurs. Ils porteront un beau collier de nickel avec cette mention : « Préfecture de police, Brigade fluviale. » Chaque homme aura un Terre-Neuve. Un couple a déjà été acquis pour mille francs et les expériences auxquelles on se livre sont des plus concluantes.

Turc et César, les deux nouveaux « agents-plongeurs », logent dans une niche spécialement construite pour eux au poste du quai de la Tournelle, et ils sont attachés aux sous-brigadiers Denoix et Marieu. Chaque jour, leurs maîtres les exercent à plonger dans la Seine.

Un agent se jette à l’eau (ce qui, par cette température ne manque pas d’un certain héroïsme), et se laisse aller à la dérive en faisant le mort. Aussitôt les intelligents animaux bondissent dans le fleuve et ont tôt fait de le ramener sain et sauf à la rive. On peut être sûr que ces braves bêtes ne failliront jamais à leur tâche. Et les poètes élégiaques, qui rêvent de se noyer par amour, ne pourront plus écrire comme Emmanuel Arago :

Mon père ne veut pas que j’épouse Julie…
A quoi sert de nourrir une plaie éternelle ?
Je me tuerai ! Vivre sans elle,
Le supplice serait trop fort !
Je me tuerai !
J’irai du Pont-Neuf dans la Seine !…

Si, par hasard, quelqu’un promène un chien de Terre-Neuve au bord.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. » Paris, 1902.

Les chiens raisonnent-ils ?

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En étudiant les moeurs de la race canine on ne peut douter un moment que le chien raisonne ; il n’y a que les personnes qui ont des chiens qui peuvent attester ce fait. L’instinct évidemment sert de morale aux chiens pour les guider, mais souvent aussi ils n’exécutent certaines choses qu’à la suite d’un raisonnement.

Il y a quelques années, le soir, une voiture roulant rapidement tournait une petite rue mal éclairée. Tout à coup, un caniche se jeta au-devant des chevaux, aboyant, leur sautant, aux naseaux, leur mordant les jambes.

Le cocher voulut éloigner le chien à coups de fouet, maïs l’animal recommençait de plus belle. Le cocher, prévoyant un fait anormal, arrêta sa voiture et descendit… Il aperçut alors à quelques mètres, au milieu de la chaussée, un vieillard étendu inanimé. Le pauvre homme venait de tomber en syncope et il aurait été infailliblement écrasé sans l’intelligence de son chien.

Dans cette circonstance, il y a évidemment plus que de l’instinct… il y a un raisonnement. Le caniche a dû se faire cette réflexion :

« Mon maître est étendu sur le sol… une voiture passe et va l’écraser… Pour le préserver il faut que je trouve le moyen d’arrêter cette voiture. »

Les exemples ne manquent pas. Nous citerons encore la conduite d’un chien de berger qui appartenait, il y a quelques années, à un fermier de Seine-et-Marne.

Un soir, le fermier s’aperçut que le troupeau de moutons n’était pas complet. Il manquait une brebis et un chien chargé de la surveillance. On se mit à leur recherche, mais ce ne fut que le lendemain soir que l’on connut le motif de cette double absence.

La brebis avait mis bas deux agneaux. Comme la mère et les petits n’étaient pas en état de marcher, le chien s’était couché auprès de la petite famille et était resté deux jours à la veiller. Pendant tout ce temps, la brebis avait brouté l’herbe, les agneaux avaient tété la mère, mais le pauvre chien, lui, était resté sans boire ni manger.

Pour agir ainsi, il a fallu à ce chien, non seulement, de l’instinct, mais encore un certain raisonnement.

Dans un document de 1787, nous trouvons le fait suivant, concernant le chien d’une communauté religieuse :

A l’heure des repas, les pensionnaires tiraient une sonnette et le cuisinier leur passait leur portion par le moyen d’une boîte tournante adaptée dans la porte. Le chien de la communauté rôdait toujours à ces moments-là, certain de trouver quelques restants.

Un jour, personne ne lui ayant rien donné, il s’avise de tirer la sonnette avec sa gueule. Le garçon de cuisine, croyant que c’est une personne de la maison, passe une portion, le chien attire l’assiette avec sa patte et avale le contenu. Le lendemain, le chien recommence le même manège. Sûr de sa pitance, il ne va plus rien demander à personne.

Cependant, le cuisinier, qui s’était aperçu qu’on lui demandait une portion de plus, adressa une plainte au directeur. On fit des recherches, et on ne tarda pas à découvrir la ruse de l’animal qui, chaque jour, tirait la sonnette un des premiers et se faisait servir avant tout le monde.

On admira l’intelligence de ce chien, et pour ne pas le priver de l’impôt qu’il avait si habilement prélevé sur l’office, on continua à lui passer une portion composée de tout ce qui restait sur les assiettes.

D’après une statistique, on a calculé que, sur cent personnes, soixante possédaient, un chien ; il est certain que, sur les quarante qui restent, trente-neuf n’en ont pas par suite d’un empêchement quelconque. Il en reste une peut-être qui a de l’aversion pour cet animal.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

Photo : agence Rol.

Propos canins

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chiens

♪« Ils sont heureux les chiens ♫

♫« Qui font dans la rue, ♪

♪« Personne leur z’y dit rien. » ♫

La chanson a beau dire, les chiens ne sont pas heureux partout, car, dans le duché de Bade et dans les provinces danoises annexées à l’Empire allemand, on veut les empêcher de japper.

Ainsi, l’autre jour, l’administration prussienne de Tofthund faisait condamner à une amende de 150 marks un meunier dont le chien avait aboyé un peu trop fort aux chausses d’un fonctionnaire. Et voici que le maire d’une petite ville du duché de Bade vient de prendre un arrêté, défendant aux propriétaires de laisser leurs chiens « aboyer sans raison », sous peine de poursuites aux termes de l’article 360 du Code pénal allemand, c’est-à-dire d’une amende de 30 à 100 marks.

Les chiens ont pour japper des raisons que la raison ne connaît pas. Pour éviter à leur maître les représailles administratives, il ne leur manque que la parole, s’ils l’avaient, ils pourraient expliquer eux-mêmes aux juges la sensation de terreur, de joie ou de gourmandise qui a inspiré le jappement considéré comme séditieux.

Il y aura sùrement des erreurs judiciaires !

Et cependant, comme on devrait laisser ces braves chiens vivre à leur guise quand on pense aux services qu’ils rendent.

Ainsi, la ville de Brunswick a, pour veiller à la sécurité de ses habitants, toute une troupe de fins limiers. Ce nom est employé ici dans son sens le plus propre, car il s’agit de véritables chiens que la police a engagés pour servir d’auxiliaires à ses gardiens de nuit. Ces intelligents quadrupèdes rendent paraît-il, à l’autorité et à l’ordre, les plus précieux services.

Non seulement ils sont sans pareils pour protéger contre toute attaque les sergents de ville Brunswickois dans leurs expéditions nocturnes, non seulement ils déploient dans la poursuite des malfaiteurs une agilité que leurs chefs seraient incapables d’égaler, mais ils savent appréhender les fugitifs sans leur faire aucun mal et les ramener intégralement au commissariat le plus voisin, alors que les policiers bipèdes, avec les meilleures intentions du monde, ont tant de peine à éviter les malheurs dans leurs rapports avec les honnêtes gens. Ils suivent naturellement les pistes avec un flair dont l’artillerie elle-même ne se fait aucune idée.

Quand on les place en faction, ils restent à leur poste avec la constance qu’on peut attendre d’une espèce où tant d’individus ont mérité d’être appelés « Fidèle ». Enfin, habitués à ramasser tout ce qui traîne, ils excellent à recueillir les objets égarés, en même temps qu’ils contribuent puissamment à nettoyer les rues.

La ville de Brunswick, justement fière de ce corps de police, vient d’envoyer à une exposition canine, quatre de ces agents qui, avant de se consacrer à la chose publique, étaient de simples campagnards exerçant la profession modeste de chiens de bergers. Ces agents qui répondent aux noms de Harras, de César, de Peter et de Teufel, ont obtenu à l’unanimité, les premiers prix accompagnés de diplômes flatteurs.

Cet éclatant succès de la police brunswickoise a décidé la municipalité à augmenter les crédits affectés à sa subsistance et à grossir l’escouade de nouvelles recrues. Il inspirera sans doute une certaine mélancolie à la police parisienne, de qui les chiens plongeurs n’ont encore réussi qu’à plonger dans l’oubli.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1903.

Poire à chiens

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Encore un autre accessoire de la bicyclette ; cette fois, il s’agit d’une défense contre les chiens. Pourquoi certains chiens montrent-ils une rage spéciale contre les bicyclettes ? C’est une énigme de psychologie canine qui n a pas été bien élucidée.

Les chiens urbains, cependant, semblent s’habituer au cheval d’acier, et si l’on rencontre des caractères hargneux, ce n’est plus que dans les campagnes. Le chien villageois n’a pas encore signé un traité de paix avec les cyclistes; à vrai dire, il est souvent excité par son maître. Nombre de paysans ont aussi peu de sympathie pour le cyclisme que les cochers de fiacre, ce qui n’est pas peu dire.

Les vieux routiers de la bicyclette ne sont pas toujours à leur aise quand ils rencontrent certains de ces animaux vélophobes, mais le malheureux débutant est tout à fait désorienté lorsqu’il se voit l’objet d’une poursuite mêlée d’abois furieux. L’emploi de la cravache n’est pas toujours facile; il nécessite un effort, qui déplace singulièrement les centres de gravité, et qui détermine des chutes désagréables. Mettre pied à terre et recourir à la persuasion, c’est aventurer parfois ses mollets, aussi la poire à chiens semble toute indiquée, en pareille circonstance.

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Cette poire est un vaporisateur, mais au lieu de renfermer un parfum, elle est pleine d’ammoniaque. Une pression de la main envoie sur le museau du chien un jet, qui se divise sous la résistance de l’air, et forme une gerbe de gouttelettes qui couvre la tête de l’animal. On sait, par soi-même, combien peut être désagréable pour un être humain, une aspersion de ce genre. Pour les chiens, la surprise est encore plus parfaite; l’animal est d’abord atteint d’éternuements frénétiques, et, sur-le-champ, sans réclamer son reste, il part la queue entre les jambes, et ne se mêle plus de courir après les bicyclettes. L’effet est encore plus subit, si une gouttelette atteint l’oeil, ou pénètre dans la gueule.

La manoeuvre de ce petit appareil est très simple. La poire remplie d’ammoniaque ou même d’eau ammoniaquée est fixée au guidon de la machine. On la décroche, en la saisissant à pleine main, le pouce en dessus. Avec l’index, on appuie sur l’extrémité de la fermeture, pour dégager le bec; une légère pression et le jet jaillit.

Avis aux cyclistes qui se lancent en pays inconnus, à ceux aussi qui dans leurs tournées habituelles ont à subir l’escorte inquiétante de toutous malappris. Ils les corrigeront, sans leur faire aucun mal, ce qui n est pas une considération à dédaigner. Ils éviteront également les querelles et les accidents auxquels donnent lieu de semblables attaques.

L’ammoniaque est, d’autre part, le remède indiqué contre les piqûres de moustique, de guêpe, etc.; le cycliste, porteur de la poire à chiens, a parfaitement le droit de se servir pour son compte de ce médicament qui est de première nécessité dans un nombre infini de circonstances.

« La Science illustrée. » Paris, 1896.